Crise au Nicaragua: déclaration de jeunes expatriés du Nicaragua habitant en France, Espagne, Angleterre, Allemagne et Suisse


Depuis mercredi 18 avril, d’importantes manifestations, en grande partie composées de jeunes, d’étudiants et de retraités, se sont déroulées dans tout le Nicaragua en protestation contre une réforme du système de sécurité sociale. La répression policière a été très violente, faisant plus de 30 morts, des centaines de blessés, de nombreuses arrestations et disparitions. FAL a manifesté sa solidarité avec le peuple nicaraguayen dans un communiqué récent (voir http://www.franceameriquelatine.org/nicaragua-communique-de-france-amerique-latine/).

À la demande de jeunes nicaraguayens vivant en Europe, nous publions leur témoignage et leur point de vue.  

Manifestation  pour réclamer la fin des violences, le 28 avril. RODRIGO ARANGUA / AFP

Au Nicaragua, ce qui a commencé par une réforme draconienne du système de sécurité sociale, est devenu progressivement un mouvement contestataire généralisé dans le pays. Selon la Fondation Nicaraguayenne pour le Développement Économique et Social (FUNIDES), l’Institut Nicaraguayen de Sécurité Sociale (INSS) dépense 4,2 fois les sommes perçues, et ce, depuis 2007, année à laquelle le premier mandat de Daniel Ortega a commencé. Le déficit de la sécurité sociale s’élève à 76 millions de dollars (environ 62 millions d’euros). La réforme, que le Président a officialisé par décret le mercredi 18 avril dernier et sans consultation des citoyens, vise à augmenter le taux des cotisations tant pour les employeurs que pour les salariés ainsi qu’à déduire de 5 % le montant des pensions des retraités. Dans ce pays de 6 millions d’habitants, deuxième plus pauvre du continent américain, cette réforme est inacceptable au vu des salaires déjà misérables de la population. Cette décision arbitraire a provoqué l’indignation et la colère d’une grande partie de la population qui se mobilise pour manifester pacifiquement dans la capitale Managua et dans plusieurs villes du pays.

Pour la première fois depuis son arrivée au pouvoir il y a 11 ans, Daniel Ortega affronte une contestation sans précédents. Après des années de répression des mouvements sociaux, que ce soit par le biais de la Jeunesse Sandiniste (arborant des T-shirts blancs et roses) ou par la police nationale, des milliers de Nicaraguayens (-yennes) expriment leur mécontentement dans les rues, déterminé.e.s à faire valoir leurs droits. Surpris par une telle mobilisation menée principalement par des étudiants (sans affiliation à des partis politiques), le gouvernement Ortega a décidé de réprimer violemment les manifestations. Les heurts entre les opposants à la réforme et la police nationale ont laissé jusqu’à présent plus de 20 morts (Centre nicaraguayen des droits de l’Homme). Le gouvernement a également censuré quatre chaînes de télévision indépendantes, dont la chaîne d’information « 100% Noticias ». Le caméraman de la chaîne 6 de télévision, Miguel Ángel Gahona, a été tué par balles la nuit du samedi 21 avril dans la ville de Bluefields (est du pays) alors qu’il tournait des images d’affrontements entre manifestants et policiers.

Dans un discours prononcé le dimanche 22 avril, après quatre jours de manifestations brutalement réprimées par le gouvernement, Daniel Ortega a décidé d’annuler le décret de la sécurité sociale estimant qu’il n’était « plus viable ». Lors de ce discours, Ortega a demandé des négociations avec le patronat étranger, national et avec les autorités religieuses, laissant ainsi les étudiants, les travailleurs et les paysans hors des négociations, alors même qu’il s’agit des principales victimes de la répression. Malgré l’abrogation du décret sur la sécurité sociale, les manifestations ont continué et la nuit du 22 au 23 avril, 4 étudiants ont été tués à cause des attaques répétées de la police, à l’université UPOLI (Université Polytechnique), où les ambulances n’ont pas été autorisées à entrer.

Nous, jeunes expatriés du Nicaragua habitant en France, Espagne, Angleterre, Allemagne et en Suisse, déplorons l’assassinat des manifestants ainsi qu’un grand nombre de blessés. La plupart des victimes étant des jeunes étudiants, voire même un collégien d’à peine 15 ans, nous tenons à dénoncer publiquement ces actes de barbarie et la violation des Droits Constitutionnels ainsi que des Droits Humains les plus élémentaires.

  • Nous dénonçons que les forces de l’ordre et le gouvernement empêchent les étudiants des facultés de médecine de soigner les manifestants blessés par la police et par la Jeunesse Sandiniste. Nous dénonçons les arrestations arbitraires de plusieurs étudiants de médecine qui soignaient les manifestants.
  • Nous dénonçons le vol d’aliments, d’eau et de médicaments (vidéos à l’appui) que des centaines de personnes ont spontanément commencé à apporter aux jeunes qui résistaient à l’assaut de la police anti-émeutes au sein de l’Université nationale d’ingénierie (le campus a été dégradé par la « Jeunesse Sandiniste »). Les forces de l’ordre et les groupes de choc du gouvernement ont fait irruption dans des commerces privés afin de voler ces vivres.
  • Nous dénonçons le fait que la police ait essayé de rentrer dans la Cathédrale de Managua où des étudiants se sont réfugiés des coups violents de la Jeunesse Sandiniste. Cette dernière a réussi à rentrer dans la Cathédrale et l’autorité religieuse locale a dû agir en tant que médiatrice afin d’éviter des affrontements.
  • Nous dénonçons l’utilisation de balles réelles contre les étudiants qui manifestent pacifiquement.
  • Nous dénonçons le fait que des universités sont en état de siège. La police y réprime les citoyens et n’hésite pas à commettre toute sorte d’abus.
  • Nous dénonçons la censure et la manipulation des médias, les attaques subies par les journalistes de la part de la Jeunesse Sandiniste (vol d’appareil photos et de caméscopes, agressions physiques). Les médias, détenus par le gouvernement, ne couvrent pas les évènements et évoquent de « petits groupes de droite voulant déstabiliser le pays », reprenant les propos de la Vice-présidente et épouse d’Ortega, Rosario Murillo. Seuls quelques médias indépendants et les manifestants via les réseaux sociaux diffusent ces informations.
  • Nous dénonçons les coupures de courant électrique et la destruction de la propriété privée et des équipements des journalistes.

Nous demandons au gouvernement Ortega de :

  • Se responsabiliser pour la mort des citoyens tués brutalement par les forces de police et la Jeunesse Sandiniste ;
  • Libérer les prisonniers politiques ;
  • Démobiliser les forces armées déployées dans les rues ;
  • Garantir le droit à manifester ainsi que la liberté d’expression ;
  • Garantir que les étudiants des universités publiques ainsi que les fonctionnaires ayant soutenu les protestations ne souffrent pas de représailles.

Nous vous remercions de cet espace : nous avons besoin d’être entendus et de porter témoignage sur ces événements.

Pour plus de renseignements, nous vous invitons à consulter les hashtags #OcupaINSS, #SOSINSS et #SOSNICARAGUA.

                                                                                          Jeunes expatriés du Nicaragua en France, Espagne, Angleterre, Allemagne et en Suisse.

Lundi 23 avril 2018