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Qui a trahi le camp de la paix en Colombie? (Maurice Lemoine/Mémoire des luttes)

Comme cela est encore proche, comme cela semble déjà loin… Le 15 juin 2014, au terme du second tour de l’élection présidentielle, Juan Manuel Santos était réélu avec 50,94 % des suffrages grâce a une alliance de Colombiens qui, dépassant leurs divergences idéologiques parfois profondes et les clivages politiques traditionnels, entendaient préserver la poursuite des négociations alors en cours à La Havane entre le pouvoir et la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC). Lors du premier tour, le 25 mai, Oscar Iván Zuluaga, homme lige de l’ex-président d’extrême droite désormais sénateur Álvaro Uribe l’avait emporté avec 29,26 % des voix, le président sortant n’en recueillant que 25,68 %.

Dès avant ce premier tour, causant la stupéfaction, le maire de centre gauche de Bogotá, Gustavo Petro, pourtant durement malmené par Santos lors d’une ubuesque tentative de destitution « pour erreur administrative », avait fait prévaloir l’intérêt général et s’était rallié au chef de l’Etat. La réaction d’Uribe, violement opposé a toute sortie non guerrière du conflit armé et viscéralement hostile au Venezuela voisin, ne s’était pas fait attendre : « L’alliance Santos-Petro est le chemin du castro-chavisme, s’emporta-t-il le 12 mai. Nous, comme l’a dit Oscar Iván Zuluaga, nous proposons un pays solidaire, contraire au castro-chavisme de Santos, Petro, Maduro et des FARC. »Sans finalement parvenir à réunir une majorité autour de ses noirs desseins. Le ralliement initial de Petro auquel s’ajouta, entre les deux tours, l’apport des secteurs populaires défenseurs d’une « paix avec justice sociale » permirent la victoire du candidat pourtant néolibéral, mais « porteur de paix ».

Quatre années plus tard, l’élection présidentielle de 2018 s’est déroulée dans un contexte a la fois très diffèrent et… totalement similaire. Diffèrent dans le sens où des accords de paix dits « historiques » signés le 26 septembre 2016 à Cartagena entre les FARC et le pouvoir ont mené au désarmement des guérilleros ; et où le candidat de la coalition Colombie humaine parvenu au second tour du dimanche 17 juin en comptabilisant 25,1 % des suffrages s’appelait… Gustavo Petro. Similaire parce que Iván Duque, représentant du Centre démocratique (CD), le parti d’Uribe, arrivé en tète du premier tour du 27 mai avec 39,1 % des voix, représente un courant toujours aussi clairement décidé à entraver la mise en œuvre d’accords de paix qu’il n’a pu empêcher. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, on aurait donc pu s’attendre à voir une large coalition se mobiliser en faveur de Petro. Il n’en a rien été. Le 17 juin, Duque l’a emporté avec 54 % des voix contre 41,8 % à son adversaire. Certes, un certain nombre d’observateurs se sont félicités de la progression du camp progressiste en notant que jamais un candidat de gauche n’avait passé la barre du premier tour, sans toutefois, d’une façon générale, en donner les raisons : l’oligarchie colombienne professant un rejet viscéral de la démocratie, quatre de ceux qui ont précédé Petro dans cette tentative ont été assassinés – Jaime Pardo Leal (Union patriotique, 1987), Luis Carlos Galán (Parti libéral, 1989), Carlos Pizarro (M-19, 1990) et Bernardo Jaramillo (UP, 1990). A des degrés divers, tous se prononçaient pour la mise en place de réformes. Depuis, la confrontation électorale s’est résumée en un duel entre la droite et la droite (ou l’extrême droite). On peut donc effectivement saluer un progrès. Il n’en demeure pas moins que le camp de la paix a été battu. Qui rendre responsable du renversement de tendance opéré en quatre années et du désastre qu’on peut d’ores et déjà prévoir (en espérant se tromper) ? (…) 

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