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Bal macabre au Brésil : le clan Bolsonaro, l’extrême droite et les milices (Laurent Delcourt/ CETRI)

Les révélations récentes de la presse brésilienne sur les liens entre le fils aîné du président Bolsonaro et l’une des plus dangereuses organisations criminelles de Rio, soupçonnée notamment de l’assassinat de la jeune conseillère progressiste Marielle Franco, le 14 mars 2018, jettent une lumière crue sur la proximité entre l’extrême droite politique et les milices urbaines qui contrôlent une partie des quartiers périphériques de la ville. Les mesures prises par l’actuel gouvernement offrent à ces groupes paramilitaires de nouvelles marges de manœuvre pour opérer en toute impunité, tandis qu’elles annoncent pour les défenseurs des droits humains, les minorités et les populations marginalisées des heures encore plus sombres.

Davos, 22 janvier 2019. La délégation brésilienne est venue en force au Forum économique mondiale pour y vendre son « nouveau » Brésil, « libéré » de la gauche au pouvoir, ouvert aux réformes néolibérales et débarrassé de la corruption. Menée par le président Jair Bolsonaro en personne, elle s’apprête à tenir une importante conférence de presse. Très attendue, la rencontre doit permettre aux médias internationaux de prendre connaissance des réformes envisagées par le gouvernement d’extrême droite pour redresser l’économie de la première puissance latino-américaine. Dans la salle de presse, en attente, c’est déjà la cohue, tant le caractère inédit de ce nouveau pouvoir pique la curiosité des journalistes présents en nombre dans la station huppée suisse. Soudain, coup de théâtre ! Dix-sept minutes avant l’événement, à la surprise générale, on annonce que la rencontre est annulée. La délégation, explique-t-on, a dû rentrer précipitamment au pays en raison de la détérioration de l’état de santé du président.


Photo de Mídia NINJA

Mais une autre préoccupation semble avoir poussé le nouveau président à écourter son séjour à Davos : les révélations faites, le matin même, au Brésil, par journal Globo (22 janvier 2019) sur l’existence de liens entre son fils, Flávio Bolsonaro et une des pires organisations criminelles de la ville de Rio de Janeiro : la milice de Rio das Pedras. L’affaire est d’autant plus sérieuse que cette milice est soupçonnée d’être impliquée dans l’assassinat, le 14 mars 2018, de la jeune conseillère progressiste et militante des droits humains de la ville de Rio, Marielle Franco et de son chauffeur, Anderson Pedro Gomes. Une exécution sommaire qui a déclenché une vague d’indignation sans précédent dans le pays et à l’étranger (Le Monde, 20 mars 2018 ; De Abreu, 2019). Tombant au moment précis où tous les projecteurs internationaux étaient braqués sur le Brésil de Bolsonaro, ces révélations n’ont pas manqué de créer un vent de panique au sein de la délégation, la poussant à plier bagage plus tôt que prévu.

Très vite éclipsée par la tragédie de Brumadinho [1] , trois jours plus tard, l’affaire n’a finalement été que très peu répercutée par la presse internationale en dépit de son caractère explosif. Il vaut pourtant la peine d’y revenir, car, au-delà de ses suites judiciaires, ces révélations jettent une lumière crue sur les interconnexions existantes entre la famille Bolsonaro, l’extrême droite carioca, et les milices urbaines qui terrorisent les habitants des zones périphériques de la ville de Rio. Elles donnent à voir aussi la nature du nouveau pouvoir qui vient de s’installer au Planalto, le palais présidentiel. Rappel des faits et analyse (…)

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