Volontariats de FAL – Colombie : le Comité Permanent pour la défense des Droits de l’Homme (CPDH)


 Par Agathe Chapelain, volontaire de FAL en Colombie.

Le travail du CPDH :

Le Comité Permanent pour la défense des Droits de l’Homme (CPDH) est une organisation colombienne ramifiée en 14 bureaux régionaux. Elle a été créée suite au premier Forum National sur les Droits de l’Homme en mars 1979. Cela en fait une ONG ancienne qui justifie d’une certaine expertise en matière de droits humain et droit international humanitaire. Elle est dirigée par une Assemblée Génerale Composée de différentes personnalités du monde social, académique, politique et juridique.
Le CPDH est aujourd’hui un interlocuteur de taille sur la question des droits de l’Homme. Il est consulté pour le rapport annuel de la sous-commission des droits de l’Homme du Parlement Européen. Il est l’un des affiliés colombiens de la FIDH.

Le Comité agit sur trois axes :

- La formation citoyenne sur les droits de l’Homme En ce sens, le Comité se propose d’être une “école des droits de l’Homme” dispensée aléatoirement par les différents bureaux. Il effectue des rapports et veille à la communication des informations.
- La lutte contre l’impunité : Ce travail se fait en étroite collaboration avec le MOVICE (le Mouvement pour le Victimes des Crimes d’Etat). Sur ce point, le Comité s’occupe des affaires concernant les restitutions de terres. Il couvre notamment l’essentiel des litiges de deux régions du nord : La région Sucre y la région Magdalena.
- Diverses œuvres sociales et activités autour du thème de la paix. Cela se fait notamment par l’impulsion de dialogues ouverts sur les négociations actuelles. Cette dernière activité est le résultat d’une opinion ferme que l’effectivité des droits de l’Homme et l’instauration d’une justice sociale ne pourront exister qu’avec une organisation sociale démocratique et pacifique.

Récemment, le Comité Permanent pour la défense des Droits Humains s’est engagé dans l’organisation et la réflexion collective des Forums des Victimes et des Droits Humains dans tout le pays. Les trois Forums régionaux et le forum national ont aboutit à des prises de positions politiques qui ont été envoyées à la Havane, lieux des négociations en vue d’un accord de paix . Le CPDH se relève également de nombreuses menaces et pressions faites sur ces membres, avocats et militants engagés dans des affaires de restitutions de terres. Le CPDH suit actuellement de nombreux cas relatifs aux battues militaires dans le nord de Bogotá.

Mon travail en service civique :

Titulaire d’un Master 2 en Droit International Humanitaire, j’ai travaillé en service civique auprès de France Amérique Latine et du CPDH pendant 10 mois. J’ai été chargée de protection au CPDH. Cela implique toutes les démarches auprès des institutions nationales, fondations et ONG voisines afin de protéger les victimes de violations à leurs droits fondamentaux de répétitions. Cela comprend également une politique interne de protections des membres du CPDH exposés à des persécutions en raison de leur engagement. J’ai également eu l’occasion de mener des formations dans les régions. Sur le thème du Droit International Humanitaire, la Protection et les droit Humains dans le cadre de la Protestation Sociale. Membre du comité éditorial du CPDH j’ai également rédigé des communiqués et effectué diverses tâches en lien avec la communication.

La conjoncture actuelle en Colombie :

Le pays déchante suite à la récente réélection du Président Santos a eu pour effet d’éloigner du pouvoir le candidat Zuluaga, dangereux politique affilié au parti conservateur mais surtout impliqué dans la gestion du para politique. Le 15 juin, le « poulain » de l’ex président Uribe a perdu les élections présidentielles d’un demi-million de voies . Ce qui est relativement peu si l’on considère que le nombre de votant potentiel est de 32 millions en Colombie. L’enjeu était ni plus ni moins que la conclusion des accords de paix contre le retour à une politique violente de guerre contre « le terrorisme interne » .
Le président avait entamé diverses démarches absolument nécessaires au pays, notamment une réforme de système de procédure pénale. Ce processus qui devait remettre en question notamment le contestable tribunal pénal militaire reste en suspend. Cet immobilisme inquiète particulièrement les mouvements de défense des droits humains dans la mesure ou les montages judiciaires contres les défenseurs des droits humains que l’on appelle désormais les « falsas judicializaciones », en référence aux « falsos positivos » , sont de plus en plus nombreux.

Le pays s’interroge sur la tournure de la fin des négociations à la Havane. Les négociations à la Havane prennent un nouveau tournant avec le point 14. Les parties prenantes de cet accord de paix reviennent sur la question des victimes. En cela s’ouvre également la question de la justice transitionnelle et de l’adéquation des peines qui seront appliquées. C’est la question qui soulève le plus de critiques sur ces négociations. En effet, l’opinion générale ici craint qu’il ne soit question de négocier des impunités plus que d’élaborer un solide système de réparation.
A l’heure même de ces négociations tendues, l’armée colombienne recrute massivement des jeunes hommes dans toutes les villes de Colombie. Il s’organise des battues militaires dans tous les quartiers pauvres des villes et les campagnes. Des jeunes qui ne devraient pourtant pas accomplir le service militaire se voient capturés et enrôlés de force dans l’armée colombienne. Le mois d’Aout a été particulièrement dévastateur en ce sens.

Le pays est à sec quand à ces inquiétudes politiques s’ajoute des problématiques écologiques et économiques. Une récente sécheresse dans la Guajira a entrainé des cas préoccupants de famine et de graves incendies compromettant les récoltes déjà rare dans cette zone désertique. Les organisations écologistes et internationales ont signalé que ces problèmes sont récurrents chaque années et rarement pris en charge de façon adéquate . Le fait que ce ne soit jamais pris en charge d’année en année accentue la crise. Les conséquences sont irréversibles pour les populations et leur environnement.