Jair Bolsonaro, l’extrême droite à la conquête du Brésil (Benjamin Rojtman-Guiraud/ The Conversation)


Jair Bolsonaro, de son nom complet Jair Messias Bolsonaro, n’est pas le plus connu des hommes politiques brésiliens mais il pourrait rapidement le devenir. En effet, l’incarcération de Luiz Inácio Lula da Silva (Lula) – Président du Brésil entre 2003 et 2011 – a totalement rebattu les cartes de l’élection brésilienne qui se déroulera les 7 et 28 octobre 2018.

Pour rappel, l’ancien Président âgé aujourd’hui de 72 ans aurait reçu un luxueux appartement en bord de mer de la part d’une entreprise de bâtiment en échange de faveurs dans l’obtention de marchés publics. Cette affaire refait surface alors que Lula était le grand favori pour la présidentielle de 2018. Loin devant dans les sondages, il distançait, en outre, ses deux principaux rivaux à savoir Jair Bolsonaro et Marina Silva. Aujourd’hui encore, et ce même en prison, le candidat du PT (Partido dos Trabalhadores, le Parti des travailleurs) continue de faire la course en tête étant crédité de 31 % des suffrages contre Jair Bolsonaro, le candidat souvent classé à l’extrême droite avec 15 % et Marina Silva, ancienne ministre de l’Environnement (2003-2008) sous la Présidence de Lula. Notons, et cela renforce le caractère imprévisible de cette élection, que l’actuel Président brésilien, Michel Temer, n’obtiendrait que 2 %… De fait, l’interdiction de Lula de concourir à la présidentielle pourrait bien profiter à Jair Bolsorino.

Un défenseur des années de dictature

Jair Bolsonaro, avec des élèves de l’école militaire de Brasilia, le 19 avril 2018. Evaristo Sa/AFP

Quelques éléments biographiques sur celui qui est parfois surnommé le « Le Pen brésilien » ou plus récemment encore le « Trump brésilien ». Né à Campinas, ville qui se situe à l’intérieur de l’État de São Paulo, Jair Bolsonaro est député fédéral de Rio depuis 1991. Diplômé de l’Académie militaire d’Agulhas Negras en 1977, il fit carrière dans l’armée durant la dictature militaire brésilienne (1964-1985) passant de simple soldat à capitaine d’artillerie. Jair Bolsonaro est notamment connu du grand public pour ses prises de position qui suscitent en général de vives réactions. Ainsi, son appui à la dictature, qu’il considère comme une grande période de l’histoire brésilienne, lui a-t-il valu de nombreuses critiques aussi bien de la classe politique que du peuple. Tout comme son affirmation selon laquelle il était nécessaire de pratiquer la torture. Néanmoins, cette fidélité partisane au coup d’État de 1964 lui confère une légitimité politique auprès de la frange conservatrice du pays. Plus récemment lors de l’élection en 2016, Jair Bolsonaro avait rendu hommage au colonel Carlos Alberto Brilhante Ustra, l’ancien chef de la police politique durant la dictature au Brésil. Cette prise de position fut perçue comme une provocation à l’encontre de Dilma Roussef qui avait été emprisonnée et torturée durant cette période.

Contre l’homosexualité et l’avortement

Durant ces dernières années, puisant dans les idées d’une extrême droite nostalgique de cette période dictatoriale, Jair Bolsonaro n’a eu de cesse de continuer à s’imposer dans le paysage politique brésilien à coups de déclarations-chocs. En 2011, dans une interview donnée au magazine Playboy, il affirmait son opposition au mariage homosexuel ainsi qu’à l’adoption par des couples de même sexe : « Je serais incapable d’aimer un fils homosexuel […] Je préfère que mon fils meure dans un accident […] Pour moi c’est comme s’il était vraiment mort… Si un couple homosexuel vient habiter à mes côtés, ça va dévaloriser ma maison ! S’ils se promènent main dans la main et s’ils s’embrassent, ça dévalorise. » En 2010, Jair Bolsonaro était allé même jusqu’à déclarer que « battre son enfant était un moyen efficace pour lutter contre l’homosexualité. » Se déclarant contre l’avortement et en faveur de la peine de mort, Jair Bolsonaro se démarque des autres candidats et pourrait bien créer la surprise dans quelques mois.

Le candidat des balles, du bœuf et de la bible

De nombreux sondages montrent qu’il est de plus en plus suivi par la population à hauts revenus au Brésil qui en a assez d’être toujours la victime fiscale des différents gouvernements. Il s’affiche comme le candidat du peuple, défenseur des valeurs traditionnelles brésiliennes par exemple l’appartenance nationale. Notons que Jair Bolsonaro fait partie de ce qui est appelé au Brésil la « Bancada BBB » un réseau conservateur – les trois initiales faisant référence aux balles, au bœuf, à la bible (bala,boi, bíblia). Ce courant idéologique regroupe en son sein les parlementaires liés aux intérêts militaires, au domaine de la religion (églises évangélistes) et à l’agrobusiness. La « Bancada BBB » a activement contribué à la destitution de la Présidente Dilma et a essayé de faire pression auprès de son successeur pour pouvoir influer sur la politique brésilienne.

Ces derniers mois, l’extrême droite connaît comme une renaissance au Brésil. L’instabilité politique dans laquelle a été plongé le pays suite à la destitution de Dilma Roussef a renforcé l’extrême droite dans sa volonté d’en finir avec les élites politiques traditionnelles. L’extrême droite, qui aujourd’hui soutient la candidature de Jair Bolsonaro, a enfin trouvé son leader. Jair Bolsonaro, homme clivant et volontairement provocateur, s’inscrit pleinement dans la lignée des chefs de partis à l’instar de personnalités comme Jean Marie Le Pen ou Jörg Haider. Avec la quasi mort politique de Lula, Jair Bolsonaro est passé de challenger à favori. Mais le Brésil est-il prêt à faire de l’extrême droite brésilienne la première force politique du pays ? Jair Bolsonaro, admirateur de Trump et de Pinochet, nostalgique de la dictature au Brésil, est-il vraiment le Président dont le Brésil a besoin ?

Benjamin Rojtman-Guiraud

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