Brésil : les exactions de la dictature étaient assumées par le sommet de l’État ( Claire Gatinois / Le Monde)


Hormis une poignée de négationnistes, aucun Brésilien n’ignore les morts suspectes, les exécutions sommaires et les tortures abominables menées lors de la dictature militaire (1964-1985). Le pays a désormais la preuve que les crimes n’étaient pas ordonnés par quelques policiers zélés, mais venaient directement de Brasilia, le sommet du pouvoir. Et qu’aucun président à épaulettes dirigeant le pays pendant ces années noires n’a été moins cruel que les autres. 

Manifestation de commémoration «La dictature : plus jamais», organisée à Sao Paulo le 31 mars 2014 à l’occasion du 50ème anniversaire du coup d’État. (photo RFI)

La démonstration a été faite par le biais d’un mémo écrit le 11 avril 1974 par l’ancien directeur de la CIA, l’agence de renseignement américaine, William Colby. Un texte adressé à Henry Kissinger, alors secrétaire d’État de la plus grande puissance mondiale. Mis au jour jeudi 10 mai par le chercheur en relations internationales de la Fondation Getulio Vargas, Matias Spektor, l’écrit fait partie des éléments mis à disposition du public par le gouvernement américain depuis 2015. Son contenu a plongé le Brésil dans un état de choc. « Il s’agit du document le plus perturbant que j’aie lu ces vingt dernières années », estime M. Spektor cité par les médias brésiliens. (…..) Le mémo rouvre aussi les plaies que le Brésil n’a jamais soignées. L’amnistie décrétée lors de la redémocratisation a permis aux assassins de vivre en paix en laissant certains glorifier cette période de l’histoire. Ainsi de Jair Bolsonaro, député d’extrême droite, militaire de réserve, grand nostalgique de la dictature, en tête des sondages pour la course à la présidentielle, prévue en octobre. Sans craindre l’outrance, le député a, vendredi, pris la défense du régime. « Qui n’a jamais donné une tape sur les fesses de son enfant et s’en est voulu après ? », a-t-il affirmé sur la radio Super Noticia de Belo Horizonte dans le sud du pays. (…)

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