FALMAG fait son Festival en Avignon 2018 (Dossier)

Nous voici de retour en Avignon, pour rechercher les rares spectacles consacrés, de près ou de loin à l’Amérique Latine et à la Caraïbe (par l’auteur, la mise en scène, la chorégraphie, le sujet,…) ou en lien avec les valeurs que nous partageons.

«FRIDA KHALO », jusqu’au 29 juillet à 17H45, au Théâtre des  Barriques, 8 Rue Ledru Rollin. Mise en scène: François Boursier.

En cette période où le Mexique est à l’honneur, pour le pire et le meilleur,  Avignon, à travers la vie de Frida Khalo, est invité à revisiter ce monument artistique de l’histoire du Mexique, et, au delà de toute l’Amérique latine. Féministe, rebelle, engagée… Frida Khalo continue à fasciner des générations et des générations. Par la souffrance qu’elle a connue, comme par sa résistance au mal, elle nous a laissé par sa peinture puissante et colorée, un témoignage remarquable de ce qu’a été cette époque, ô combien révolutionnaire.

L’hommage qui lui est rendu, par la qualité du jeu des acteur-trices, par la mise en scène sobre mais efficace, est à la hauteur de l’artiste mexicaine, universelle. Alors, si vous avez besoin d’un moment où l’on vous insuffle de la rage de vivre, il faut aller voir cette pièce.

Fabien Cohen, pour FALMAG

« LE TANGO DES ÉTOILES ERRANTES », jusqu’au 29 juillet à 21H35, au Théâtre du Centre, 13 Rue Louis Pasteur. Mise en scène: Isabelle Starkier.

Quand le tango se marie à la musique Klezmer, c’est l’Histoire du peuple juif ashkénaze de Varsovie à Buenos Aires, qui s’égrène en musique et en chansons sur la scène du Théâtre du Centre en Avignon. Judit Maian et Alain Territo, dans mise en scène, pleine de grâce et d’émotion, de Isabelle Starkier, nous refont vivre le parcours de ces femmes juives qu’on allait chercher en Europe de l’Est, pour les bordels argentins. Et cela donne un tango yiddish, très atypique, que l’on a plaisir à découvrir avec bien d’autres histoires qui passent par les nuits et brouillards de la Shoah.

C’est un très beau spectacle, comme FALMAG les aime, alliant humour, musique et humanité.

Fabien Cohen, pour FALMAG

 

« ILS NE MOURAIENT PLUS »jusqu’au 29 juillet à 18H50, au Théâtre les Lucioles, 10 Rue des rempart-St Lazare. Mise en scène: Sophie Gazel.

De Buenos Aires à Avignon, les vieux, décidément, posent problème aux familles, comme à la société. On les aime, mais plutôt discrets, tant ils finissent, à vieillir de plus en plus tard, par nous coûter cher. Il faut dire que, ici comme ailleurs, face à l’effacement de l’État, au manque de services publics adaptés, à la privatisation, de plus en plus onéreuse, la perte d’autonomie, ce sont les familles qui doivent mettre la main au porte-monnaie. C’est sur ce manque d’humanité de nos sociétés libérales, que la pièce « Los Opas », de Daniel Dalmaroni, construit son propos, avec un humour noir bien argentin. Repris, traduit et mise en scène par Sophie Gazel, le texte fait la part belle au burlesque et utilise le décalage entre le comique et le tragique, qui tourne parfois au pathétique, pour interpeller le spectateur. Les arts du cirque, par la présence d’une contorsionniste, sont mêmes appelés à la rescousse, pour nous révéler toute la poésie des personnages. Il faut aller voir sans faute cette pièce pour le jeu de ses acteurs, et pour ses moments touchants qui doivent nous faire réagir comme citoyens, sur la vieillesse et sa place dans nos sociétés .

Fabien Cohen, pour FALMAG

 

« SANGRE DE LOS ÁRBOLES » (le sang des arbres), du 16 au 20 juillet à 10H30-18H30, de la Compagnie Reverso, au Campus International, 74 Rue Louis Pasteur. Mise en scène: Luis Barrales

Des plus de 1500 spectacles en Avignon, enfin une compagnie venue d’Amérique luatine! L’événement est tellement peu commun, que bien entendu il faut le faire savoir, avant que ces deux actrices accompagnées d’une violoncelliste, nous quittent le 20 juillet prochain.
Venues d’Argentine, du Chili et d’Uruguay, Juana Viale, Lucía Gómez, Victoria Cesperes et leur metteur en scène, Luis Barrales, nous présentent pour la première fois en France, sur le campus international de l’Université d’Avignon,  un nouveau lieu du OFF, LA SANGRE DE LOS ÁRBOLES (Le sang des arbres), oeuvre créée en 2016.
Avec trois fois rien, une table, deux chaises et un microscope, elles nous font vivre un moment plein de poésie et d’humour, où la quête d’identité est au centre des échanges. Sont-elles deux femmes amoureuses ? Deux sœurs qui s’ignorent ? Deux victimes collatérales de ces années de plomb de la dictature ? Ou tout cela à la fois, dans un monde où tout est possible ? Ce qui est sûr, c’est qu’elles occupent l’espace et notre attention durant toute la pièce en langue espagnole surtitrée en langue française.
Accompagnée d’une musique toujours en phase avec les émotions qu’elles nous font partager avec humour et tendresse, elles se cherchent, et nous avec elles, évoquent l’histoire, et posent la question existentielle du vivre ensemble, du vivre tout court.  Pour qui ? Pour quoi ? …. Et de l’absence, surtout quand on n’a pas pu faire son deuil.
À vous les ami-e-s de l’Amérique latine et d’ailleurs, répondez vite à l’invitation de cette jeunesse sud-américaine si peu présente dans ce festival et pourtant bourrée de talents et d’espoirs !   
Fabien Cohen, pour FALMAG

 

« LA VIOLENCE DES RICHES », du 6 au 25 juillet à 11H25, de la compagnie Vaguement Compétitifs, au Théâtre des Carmes-André Benedetto, relâche le 19 juillet. Mise en scène Guillaume Baillart.

