Brésil: « Effet Marielle » : les femmes noires s’engagent en politique sur les traces de la conseillère municipale/ (Giorgia Cavicchioli/ Ponte/ Autres Brésils)


L’assassinat de la conseillère municipale Marielle Franco (PSOL ) a choqué le Brésil par la brutalité du crime et pour avoir représenté une attaque directe à beaucoup de symboles : femme, noire, lesbienne et favelada. Les balles n’ont pas seulement blessé une personne mais aussi des groupes et des idées. Ce crime a réveillé chez les femmes jeunes, noires et vivant en périphérie le désir de lutter et de maintenir l’héritage de la conseillère municipale par le biais d’actes de candidature.

(….) Inspirées par l’histoire de la conseillère municipale carioca, des femmes noires ont pris la décision de s’engager dans la vie politique, afin de poursuivre l’héritage de son combat. C’est le cas de Leticia Gabriella da Cruz Silva, 22 ans. Assistante technique en gestion d’entreprise et étudiante en droit, elle est à présent une possible première candidate. « Je n’ai jamais jamais adhéré à aucun parti, mes actions politiques sont motivées par l’engagement au mouvement social », explique-t-elle. D’après elle, le fait de militer a été une chose importante pour se reconnaître dans la société. « Ma couleur, mon genre ainsi que ma condition sociale me positionnent en tant que personne politique depuis toujours », indique-t-elle. Avec sa candidature en cours d’élaboration, Leticia, habitante de Jardim Fernandes, dans la zone est de São Paulo, affirme qu’elle sera candidate au poste de conseillère municipale à São Paulo en 2020, mais il reste à déterminer pour quel parti. Leticia explique que, immédiatement après l’annonce de l’exécution de Marielle, une inquiétude lui est apparue : l’idée que « cela aurait pu être moi »« J’ai vite saisi le nombre de choses que nous avions en commun : femmes, noires, vivant en périphérie et engagées dans la lutte pour les droits de l’Homme », explique-t-elle. Après avoir enquêté sur les possibles motivations du crime, la jeune femme de São Paulo dit qu’elle a éprouvé « une grande vague d’indignation et d’injustice » et pensé que « les choses ne pouvaient pas en rester là. » 

Selon elle, la chose capitale qui l’a faite passer de l’indignation à la candidature fut l’annonce de la déclaration de la conseillère municipale qui a été diffusée après sa mort : « Encore combien de morts va-t-il falloir pour que cette guerre se termine ? C’est dans ce moment de transition entre le deuil et la lutte que j’ai soupesé les enjeux de notre combat, de ma trajectoire et de plusieurs siècles de lutte du peuple noir », dit Leticia. « Je me suis dit que le moment de lutter pour la justice était arrivé, qu’il fallait empêcher qu’on fasse taire d’autres voix et que les noirs soient tués. C’est le moment de se battre pour une politique qui fasse de la cause noire une priorité, de devenir un acteur représentatif et ne pas seulement rester dans l’ombre », poursuit-elle.

Le parcours de Leticia possède un autre point commun particulier avec celui de Marielle. En 2014, elle a commencé à militer pour les droits de l’Homme alors qu’elle était en classe communautaire d’un noyau de l’ONG Educafro. C’est à cette époque qu’elle a participé de plus en plus activement aux discussions sur la construction et l’efficacité des politiques publiques destinées à la population pauvre et noire, actions telles que les quotas par exemple.

Je veux que beaucoup de femmes noires soient élues

La députée d’État Leci Brandão (PCdoB), deuxième femme élue en 184 ans d’existence de l’ALESP (Assemblée Législative de l’État de São Paulo), estime que c’est très bien que des femmes noires se déclarent candidates pour maintenir vivant l’héritage de la conseillère municipale. « Pour moi, Marielle est une martyre », précise-t-elle. D’après la députée, il est nécessaire que les femmes noires sachent que la politique leur est également accessible.

Avec l’aide d’internet et des réseaux sociaux, Leci voit la possibilité que davantage de personnes s’identifient aux revendications de Marielle et, ainsi, s’intéressent à la politique. « Je voudrais féliciter ces jeunes femmes [qui se portent candidates]. Je veux que beaucoup de femmes noires soient élues cette année ! », affirme-t-elle. Leci confie également qu’elle aimerait voir l’architecte Mônica Benicio, la veuve de la conseillère municipale, se présenter aux élections. « Il faudrait qu’elle soit candidate pour poursuivre la politique de Marielle. C’est pour cette raison qu’il faut croiser les doigts pour que ces jeunes femmes obtiennent des résultats positifs en politique et renforcer la lutte qu’elle a créé », termine-t-elle.

Jusqu’à présent, la veuve de Marielle n’a manifesté aucune intention politique, mais d’autres femmes de l’entourage de la conseillère municipale l’ont fait. C’est le cas de Dani Monteiro, 26 ans, qui travaillait dans l’équipe d’assistants de Marielle, mais dont l’action se limitait aux coulisses du mandat. Aujourd’hui, pour la première fois, Dani va sortir de l’ombre et se présenter à un poste à l’Alerj (Assemblée Législative de Rio de Janeiro) aux élections de cette année. A ses côtés, Mônica Francisco et Renata Souza ont également annoncé leurs candidatures ; il s’agit de deux autres personnes du mandat qui quittent les coulisses pour chercher un espace direct en politique.(…)

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Giorgia Cavicchioli, pour Ponte
Traduction : Marie-Hélène Bernadet pour Autres Brésils