France Amérique Latine se joint à l’appel international à l’organisation d’un Tribunal Permanent des Peuples (TPP) sur les droits des personnes migrantes et réfugiées


France Amérique se joint à l’appel international à l’organisation d’un Tribunal Permanent des Peuples (TPP) sur les droits des personnes migrantes et réfugiées

Les personnes migrantes et réfugiées ont apporté durant plusieurs décennies une contribution considérable au développement économique et politique de l’Europe ainsi que de leurs pays d’origine. Certaines ont dû faire des grèves de la faim pour revendiquer des droits fondamentaux comme le regroupement familial et ont mené des luttes contre les détentions et les expulsions. Nombreuses sont celles qui aujourd’hui encore luttent pour réaffirmer leurs droits, comme c’est le cas des personnes sans papiers, celles qui revendiquent les droits de leurs enfants, les employées de service domestique, les personnes qui travaillent comme ouvrières agricoles en Europe, celles qui survivent dans le secteur informel, ou encore les travailleurs de la construction qui construisent nos maisons et nos bureaux, ceux et celles qui travaillent dans le secteur touristique de l’hôtellerie et la restauration, le travail sexuel, ou bien dans les bateaux ou les plateformes pétrolières.

Il est évident, même si c’est peu reconnu, que bon nombre de politiques européennes de type colonial favorisent un extractivisme à grande échelle (agriculture, mines, pétrole, pêche) et les accaparements de terres, elles imposent des traités de libre échange et de protection des investissements pour le plus grand bénéfice des entreprises multinationales. Ces politiques sont responsables du pillage des territoires et de l’expulsion de milliers de personnes de leurs pays d’origine.  L’impact de ce système de production et consommation capitaliste est peu reconnu non plus, qui engendre les changements climatiques, les guerres et affecte les populations les plus vulnérables des pays les plus appauvris.

En Europe, nous qui sommes des personnes migrantes et réfugiées, provenant de toutes les régions du Sud et de l’Europe centrale et orientale (certaines d’entre nous vivons et travaillons ici depuis 40 ans, d’autres sont arrivées plus récemment), nous avons été témoins des différentes phases de la construction de la Forteresse Europe. Nous avons été témoins, des politiques d’exclusion qui avancent dans le Continent d’année en année. Ces politiques ont entraîné un recul des droits des personnes et des peuples ; elles obligent à rester dans des camps, arrêtent et déportent ; criminalisent aux frontières militarisées du Sud et de l’Est de l’Europe. Le plus évident, ce sont les personnes disparues, la mort de milliers de filles et de garçons, de frères et de sœurs, tout au long de leur voyage pour atteindre les frontières européennes : c’est un crime intolérable contre l’humanité. La tendance à criminaliser toujours davantage les personnes migrantes et réfugiées – en particulier celles qui sont en situation irrégulière- entraîne discriminations, exclusions, exploitations et violations des droits à toutes les étapes du processus migratoire. Les réalités que vivent les personnes qui se voient obligées d’abandonner leur pays d’origine pour éviter la mort sont peu tenues en compte et l’utilisation constante de stéréotypes simplificateurs de ces réalités entraînent souvent la montée de l’intolérance, du racisme, de la xénophobie, de l’islamophobie, de la lgbtphobie contre les personnes migrantes et leurs familles, qui s’exprime parfois par une violence extrême contre les personnes en transit et celles qui sont dans les pays d’accueil.

Notre – leur  –  révolte s’inscrit dans un espace où les droits humains sont bafoués ou fortement réduits, où des crimes sans fin sont commis contre l’humanité avec les milliers de morts en Mer Méditerranée. Parallèlement, nous nous revendiquons d’un trésor humain commun et partagé qui est celui des Droits des peuples, acquis de hautes luttes pendant des décennies par nos peuples, dans nos pays d’origine, par nous-mêmes au cours de notre voyage migratoire et par les citoyens et citoyennes européen-nes.

Le Tribunal permanent des peuples (TPP) et avec lui les organisations  appelantes, Transnational Migrant Platform Europe (TMP-E), Centro Filipino, ACATHII, Transnational Institute, avons initié depuis le mois de décembre un processus de préparation d’une Session du Tribunal Permanent des Peuples ayant pour objectif d’identifier et juger la chaîne de co-responsabilité sur toute la route migratoire qui implique des violations des droits humains des personnes migrantes, afin d’accéder –et c’est urgent-  à la justice.

Dans ce contexte, le Tribunal permettra de

  • Documenter, entendre et rendre visibles les cas de violations des droits des personnes migrantes et réfugiées ;
  • Analyser conjointement les causes profondes des déplacements forcés des personnes migrantes et réfugiées (y compris les accords commerciaux et d’investissement, l’exctractivisme au niveau global ainsi que la chaîne mondiale de production)
  • Déterminer les responsabilités des gouvernements, y compris l’Union européenne et autres institutions européennes officielles ;
  • Mettre en lumière le rôle des entreprises dans la chaîne de production mondiale et dans le régime des frontières
  • Enregistrer les propositions des communautés de personnes migrantes et réfugiées pour avancer vers une approche fondée sur les droits et un système alternatif ;

Nous voulons construire ce processus à partir d’en bas, avec les personnes les plus impliquées et directement affectées. C’est pourquoi nous invitons à rejoindre ce processus les organisations de personnes migrantes et réfugiées, les réseaux et plateformes qui appuient le travail de dénonciation des violations des droits humains et des droits des peuples vécues aujourd’hui aux frontières et les luttes quotidiennes menées par les personnes migrantes et réfugiées.

Le lancement de la Session du TPP se fera à Barcelone les 7 et 8 juillet 2017 et la première audience est prévue pour décembre 2017, dans la perspective d’organisation une deuxième audience en 2018. Il s’agit d’un parcours où nous souhaitons que puissent s’intégrer le plus grand nombre de secteurs, non seulement de l’Etat espagnol, mais aussi aux frontières de l’Europe et dans les pays d’orgine, de transit et de destination.

Premiers appelants:

Transnational Migrant Platform-Europe, ECVC – Coordinadora Europea de Vía Campesina,  Centro Filipino-Barcelona, ACATHI-Barcelona (a confirmar), Transnational Institute (TNI), Institut Internacional per a l’Acció Noviolenta (NOVACT), Espacio del Inmigrante, Tanquem els CIES, Stop Mare Mortum, Tras la Manta, Fotomovimiento, Institut de Drets Humans de Catalunya.

Avec l’appui et la participation de France Amérique Latine