À Bogotá, l’agriculture urbaine sème l’espoir dans le béton (un reportage photos de Jérémie Lusseau/Reporterre)

Bogotá, la capitale colombienne, s’étend sur près de 2.000 km² et abrite plus de 8 millions d’habitants. Dans cette ville chaotique, polluée et bruyante où le béton a gagné les collines, des initiatives agricoles locales poussent au milieu du bitume. Reportage photo.

Photo Reporterre

Ici, une famille emmène ses vaches paître sur un bout de terrain militaire plus ou moins abandonné au cœur du quartier de Vitelma. Là, des habitants du barrio (« quartier ») de Santa Rosa cultivent leur parcelle de jardin, arrachée entre le béton de leur habitation et la friche de la montagne. Plus loin, une Amap livre des paniers de fruits et légumes locaux et bio en s’appuyant sur un réseau de producteurs…Si des raisons pratiques ou économiques motivent ces actions, il s’agit également de choix politiques et idéologiques revendiqués : ceux de sortir des circuits de consommation classiques afin de produire sa propre alimentation, de proposer au plus grand nombre un accès à une nourriture saine et locale, de s’affranchir de la dépendance à un système de distribution parfois opaque et de revendiquer un bien commun qu’est la terre. Rencontre avec quelques-unes des personnes qui sèment ces graines de changement dans la ville.

Les producteurs laitiers

Emma et sa famille vivent dans le quartier de Vitelma, au sud de Bogotá, depuis bientôt 30 ans. Perchée dans les hauteurs de la ville, leur grande maison est entourée d’un mur vert sur lequel s’étale en larges lettres blanches le slogan « Esta vida me encanta » (« Cette vie m’enchante »). Une fois passé le portail, on découvre dans la cour un jardin en permaculture abritant des dizaines d’espèces végétales, ainsi que plusieurs vaches, étonnantes dans ce quartier populaire de la capitale. Tous les jours, Maria et Horacio, la fille et le mari d’Emma, emmènent leurs quatre vaches paître dans un « champ » voisin, en réalité un bout de terrain militaire laissé à l’abandon. En surplomb de la ville, entourés de leurs vaches et de leurs chiens, ils expliquent vouloir produire et distribuer des produits sains, sans pesticide ni conservateur, comme ils le faisaient dans la campagne dont ils sont originaires. Leur lait servira à la confection de yaourts, de fromages ou d’arequipe (confiture de lait) et assure un revenu à la famille. Au-delà de l’aspect économique, ils revendiquent leur activité comme un réel choix politique et militant, celui de donner accès à des produits sains et de qualité au plus grand nombre.

Les potagers de quartier

Le quartier de Santa Rosa, dans la banlieue de Bogotá, abrite de nombreux déplacés intérieurs. Ils sont venus d’États du pays particulièrement touchés par le conflit armé, comme le Choco et le Cauca, fuyant la guérilla ou les groupes paramilitaires pour commencer une nouvelle vie dans la capitale colombienne. Beaucoup de personnes se sont installées de manière illégale dans des logements construits par l’État et ensuite laissés à l’abandon car la zone est sujette aux glissements de terrain. Les habitants doivent payer une taxe à une bande qui contrôle le territoire et vivent dans un contexte social compliqué mélangeant différents acteurs du conflit (victimes et familles de victimes, anciens paramilitaires…). Cependant, malgré ces difficultés, des jardins particuliers ont fleuri à côté des maisons et au milieu des ruelles, soutenus par l’expertise technique de l’association Sembrando confianza (« semant la confiance »). Plusieurs huertas (« potagers ») donnent pommes de terre, tomates, salades, oignons, blettes sur les quelques parcelles de terre arrachées aux broussailles hostiles et au béton… Gérés par les habitants, ces jardins leur permettent d’accéder à une certaine forme de sécurité alimentaire en réduisant leurs dépenses, tout en valorisant les compétences de nombreuses personnes venues de milieux ruraux. (…)

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