Argentine : une réforme des retraites polémique votée dans un climat de violence (Christine Legrand/Le Monde)


Buenos Aires s’est transformée en champ de bataille entre policiers et ceux qui manifestaient contre une loi prévoyant de réduire l’augmentation des pensions et de repousser l’âge de départ à la retraite.

Tirs de policiers contre des manifestants, à Buenos Aires, le 18 décembre. VICTOR R. CAIVANO/AP

Concerts de casseroles, violents affrontements avec la police, poubelles calcinées… Le climat était extrêmement tendu à Buenos Aires, où le gouvernement du président Mauricio Macri a réussi à faire adopter à la Chambre des députés, mardi 19 décembre au petit matin, après plus de douze heures de débat, une réforme controversée du système de calcul des retraites.

Le vote avait été précédé, la veille, par des protestations de dizaines de milliers de manifestants opposés à la loi, qui avaient dégénéré en émeute devant le Congrès, transformé en champ de bataille. Des scènes de violence et une dure répression policière jamais vues depuis la grave crise financière de 2001 qui avait précipité la chute du président radical Fernando de la Rua, contraint de s’enfuir en hélicoptère du palais présidentiel après seulement deux ans de pouvoir.

C’est la première fois sous le gouvernement Macri que des concerts de casseroles ont retenti dans plusieurs quartiers de la capitale – ils se sont répétés dans la soirée de mardi. Plusieurs dizaines de personnes ont été blessées et des dizaines ont été arrêtées. Plus de 1 000 policiers avaient été mobilisés. La plupart des manifestants, rassemblés à l’appel de syndicats et de partis politiques d’opposition, se tenaient pacifiquement jusqu’à l’irruption de centaines de casseurs.

À cela s’est ajoutée la deuxième grève générale lancée par la puissante Confédération générale du travail (CGT) contre le gouvernement, avec transports, commerces, banques et aéroports paralysés dans tout le pays. Déjà, jeudi 14 décembre, des manifestations massives suivies d’affrontements avec la police avaient eu lieu, obligeant à suspendre les débats en séance qui se tenaient au sein du Congrès. « Toute cette violence a été orchestrée, elle n’a pas été spontanée », a déclaré M. Macri.

Avec cette réforme, l’objectif du président argentin est de réduire un lourd déficit budgétaire de 5 milliards d’euros par an. La réforme du calcul des retraites prévoit de réduire l’augmentation des pensions, en l’indexant sur l’indice officiel mesurant l’inflation. Selon l’opposition, cette réforme va entraîner d’importantes coupes dans les retraites et dans certaines allocations familiales. Pour sa part, le gouvernement affirme « vouloir garantir, non pour six mois ou un an, mais pour les prochaines années, une formule qui défend les retraités contre le pire fléau dont ils ont souffert, qui est l’inflation ».

Mais d’après les calculs des experts, l’augmentation des retraites en mars sera de 5,7 % au lieu de 14 % selon le calcul actuel. Pour compenser ce manque à gagner, et en attendant que l’inflation soit jugulée, le gouvernement octroie une allocation de 750 pesos (37 euros) aux retraités ayant cotisé pendant trente ans et dont les pensions sont inférieures à 10 000 pesos (500 euros). La nouvelle loi repousse également l’âge de départ à la retraite de 65 à 70 ans pour les hommes et de 60 à 63 ans pour les femmes.

Au pouvoir depuis tout juste deux ans, et net vainqueur des législatives d’octobre, M. Macri affronte sa première grande crise. Il souhaite, malgré tout, faire approuver d’ici à la fin de l’année deux autres réformes tout aussi polémiques : celle du code du travail et une réforme fiscale.

Alors que l’inflation atteint plus de 20 % par an selon les estimations officielles, les réajustements de salaires et des retraites qui rognent le pouvoir d’achat des plus démunis font l’objet d’un dur affrontement entre le pouvoir exécutif, les syndicats et les partis de gauche. L’opposition accuse M. Macri de pénaliser les secteurs les moins favorisés pour renflouer les caisses de l’Etat.

Les mois de décembre sont traditionnellement chauds en Argentine, non seulement à cause des températures élevées de l’été austral, mais également sur le plan social, avec une recrudescence des manifestations face à un agenda législatif serré avant les fêtes de fin d’année et la trêve estivale.

« Nous serons tous un jour des retraités », rappelaient, lundi, des pancartes arborées par des manifestants, dont beaucoup de jeunes. « Pourquoi s’en prendre aux plus démunis et ne pas chercher l’argent ailleurs, par exemple auprès des juges qui ont des salaires élevés, des pensions de privilège et, de surcroît, sont exonérés d’impôts ? », pointaient certains.

Christine Legrand 

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