🇨🇺 🇺🇸 Donald Trump a-t-il intérêt à faire chuter le régime cubain? (Christophe Drevet / RFI)
Cuba est à un tournant de son histoire. L’île des Caraïbes subit une nouvelle tentative d’étranglement de la part des États-Unis, mais cette fois, l’administration Trump entend bien venir à bout de son ennemi juré. Sans soutien de ses alliés latino-américains, le régime castriste qui a résisté à nombre de pressions américaines depuis 1959 semble cette fois sans ressources. Sa chute est-elle imminente ? Quels sont les scénarios possibles ?

Combien de temps le régime castriste hérité de la révolution de 1959 peut-il encore tenir ? La question est désormais sur toutes les lèvres depuis la décision de Donald Trump d’organiser un blocus énergétique de Cuba, déjà sous embargo américain depuis 1961.
La décapitation et la mise sous contrôle par Washington du régime chaviste au Venezuela, le dernier pays à fournir d’importantes quantités de pétrole à Cuba, semble placer le régime de La Havane au pied du mur. Les alliés traditionnels de Cuba, comme le Mexique, se cantonnent désormais à fournir une aide humanitaire. 800 tonnes envoyées par la présidente Claudia Sheinbaum sont arrivées par bateau ce 12 février à La Havane. Mais pas de pétrole, sous peine désormais de sanctions américaines.
Le « pire » scénario pour le régime cubain
Toute une série de restrictions a ainsi été mise en place à Cuba, dans l’administration, les transports ou encore le tourisme, afin de rationner les réserves de pétrole. Selon Jean-Jacques Kourliandsky, directeur de l’Observatoire de l’Amérique latine et des Caraïbes à la Fondation Jean-Jaurès : « La situation semble pire pour le régime que lors de la période spéciale de 1991 qui avait suivi la fin de l’aide soviétique à Cuba, puisque cette fois, la recherche de fournisseurs alternatifs de pétrole semble bien plus compliquée et on ne voit pas très bien comment le régime cubain pourrait s’en sortir. »
Pour assurer la survie économique de l’île et sa propre survie politique, il avait misé sur trois secteurs : le transfert de devises des Cubains vivant à l’étranger, notamment aux États-Unis, l’envoi de médecins dans le monde entier en échange de matières premières et le secteur touristique. « Mais ces trois secteurs vitaux sont en berne, à l’image de la suspension par de nombreuses compagnies aériennes de leurs vols à destination de Cuba, faute de pouvoir refaire le plein de carburant sur place », souligne Jean-Jacques Kourliandsky.
Mais selon lui, « il n’est pas certain pour autant que Trump veuille vraiment la chute du régime cubain, malgré ce qu’il affirme. Il y a, à Cuba, une situation très différente par rapport à ce qui s’est passé à Caracas. Le Venezuela représente pour le président des États-Unis un enjeu économique et énergétique majeur, il s’agit des premières réserves mondiales de pétrole ». Un enjeu qui explique, en effet, l’intervention militaire américaine, puis l’enlèvement du président Nicolás Maduro et la « mise sous tutelle américaine » du régime chaviste encore en place à Caracas.
La fin du régime, véritable objectif de Trump ?
« Cuba n’a pas de pétrole. Ici, c’est un autre objectif que poursuit Donald Trump », explique Jean-Jacques Kourliandsky. « Un objectif sans doute lié aux midterms, les élections de mi-mandat aux États-Unis, le 3 novembre prochain. Il a dans sa majorité un certain nombre d’électeurs républicains qui sont très radicalisés, très anticastristes, et beaucoup sont d’origine cubaine, comme son secrétaire d’État, Marco Rubio, qui, en tant que fils d’exilés cubains ayant fui le régime de Castro, a une revanche à prendre. C’est Marco Rubio qui est à la manœuvre sur le dossier cubain, comme sur celui du Venezuela ».
Selon Christophe Ventura, directeur de recherches à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), « Donald Trump semble toutefois ne pas avoir encore fait son choix entre la ligne radicale de son secrétaire d’État, envisageant de pousser le blocus jusqu’au bout en provoquant des émeutes de la faim pour faire imploser le régime, et une ligne plus « diplomatique » pour une solution négociée, en alternant les phases de pression et de dialogue. L’objectif étant de régler le problème avant les midterms ».
« Le président américain en fait également une affaire personnelle », précise Jean-Jacques Kourliandsky. « Donald Trump s’attache à défaire tout ce qu’ont fait ses prédécesseurs démocrates, Joe Biden et surtout Barack Obama. C’est Obama qui avait amorcé une ouverture avec Cuba, que Trump s’emploie aujourd’hui à enterrer ».
Principal obstacle, la question migratoire
Si c’est pour donner satisfaction à une partie de son électorat dans la perspective des midterms que Donald Trump a lancé ces mesures d’étranglement de Cuba, cette opération peut se révéler à double tranchant pour le locataire de la Maison Blanche, relève Jean-Jacques Kourliandsky. « Elle peut en effet entrer en contradiction avec son souhait de renvoyer dans leur pays d’origine une partie des Latino-Américains résidant et travaillant aux États-Unis, dont font partie les Cubains, avec la coopération des autorités cubaines ».
« Il y a quelques jours, poursuit Jean-Jacques Kourliandsky, un avion s’est posé à La Havane avec 170 passagers, des Cubains qui résidaient aux États-Unis, refoulés à la suite d’un accord avec La Havane. Mais justement, les mesures prises par Donald Trump à l’encontre de Cuba peuvent provoquer, comme ça a été le cas dans le passé, des flux de migrants qui sortent de Cuba et qui ne peuvent se diriger que vers le Mexique et les États-Unis, voire même directement vers la Floride ». Il est néanmoins constaté que les entrées aux États-Unis ont été quasiment bloquées par la politique migratoire de Donald Trump, rappelle pour sa part Christophe Ventura.
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