La gauche donnée gagnante à l’élection présidentielle en Colombie. Et si c’était possible? (Léo Remyot/ revue en ligne L’avant-garde)


Un tremblement de terre ébranle la politique colombienne depuis quelques jours. La gauche est donnée gagnante par les enquêtes d’opinion concernant les élections présidentielles qui auront lieu en mai 2018.

Dans ce pays où la droite et son extrême règnent en maîtres depuis plus de 70 ans, cette potentialité de victoire du camp progressiste changerait la donne pour les classes populaires du pays dans un contexte de retour de la droite au pouvoir dans de nombreux pays d’Amérique latine. Alliée historique des États-Unis dans la région (parmi les deux plus gros budgets d’accord militaire du Pentagone avec Israël), dirigée par une bourgeoisie violente, prête à tout pour garder son pouvoir et garantir ses intérêts, la Colombie semble vivre un épisode politique jusqu’alors inédit.

Une coalition large rassemblant les forces populaires du pays

Meeting de Gustavo Petro le 9 février, à proximité de Carthagène des Indes (photo Progresistas de Colombia)

Gustavo Petro, ancien maire de Bogotá, ex-guérillero du M-19, mouvement démobilisé dans les années 1990, est en train de créer la surprise dans la campagne présidentielle en se plaçant favori des enquêtes d’opinion et est donné vainqueur au second tour. Sa campagne mobilise dans les secteurs populaires et rassemble des milliers de personnes lors de meetings, dans un pays où la majeure partie des couches populaires étaient jusqu’alors conquises par les idées conservatrices. Les grands axes du programme du candidat de la gauche afin de construire un  « pacte social » dans le pays sont les suivants : construction d’un système de santé public efficace et accessible à tous, éducation primaire, secondaire et universitaire gratuites, lutte contre la corruption, construction d’une économie de production sortant du tout pétrolier et revenu digne pour l’ensemble des travailleurs. Gustavo Petro, celui qui fit exploser le scandale de la para-politique (alliance entre des dirigeants politiques et les groupes paramilitaires mettant à feu et à sang le pays) est soutenu par un large groupement de forces politiques du pays. Son Mouvement des Progressistes, a en effet scellé un accord pour les élections présidentielles et législatives avec le Parti communiste colombien, l’Alliance Sociale Indépendante et le Mouvement Alternatif Indigène et Social, lui permettant de rassembler un appui de plus de 850 000 citoyens pour la présidentielle et une liste unifiée aux législatives.

La droite colombienne affolée par les sondages 

La droite colombienne, habituée à régner en propriétaire sereine sur la vie politique du pays, semble inquiète de cette montée en puissance de la candidature Petro. Les discours dignes de l’extrême-droite européenne durant la guerre froide sont de sortie, avec le qualificatif de  « castro-chavisme » et l’agitation du spectre du communiste expropriateur. Des débats fumeux et surréalistes sont organisés par les grands médias , concernant la potentielle responsabilité de l’ancien maire de Bogotá dans la crise de ramassage des ordures que connaît aujourd’hui la capitale colombienne, alors que celui-ci n’est plus aux manettes de la ville depuis 3 ans.

L’argument de collusion avec le terrorisme de l’extrême droite, ne semble plus faire son effet dans un pays où la principale guérilla (les FARC-EP) s’est démobilisée suite à la signature d’un accord de paix l’année dernière: quoi qu’il en soit des résultats de l’élection présidentielle colombienne, il semble que la donne ne sera plus jamais la même dans ce pays en mal de justice sociale qui semble aujourd’hui commencer la construction d’une paix vectrice de luttes victorieuses pour les paysans et les travailleurs.

Si la politique colombienne est en effet malheureusement connue pour sa violence quotidienne (assassinat de plus de 100 leaders de mouvements sociaux, associatifs et militants de gauche en 2017), la candidature de Petro semble créer de l’espoir pour l’avenir. Il y a quelques jours à peine, le nouveau parti créé par les FARC a dû suspendre sa campagne électorale suite à de lourdes menaces et à l’assassinat d’anciens guérilleros aujourd’hui démobilisés. Ces derniers faits rappellent ainsi un des plus grands défis pour le pays : construire une ère de paix, loin des violences des classes dominantes et de leur bras armé paramilitaire.

Léo Remyot

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