Salvador : condamnée à 30 ans de prison pour une fausse couche (Alexandra Saviana/ Marianne)


Homicide aggravé. Au Salvador, une peine de 30 ans de réclusion a été confirmée ce mercredi 13 décembre pour une jeune femme jugée pour avoir fait une fausse couche. Teodora Vásquez croupit déjà en prison depuis 10 ans . 

Au moment des faits, en juillet 2007, Teodora est enceinte de neuf mois. Ressentant de violentes douleurs, elle appelle les urgences. Ces dernières étant indisponibles, elle accouche seule, avant de s’évanouir dans les toilettes de son lieu de travail. Trouvée étendue dans une marre de sang, elle est arrêtée par la police, puis jugée pour “homicide avec circonstances aggravantes” dans le cadre de l’interdiction totale de l’avortement au Salvador.

Teodora Vásquez au tribunal de San Salvador, le 13 décembre 2017 au Salvador (Photo OSCAR RIVERA. AFP)

Teodora Vásquez nie avoir eu recours à l’avortement mais la justice salvadorienne estime que la jeune femme aurait caché sa grossesse, pour finalement avorter. Une version contestée autant par la principale intéressée que par une gynécologue présente au procès. Mais en dépit du témoignage de cette praticienne et des militants d’Amnesty International présents pour demander sa libération, les juges ont donc choisi de confirmer la sentence contre Teodora Vasquez. Une condamnation fondée sur le rapport d’autopsie de l’enfant, selon lequel l’enfant de la jeune femme serait née vivante avant d’être asphyxiée. L’organisation non-gouvernementale Center for Reproductive Rights, qui milite pour la libération de dizaines d’autres femmes condamnées pour meurtre au Salvador pour des raisons obstétricales, a condamné la décision, jugeant qu’il s’agissait “d’une autre gifle pour Teodora, qui n’a jamais commis aucun crime« .

Un des pays aux lois anti-IVG les plus strictes au monde

Le Salvador est l’un des pays aux lois anti-avortement les plus strictes au monde. Deux à huit ans de prison sont prévus pour les cas d’avortement. Mais en réalité, la justice du pays estime qu’en cas de perte du bébé ou d’avortement, la mère doit être jugée coupable “d’homicide aggravé », qui est un délit puni de 30 à 50 ans de prison. Selon les organisations féministes, 27 femmes seraient actuellement en train de purger entre 6 et 35 années de prison pour ce motif après avoir avorté ou fait une fausse couche. L’espoir que le Salvador puisse bientôt changer sa législation sur l’avortement avait pourtant surgi plus tôt cette année avec l’introduction d’un projet de loi qui proposait l’avortement en cas de viol, de traite d’êtres humains ou pour raison médicale. Des activistes étaient récemment descendus dans la rue pour protester contre l’interdiction totale de l’avortement. Cette nouvelle condamnation de Teodora Vásquez a lieu dans un contexte de léger assouplissement de la législation anti-avortement en Amérique Latine. Cet été, le Chili a voté pour annuler l’interdiction complète d’avorter. La Bolivie a elle aussi assoupli ses lois la semaine dernière, permettant aux femmes d’avorter jusqu’à huit semaines après le début de leur grossesse. Une législation qui ne leur était auparavant accessible que si leurs vies étaient en danger.

Alexandra Saviana

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