Indignez-vous, mais sachez en rire, même quand le sujet est grave ! Car quoi de plus violent que le mépris des riches, décrypté par Monique et Michel Pinçon ? Quoi de plus salutaire que cette pédagogie des classes sociales, tant décriée par les médias au service des plus fortunés ? c’est si bon, que cela devrait être remboursé par la Sécurité Sociale et mis au programme de toutes les écoles de France, d’Amérique latine comme du reste du monde !

Le capitalisme n’est-il pas mondialisé? Alors pourquoi pas la culture pour le peuple? 

C’est un moment jouissif que de voir repris les travaux des deux sociologues, pour qu’ils soient compréhensifs par les 99% de ceux qui ne possèdent rien que leur force de travail. Le public ne se trompe pas, lui qui est associé, interrogé, impliqué dans cette  seconde version actualisée de celle de 2015,  à l’aune du nouveau contexte politique et social de 2018.

Courrez vite vous imprégner de cette bouffée de tendresse pour le peuple, de cette soif d’égalité sociale,  de ce besoin de partage. Il faut vraiment voir ce théâtre documentaire et joyeux 

Fabien Cohen, pour FALMAG

 

« ROSA LUXEMBOURG KABARETT», du 6 au 25 juillet à 16H25, au Théâtre des Carmes-André Benedetto, relâche les 12 et 19 juillet. Mise en scène Viviane Théophilidés.

Une scène de « Rosa Luxemburg Kabarett: j’étais, je suis, je serai », écrit et mis en scène par Viviane Theophilides, avec Géraldine Agostini, Anna Kupfer, Sophie de la Rochefoucauld, Viviane Theophilides et Bernard Vergne / 8 juillet 2018.

Retrouver Rosa Luxembourg, quel bonheur, quelle actualité ! Si le plateau est nu, comédien-ne-s, chanteuses, musicienne le remplissent avec une fougue empreinte de l’esprit révolutionnaire de cette grande dame lâchement assassinée un jour de janvier 1919.

Ils ne sont pas trompés: en supprimant Rosa, ils supprimaient l’une des communistes les plus clairvoyantes, l’une des figures les plus imposantes de cette époque, deux ans à peine après la révolution bolchevique. Et en cet hiver 1919, n’était-ce pas elle qui était la principale cible ? En nous refaisant vivre ses discours, nous ne pouvons qu’apprécier la clairvoyance de celle qui dénonçait avec force une social-démocratie qui annonçait déjà un futur désastreux pour l’Allemagne, pour l’Europe, pour le monde.

Loin du récit historique, c’est au milieu d’un cabaret à l’allemande, que Sophie de La Rochefoucauld joue avec Rosa, la fait revivre dans sa simplicité, et nous voilà en train de souhaiter qu’elle puisse nous éclairer de sa pensée, si vivante encore aujourd’hui. Alors merci de nous donner envie de nous replonger dans les écrits de Rosa, mais aussi dans ce monde musical qui n’engendre en rien la mélancolie.

Fabien Cohen, pour FALMAG

CHILI 1973 : ROCK AROUND THE STADIUMThéâtre de la caserne des Pompiers, 19h 15, 116, rue de la Carreterie, Avignon. Relâche les 10 et 17 Juillet

Chili, 11 septembre 1973, la dictature pinochetiste renverse par un coup d’État le gouvernement d’Unité Populaire du président Salvador Allende. Le lendemain, l’Estadio Nacional de Santiago se transforme en camp de concentration.

Compagnie SKBL

Merci à « CHILI 1973 : ROCK AROUND THE STADIUM », pièce salutaire, de nous rappeler en cette coupe du monde, qu’hier au Brésil, en Argentine ou au Chili, mais aussi demain au Quatar, football et démocratie ne font pas bon ménage. Et pour ceux qui aiment le rock, quoi de plus ignoble que de le voir associé par Pinocher au martyr de Victor Jara et des 12 000 opposants incarcérés, torturés, violés, assassinés… dont les cris furent couverts par la musique des Rolling Stones. Merci de rappeler que la FIFA avait jugé bon dans son rapport rassurant et surréaliste, de témoigner « que le cours de la vie (au Chili en 73) était normal, …. que les gens avaient l’air heureux,… ». Mais ce match éliminatoire pour la coupe du monde de 1974 en Allemagne, se déroulera sans son adversaire l’URSS, qui le boycotta, considérant impossible de jouer sur « ce stade de la mort ». Merci, à la SKBL, compagnie dirigée par Hugues Reinert, de nous rappeler combien les dictatures de par le monde ont pris très vite au sérieux le football, pour en faire un outil de propagande idéologique, en Amérique latine comme en Europe ou en Afrique.

En ces jours de coupe du monde, ce théâtre documentaire est salutaire pour ouvrir les yeux des téléspectateurs de la planète foot, France comprise !

Fabien Cohen, pour FALMAG

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