Mexique: adoption d’une loi controversée sur la sécurité intérieure (John-Patrick Buffe/ RFI et communiqué d’Amnesty International)


Au Mexique, le Parlement vient d’adopter une loi sur la sécurité intérieure très controversée, car elle offre un cadre légal à la présence de l’armée dans les rues pour lutter contre le crime organisé. Elle accorde également aux militaires des compétences plus larges pour intervenir en cas de menace à la sécurité intérieure du pays, au grand dam des organisations de défense des droits de l’homme, nationales et internationales, qui condamnent cette loi que le président Peña Nieto considère comme « une nécessité impérieuse pour le pays».

Une militarisation du Mexique et un nombre croissant de violations des droits de l’homme. Tels sont les grands dangers que ses détracteurs voient dans cette loi de sécurité intérieure. En effet, elle va permettre à l’armée de continuer à assumer légalement des tâches de sécurité publique, généralement réservées à la police. Ce qui signifie le maintien, pour une durée indéterminée, des soldats dans les rues, où ils combattent les narcotrafiquants depuis onze ans déjà. Les critiques portent aussi sur le fait que durant toutes ces années, le recours à l’armée n’a pas permis de faire diminuer la violence. Au contraire. Et qu’en plus, de nombreuses violations des droits de l’homme ont été commises par les militaires, auteurs de tortures, d’exécutions extrajudiciaires ou de disparitions forcées. Cette loi prévoit également l’intervention de l’armée pour contrôler et neutraliser des actes de résistance. Une modalité qui inquiète les activistes, car elle pourrait permettre de réprimer par la force des manifestations sociales. Et cela, même si les législateurs ont finalement renoncé à considérer ces manifestations comme des menaces à la sécurité intérieure.

John-Patrick Buffe

http://www.rfi.fr/ameriques/20171215-mexique-adoption-une-loi-controversee-securite-interieure

Communiqué de presse d’Amnesty International

Le secrétaire général d’Amnesty International, Salil Shetty, a adressé le 18 décembre 2017 une lettre ouverte au président mexicain Enrique Peña Nieto, lui demandant d’opposer son veto à la Loi sur la sécurité intérieure votée par le Congrès le 15 décembre. S’exprimant au nom d’une organisation qui représente un mouvement de plus de sept millions de personnes à travers le monde, Salil Shetty a noté que « derrière le concept vague et général de  » sécurité intérieure « , la loi cache des efforts concertés et dangereux visant à maintenir le rôle des forces armées dans les fonctions de sécurité publique ».

Un soldat mexicain en patrouille dans les rues d’Acapulco. AFP/ Pedro PARDO

Amnesty International est vivement préoccupée car, à n’en pas douter, cette loi va perpétuer la longue liste des graves atteintes aux droits humains commises au Mexique, notamment les exécutions extrajudiciaires, la torture et les disparitions forcées. Pourtant, il a été démontré que cette stratégie ne permet pas d’améliorer la sécurité publique durant les 10 années pendant lesquelles l’armée a été déployée dans les rues du Mexique. Salil Shetty a rappelé au président Enrique Peña Nieto la mise en garde qu’il lui avait faite personnellement il y a près de quatre ans lorsqu’ils s’étaient rencontrés à Mexico au terme de la première année de son mandat. À cette époque, Salil Shetty dirigeait une délégation internationale d’Amnesty qui avait mis en garde Enrique Peña Nieto contre la stratégie militarisée que son gouvernement souhaitait poursuivre.

Le déploiement accru des forces armées pour assumer des tâches de sécurité publique n’a pas contribué à réduire la violence et la criminalité dans le pays. L’année 2017 qui touche à sa fin sera l’année la plus violente du mandat présidentiel d’Enrique Peña Nieto : le taux d’homicides atteindra un nombre record depuis les 10 dernières années. « C’est un moment pénible pour les citoyens mexicains, snobés par le Congrès qui s’obstine à ne pas tenir compte du tollé général suscité par cette loi. Si le président décide de promulguer ce texte de loi, il mettra les droits humains de millions de personnes en péril », a déclaré Erika Guevara-Rosas, directrice du programme Amériques d’Amnesty International.

Amnesty International demande aux candidats à l’élection présidentielle de 2018 d’appeler le président Enrique Peña Nieto à opposer son veto à cette loi.

https://www.amnesty.fr/presse/mexique-le-secrtaire-gnral-damnesty-dnonce-la-loi-