Projet Colombie: tournée chez les paysans du Réseau de Marchés Agro-écologiques de la vallée du Cauca du 17 janvier au 31 janvier 2017


Comment vous raconter ces 15 jours tellement riches en découvertes et informations nouvelles? Ce furent 15 jours d’échanges passionnants, visites, accueils chaleureux, réunions et discussions sur des sujets multiples, retrouvailles, rencontres. Tout d’abord, au milieu des fabuleux paysages des deux cordillères, les routes défoncées, les éboulements de terrain permettent de mesurer la volonté dont font preuve les représentants des marchés pour se rendre aux réunions dans vallée, à Buga. 

Cette année, nous avons visité 19 fermes sur les deux Cordillères.

En 2015, nous avions visité 4 fermes. L’organisation du transport, tout au long des 15 jours a été remarquable. Partout l’accueil a été chaleureux, tant nos amis paysans étaient heureux de notre visite surtout dans la zone la plus éloignée dans la Cordillère côté Pacifique. Ce fut également l’occasion de vraies dégustations de plats aux saveurs multiples et exquises.

Dans chaque marché, nous avons pu assister à des réunions avec les associations et visiter plusieurs fermes.

 

Quelques impressions

  • Les pratiques agro-écologiques  sont partout bien présentes. Chacun prépare la nourriture de la terre par des engrais divers, la nourriture des animaux et assure le contrôle biologique pour les plantes.
  • La sauvegarde des semences est aussi très répandue à travers les montagnes suite à la formation pour gardien de semences donnée par le Réseau en 2015. La diversité des semences est primordiale pour l’agro-écologie. Et, il leur faut beaucoup de semences de maïs différents et de soja car sur le marché officiel n’existent que les semences transgéniques pour ces produits.
  • L’implication des associations et des leaders paysans, dont beaucoup de femmes, avec leur communauté est remarquable : gestion de l’eau, ramassage des ordures, organisation d’un terrain collectif pour assurer la souveraineté alimentaire de certaines familles, formations des jeunes, gestion autonome d’un fond de crédit et d’épargne, extension de la commercialisation par des paniers style Amap, réinsertion des familles déplacées.
  • Le désir d’efficacité des membres du Réseau passe par la recherche de formations en agro-écologie, en technique de transformations des produits, en connaissance des droits humains. Ces formations sont données par une école nationale technologique, le Sena, par l’Université Nationale et par l’IMCA –Institut Supérieur Paysan qui est d’obédience jésuite.
  • Beaucoup d’entre eux et d’entre elles doivent déployer une exceptionnelle énergie pour surmonter les nombreuses difficultés.
  • Les grandes distances et les difficultés de route pour aller d’une ferme à l’autre et d’un marché à l’autre sont d’une réalité peu imaginable pour nous.
  • Dans certaines zones, trouver un véhicule pour le transport des marchandises est une épreuve toujours renouvelée et se rendre au marché est vraiment difficile.
  • Il existe une grande variété de produits transformés : yogourts de saveur peu commune et très appréciée, farine de toutes sortes, crèmes, de shampoings, de savons, biscuits, gâteaux…

Quelques données supplémentaires sur la situation locale

  • Des formations et des projets, ainsi que du matériel, sont proposés aux paysans par des organismes financés par l’État, afin qu’ils puissent produire davantage et vendre dans les supermarchés des villes.
  • Les paysans isolés dans la montagne manquent de connaissances sur les conséquences de la politique agricole du pays.
  • Le Réseau participe au niveau de l’Amérique latine à des formations organisées par MAELA autour du développement de l’agriculture familiale agro-écologique viable.
  • Tous les pays d’Amérique latine et Caraïbes sont représentés. La prochaine formation de 10 jours aura lieu au Brésil et le réseau représentera la Colombie. Mais comment par la suite apporter ces paroles jusqu’au fin fond des montagnes sans aucune aide financière ? Le MAELA cherche des financements auprès de la FAO.
  • Des familles ont été déplacées déjà plusieurs fois et ont perdu totalement leurs terres. En 2016, le Bureau du Haut –Commissaire des Nations Unies a recensé 64 assassinats de leaders responsables d’organisations sociales dont 17 depuis le 1er décembre après l’accord de Paix.
  • Les raffineries ayant épuisé l’eau dans la vallée, la canne à sucre monte en altitude, à la recherche d’eau et de terre. D’où le risque pour les paysans d’être nouvellement chassés de leurs terres.
  • Le droit à un espace public pour les marchés reste difficile : les Galerias, marchés publics de productions agricoles mais non bio sont souvent contrôlées par des mafias qui imposent les prix sur les marchandises et exercent un contrôle autoritaire sur l’accès aux places.

Danièle Coll-Figueras, FAL Marseille, membre du Comité Directeur de FAL et coordonnatrice du projet de solidarité avec la Red de Mercados agro-ecológicos del Valle del Cauca