Colombie : paradoxes de la paix et élection présidentielle (Jean-Jacques Kourliandsky/ Institut de Relations Internationales et Stratégiques/ IRIS)


La paix, si l’on en croit la présentation médiatique internationale, aurait été au cœur de la campagne présidentielle colombienne, dimanche 27 mai. La paix, c’est-à-dire l’accord signé le 26 septembre 2016 entre le président sortant, Juan Manuel Santos, et la guérilla des FARC (Forces Armées Révolutionnaires de Colombie). Il convient de mettre quelques bémols à cette approche.

La paix avec les FARC n’a pas été l’enjeu principal de l’élection. Les candidats ont parlé de beaucoup de choses, de fiscalité, d’éducation, de services de santé, de soutien aux agriculteurs …, et du Venezuela. Mais assez peu des accords de paix. Quant aux FARC, elles avaient dans un premier temps envisagé de participer aux présidentielles. Avant de renoncer. Rodrigo Londono, « Timochenko », secrétaire général du part héritier de la guérilla, la Force alternative révolutionnaire du commun, contesté, parfois violemment, tout au long de la campagne des parlementaires du 11 mars dernier, a fait un accident cardiaque. Il s’est retiré pour raisons de santé. Et n’a pas été remplacé. Les FARC ont obtenu un peu moins de 0,5% des suffrages exprimés aux législatives.

Le regard sur les FARC et les accords de paix, il est vrai, n’est pas le même à Bogotá et à Genève. La « communauté internationale », les grands de ce monde, en mal de processus de paix abouti, d’Afghanistan au Sahel, ont applaudi à tout rompre au lendemain de la signature des accords signés par les FARC avec les autorités colombiennes. L’accord, on le sait, a été soit boudé, soit rejeté par une majorité des électeurs colombiens le 2 octobre 2016. 50,5% de non, et plus de 62% d’abstentionnistes. Il a fallu comme pour le Traité européen une session de rattrapage parlementaire pour remettre sur rail un compromis rejeté par le suffrage direct. Pour les Colombiens des villes, pour les Colombiens les plus aisés, les FARC sont un groupe terroriste délinquant qui devait être traité comme tel. Ils rejettent le principe même des accords et toute augmentation des impôts visant à construire une vraie paix consensuelle. Les Colombiens de la gauche parlementaire considèrent que leurs échecs électoraux successifs doivent beaucoup à la perpétuation des FARC et du conflit intérieur. Les uns et les autres savent aussi que les facteurs de violence en Colombie vont bien au-delà des FARC. Toutes sortes de groupes armés restent sur le pied de guerre dans les périphéries du pays. Politisés comme l’ELN ou l’EPL, ou groupes d’intérêts délinquants, qualifiés pour faire simple de bandes criminelles (Bacrims).

Le sujet, donc, d’un point de vue colombien, celui des acteurs politiques en présence, a été au mieux contourné pendant la campagne.  Le candidat de droite, Ivan Duque, n’avait pas à traiter un sujet qui de son point de vue relève de la justice ordinaire et de la police. Le candidat de gauche a préféré centrer sa campagne sur l’égalité et la solidarité, garants selon lui de paix sociale. Implicitement l’un, Ivan Duque, de fait remet en question la philosophie des accords de paix. Alors que l’autre, soucieux de paix sociale ne les remet pas en cause. (….)

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