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Miguel Stedile : « Au Brésil, notre défaite n’est pas électorale mais idéologique ». Mouvement des Sans Terres du Brésil

Members of Brazil’s Landless Workers Movement (MST) march alongside the financial centre of Paulista Avenue, in Sao Paulo, Brazil, on August 12, 2009, as part of a national daily demonstration to be held until next August 21 asking for more efforts on the agrarian reform by the federal government. AFP PHOTO/Mauricio LIMA / AFP PHOTO / MAURICIO LIMA

Entretien. Miguel Stedile est membre de la coordination nationale du Mouvement des travailleurs ruraux sans terre (MST). Six mois après l’investiture de Jair Bolsonaro, il relie les politiques du président d’extrême droite au projet du capital financier, et s’explique sur le recul de la gauche dans son pays.

Depuis le 1er janvier, Jair Bolsonaro préside le Brésil. Quel bilan dressez-vous de ces six premiers mois de mandat de l’extrême droite ?

Miguel Stedile La France et l’Europe ne doivent pas regarder Jair Bolsonaro comme s’il n’était qu’un président d’extrême droite. Il représente un projet du capitalisme financier. Ce projet était déjà en cours au Brésil. En ce sens, il n’y a pas de rupture. Le premier noyau dur à parier sur la candidature de Jair Bolsonaro est le capital financiarisé. Celui-là même qui est responsable de la crise globale. Depuis 2008, il a travaillé autour de deux idées centrales. La première est le recul des droits du travail. D’ailleurs, l’une des premières réformes de Jair Bolsonaro concerne les retraites, alors même que son prédécesseur, Michel Temer, n’était pas parvenu à la réaliser. C’est pourquoi je parle de gouvernement de continuité. Le premier noyau dur ultralibéral du gouvernement est incarné par Paulo Guedes, ministre de l’Économie. L’autre noyau important est constitué de juristes. Il a émergé avec l’opération « Lava Jato » (contre la corruption, notamment au sein de la compagnie pétrolière nationale Petrobras – NDLR). Les mesures dont a besoin le capital financier sont très impopulaires. Il est donc nécessaire de changer également l’État pour justifier la répression. C’est là qu’intervient Jair Bolsonaro. Le capital financier n’a que faire qu’il soit raciste, misogyne, homophobe. L’important pour lui est que le président réalise les réformes qu’il souhaite. La présence du juge Sergio Moro dans le gouvernement vise à changer la structure de l’État afin que celui-ci s’adapte à ce virage autoritaire. Les traits de l’extrême droite se retrouvent dans les discours, dans l’incitation à la violence, à l’intolérance. Mais l’action formelle et programmatique du gouvernement est commandée par le système financier.

Vous dites que Jair Bolsonaro doit transformer l’État pour imposer le modèle économique du capital financiarisé. Comment cela se traduit-il dans le domaine des libertés ?

Miguel Stedile Le gouvernement a présenté deux projets. Le premier voulu par le noyau financier est la réforme des retraites. L’autre, avancé par le ministre de la Justice, Sergio Moro, est l’« anti-crime ». Dans les faits, il s’agit de changer une partie des structures politiques de l’État brésilien. Par exemple, si un policier commet un assassinat et s’il le justifie par la légitime défense, il n’y aura pas de procès. Ce projet « anti-crime » confère aux policiers et aux soldats une impunité. Il en va de même pour les grands propriétaires, ainsi que les milices qui sévissent à Rio de Janeiro. Le risque de violence réside dans l’attitude d’inaction des autorités, qui laisse libre cours à la répression para-étatique.

Lire l’intégralité de l’article sur le site du Mouvement des Sans Terres du Brésil.