Le Jour de la femme en Bolivie : une festivité à double entente


Légende photo : Célébration de la Journée de la Femme bolivienne au sein de la Vice-présidence, de gauche à droite : Leonilda Zurita, Felipa Huanca, Nemesia Achacollo, Juanita Ancieta, Gabriela Montaño

Légende photo : Célébration de la Journée de la Femme bolivienne au sein de la Vice-présidence, de gauche à droite : Leonilda Zurita, Felipa Huanca, Nemesia Achacollo, Juanita Ancieta, Gabriela Montaño

Un duo de femmes à la tête des lois

Depuis 2006, année qui a sonné le point de départ du processus de changement en Bolivie, les femmes ont peu à peu investi la sphère politique et conquis des droits pour lesquels elles avaient lutté auparavant. Que ça soit au niveau de la participation politique que dans l’espace public, la présence des femmes s’est consolidée et la parité ainsi que l’alternance homme /femme est devenue le précepte à suivre au pied de la lettre dans tous les organes politiques de l’Etat. Tant est si bien qu’aujourd’hui, au sein de la chambre des sénateurs la majorité des titulaires sont des femmes. A la tête de l’assemblée législative du gouvernement ; deux cruceñas : Gabriela Montaño et Betty Tejada.

A 37 ans, Gabriela Montaño est devenue la plus jeune des femmes à accéder à la responsabilité suprême de chef d’Etat. A deux reprises – en septembre 2012 et mai 2013 – la présidente de la chambre des sénateurs s’est vue confiée le bâton du pouvoir des mains du président pour combler son absence ainsi que celle du second mandataire, tous deux en mission officielle à l’étranger. La première femme de l’histoire bolivienne à avoir occupé cette fonction ayant été Lydia Gueiler, présidente intérimaire du 16 novembre 1979 au 17 juillet 1980. C’est d’ailleurs pendant ce bref mandat que Lydia Gueiler a instauré, via décret suprême, le 11 octobre comme Jour de la femme bolivienne, consacrant ainsi la date de naissance de la poétesse et pionnière du féminisme bolivien : Adela Zamudio.

Si Adela Zamudio luttait à la fin du XIXe siècle pour démocratiser le droit à l’éducation des femmes, ces dernières jouent aujourd’hui un rôle politique indéniable dans le nouvel Etat Plurinational de Bolivie et pour une société plus juste à l’égard de la gent féminine. A l’occasion de la célébration du 11 octobre dernier, la présidente de la chambre des députés, Betty Tejada, a accentué son discours sur les importantes avancées législatives concernant la protection de la femme.

Une violence de genre qui persiste

La nouvelle constitution politique de l’Etat reconnait désormais aux femmes le droit à une vie libre de violence aussi bien au sein de la famille que dans la société. Cependant, la violence faite aux femmes est encore loin de cesser. Selon une étude récente de l’OMS, sur les 12 pays de la région, la Bolivie se place au premier rang du tableau des violences physiques faites aux femmes. C’est aussi le deuxième pays après Haïti qui affiche le plus fort taux de violence sexuelle. Une multitude de données alarmantes démontrent la nécessité de construire des sanctions efficaces contre ce type d’agression. Chaque année, 14 mille plaintes sont déposées par des femmes qui ont souffert d’une forme de violence de genre mais une infime partie aboutit à un jugement.

Malgré des avancées certaines au niveau législatif, la situation de la femme en Bolivie demeure donc critique et la réalité des faits dévoilent une norme sociale et culturelle fortement ancrée, cultivant la brutalité comme un acte naturalisé. Cette animosité à l’encontre des femmes justifie les formes de violence destinées à les soumettre, encourage la discrimination à son encontre et pire encore ; favorise les féminicides. Tous les trois jours en Bolivie une femme meurt, victime de féminicide.
Si la Bolivie fait preuve de modèle quant à l’accès des femmes aux responsabilités politiques, le chemin vers la dépatriarcalisation de la société est encore long mais les femmes engagées dans le processus de changement y travaillent sans relâche…

Coralie Le Clec’h