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Venezuela: bataille de chiffres et guerre d’images autour de la « crise migratoire » ( Frédéric Lévêque/ Barril-Infos)

L’émigration massive qui touche actuellement le Venezuela est une réalité. Mais il ne faut pas confondre cette réalité et les défis humanitaires qu’elle pose avec son instrumentalisation, tant par le pouvoir vénézuélien pour se faire passer pour la victime d’un machination que par ses « ennemis » qui entendent se débarrasser d’un gouvernement qu’ils considèrent comme autoritaire et source d’instabilité dans la région. État des lieux d’une crise très polarisée.

C’est un véritable scoop que nous a offert le président vénézuélien le 3 septembre dernier. Alors que son gouvernement est avare en données sur les sujets sensibles, Nicolas Maduro a chiffré pour la première fois le nombre de Vénézuéliens ayantémigré depuis deux ans à 600 000. Un chiffre vérifiable, a-t-il assuré, sans toutefois donner plus de détails. Ce chiffre, le premier plus ou moins officiel dans un pays où il n’y a plus de statistiques migratoires, contraste avec celui délivré par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) et le Haut-Commissariat aux Réfugiés (HCR). Selon ces deux organisations, 2,3 millions de Vénézuéliens vivraient à l’étranger, soit 7,2% des habitants sur un total de 31,8 millions. Pas de quoi tomber de sa chaise ! D’autres diasporas sont relativement bien plus nombreuses. Ce qui impressionne, c’est la croissance exponentielle de cette émigration sur un très court laps de temps : 1,6 million auraient quitté le pays depuis 2015 seulement. Une vague de départs qui s’est accélérée ces derniers mois et affectent inégalement de nombreux pays de la région. 

Le pouvoir vénézuélien, par la voix de sa vice-présidente, a accusé des fonctionnaires de l’ONU de gonfler les chiffres d’un « flux migratoire normal  » (sic) pour justifier une « intervention humanitaire  », synonyme de déstabilisation. D’autres sources estiment quant à elles qu’ils pourraient être près de quatre millions à avoir fui le pays.

Historiquement un pays d’accueil

Le Venezuela est le théâtre d’une émigration inédite pour la région et surtout pour cette nation caribéenne. Pays relativement démocratique depuis 1958, épargné par la vague des dictatures militaires du Cône Sud ou par les guerres qui ont ravagé sa voisine, la Colombie, ou l’Amérique centrale, le Venezuela était perçu comme un pays stable et prospère grâce à sa richesse pétrolière. Le phénomène d’émigration lui était étranger et il est reconnu comme une terre d’accueil. Depuis les années 30, encouragés par des programmes gouvernementaux d’importation de main d’œuvre ou accueillis comme réfugiés, immigrants portugais, italiens, espagnols, chinois, andins, colombiens sont venus enrichir le pays par vagues successives (…)

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