L’Argentine aujourd’hui et sans filtre : Face à la violence néolibérale, le peuple résiste dans la rue (Cora Gamarnick/Revista Anfibia)


Les photos de l’exposition de l’ARGRA fonctionnent toujours comme un kaléidoscope de regards aiguisés. En étant exposées quelques temps après avoir été prises, elles génèrent deux effets : d’abord, on est frappé par la qualité du registre ; ensuite, elles désarment l’idée d’intemporalité, d’être accrochées hors contexte, et s’enchaînent comme notre historique social. Dans cette édition, « on voit plus de licenciements et plus de répression. Mais aussi plus de gens dans la rue ».

(Article traduit de l’espagnol par Estelle et Carlos Debiasi pour El Correo de la Diaspora) 

Photo de Fernando Gens, exposition de l’ARGRA

Cela pourrait être une mère et son fils qui se donnent le bras en marchant ensemble dans une rue de la ville de Buenos Aires. Ils pourraient aller en bavardant de tout et de rien, en se promenant, en allant faire une quelconque démarche. Mais non. Rien ne colle sur cette photo. Quelque chose ne va pas, quelle que soit la façon dont on la regarde. Elle a été prise par Fernando Gens durant la manifestation contre la réforme des retraites le 14 décembre 2017. La répression, les gaz lacrymogènes et la solidarité ont produit cette scène. La dame et le garçon ne se connaissaient pas, ils ne se promenaient pas du tout. Avec le torse nu et encapuchonné avec son propre tee-shirt, le garçon aide la dame à marcher. Elle, avec une bouteille d’eau à la main et un long foulard violet qu’elle a décidé de ne pas mettre sur la tête, accepte ce bras aimable. Il est maigre, les veines parcourent le bras et l’on voit le bord de son caleçon. Elle a choisi pour ce jour un tee-shirt et un pantalon confortables. Ils marchent sur la chaussée, non sur le trottoir. La scène est enveloppée de brouillard, fumée ou gaz lacrymogène. Il y a des pierres dans la rue et le trottoir est mouillé. Tout est hors de propos sauf eux. Cette photo se plante face aux discours stigmatisant et au regard criminalisant qui lie les encapuchonnés à la violence. Le garçon aide deux fois la dame, il l’aide de facto quand il lui offre son bras ferme et l’aide encore en étant allé à une manifestation qui demandait de ne pas réduire la pension des retraités. Face au mensonge et à la calomnie organisés par le pouvoir et depuis les médias, cette image expose une autre certitude. La photo parle de solidarité.

Il est injuste de parler d’une seule image quand celle-ci fait partie d’une exposition collective. Mais parler en profondeur de l’une d’elles aide à mieux regarder les autres. À voir plus. Nous regardons différemment chaque photographie après que quelqu’un nous ait raconté quelque chose d’elle. Cette photo est l’une des 176 qui composent la 29ème Exposition Annuel de Photojournalisme Argentinqu’organise toutes les ans l’Association de Reporters Graphiques de la République l’Argentine (ARGRA). L’expo est toujours une occasion de faire une mise au point, de revivre des expériences, de connaître quelque chose qui était ignoré ou de rappeler des événements qui, bien que proches dans le temps, s’échappent au milieu du chaos.

Dans son ensemble l’expo est un déploiement puissant, horizontal et créateur. Ce sont des photographies prises par 90 photographes et sélectionnées parmi plus de 3 200 images envoyées par des reporters de tout le pays. J’imagine toujours combien de photos merveilleuses sont restées en dehors et comme il serait intéressant de pouvoir les voir toutes (…)

Lire l’article complet sur le site du Correo de la Diaspora latinoaméricaine