Mexique : Les journalistes ont une cible dans le dos (Frédéric Autran/Libération)


En deux semaines et demie, 4 reporters ont été assassinés dans le pays, le plus dangereux pour la profession après la Syrie. À moins d’un mois de l’élection présidentielle, les autorités sont pointées du doigt pour leur inaction.

C’est son fils Eduardo, 20 ans, qui a découvert le cadavre d’Alicia Díaz González, tête en bas, baignant dans une mare de sang. Journaliste pour le quotidien économique El Financiero, cette mère de famille de 52 ans a été assassinée à l’arme blanche le 23 mai dans sa maison de Monterrey, au nord-est du Mexique. Cinq jours plus tard, le corps meurtri de Héctor González Antonio, battu à mort, a été retrouvé dans une rue de l’Etat de Tamaulipas. Le 2 juin, dans l’Etat de Oaxaca, la jeune photographe Maria del Sol Cruz Jarquin a été assassinée en même temps que la candidate dont elle couvrait la campagne. Quant à Juan Carlos Huerta, il a été abattu le 15 mai à bord de sa voiture, près de son domicile de Villahermosa, dans le Tabasco. En deux semaines et demie, ces quatre journalistes mexicains ont donc été assassinés. Cela porte à sept le nombre de reporters tués (un autre est porté disparu depuis janvier) en 2018 au Mexique, seconde nation la plus périlleuse pour la profession. L’an dernier, au moins onze journalistes y ont été tués selon Reporters Sans Frontières, un de moins qu’en Syrie mais davantage qu’en Afghanistan (9) et en Irak (8). 

«La liste des journalistes assassinés au Mexique s’allonge inexorablement sans que le gouvernement ne prenne de décision courageuse, déplorait il y a quelques jours Emmanuel Colombié, directeur du bureau Amérique latine de RSF. La situation devient intenable et la responsabilité du futur président pour enrayer cette spirale est immense.»

Colère et désarroi

Le 1er juillet, les Mexicains éliront le successeur d’Enrique Peña Nieto, dont le mandat de six ans a été marqué par une recrudescence généralisée de la violence et de la corruption. Avec plus de 25 000 homicides, 2017 a été l’année la plus meurtrière de l’histoire moderne du pays, plongé dans une spirale de violence que rien ne semble pouvoir enrayer. Les journalistes locaux paient un lourd tribut: 42 assassinats sous l’ère Peña Nieto, plus de 140 morts ou disparus depuis l’an 2000, selon l’association de défense de la liberté de la presse Articulo 19.

Le 1er juin, une quarantaine de journalistes ont manifesté leur colère et leur désarroi devant le Palais national, sur le Zocalo, la place centrale de Mexico. «Jusqu’à quand continueront la mort, les menaces, la censure?», ont-ils interrogé. Ils ont distribué des tracts aux automobilistes et accroché les portraits de leurs confrères assassinés cette année sur les barrières métalliques protégeant l’édifice. Sur le sol, à l’attention des autorités et des politiques, leur leitmotiv «Ustedes quieren votos, nosotros justicia» («Vous voulez des votes, nous la justice») était peint en grandes lettres blanches.(……)

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