En Marche ! Des Lacs de Conga au Sommet des Peuples face au Changement Climatique de Lima


cajamarcaPar Camille Cuisset, volontaire de FAL au Pérou

Du 8 au 11 décembre 2014, a eu lieu le Sommet des Peuples face au Changement Climatique à Lima, événement alternatif à la COP (Conférence Officielle des Parties), largement critiquée pour ses accords souvent jugés beaucoup trop faibles. Cette année, la COP20 n’a pas dérogé à la règle avec de longues et difficiles négociations, prolongées de 36 heures faute de parvenir à un accord. Finalement, les 195 pays présents à la COP20 sont parvenus à un accord relativement faible qui n’a pas permis de fixer des mécanismes clairs et transparents pour les réductions des Gaz à Effet de Serre et la vérification de l’accomplissement des engagements pris par les pays. Cet accord, qui servira de base au nouveau pacte environnemental mondial qui sera approuvé à Paris l’année prochaine pour la COP21, laisse présager de difficiles négociations. Le Sommet des Peuples a réuni quelques milliers de personnes, délégations de toutes les régions du Pérou et de différents pays. Pour ma part, je m’y suis rendue avec la délégation de Cajamarca, qui est partie de Celendin, l’une des provinces les plus emblématiques de la lutte contre le mégaprojet minier conga et de la défense de l’eau, source de vie.

La délégation de Cajamarca a décidé de se rendre au Sommet des Peuples face au Changement Climatique de Lima lors du Pré-Sommet des Peuples qui s’est déroulé fin octobre à Celendin, durant une assemblée réunissant environ 250 personnes. Une nouvelle Marche, qui nous rappelle la Marche pour l’Eau de 2012, également à l’initiative de la région de Cajamarca et qui représente l’une des plus grandes manifestations à Lima de ces dernières années. Cette nouvelle Marche se dénomme officiellement « Grande Marche des Peuples pour le Bien Vivre » et a pour slogan « Nous sommes une rivière, pas seulement des gouttes ». Ainsi, les gouttes, au départ de Celendin, se sont rassemblées tout au long du chemin pour former une rivière, en passant par les communautés proches du mégaprojet conga (Jerez, El Lirio …), afin d’arriver aux lacs de Conga, pour un acte symbolique à ces lacs en danger, protégés par leurs gardiens contre les grandes transnationales, dans ce cas la compagnie minière Yanacocha, qui a « soif » d’or, dédaignant accorder une quelconque valeur à la Pachamama, source de vie, et aux communautés qui vivent aux alentours.

Mais cet acte symbolique, acte de reconnaissance aux lacs, n’a pu être réalisé car la route a été bloquée par des effectifs policiers, obéissant à Yanacocha dont les représentants étaient absents. Alors, les défenseurs de l’eau se sont approchés des policiers afin de délivrer un message de paix à l’aide de cœurs écologiques qui nous ont accompagnés tout au long de la marche. Après avoir tenté par tous les moyens légaux de passer, nous avons du faire demi-tour, ce qui a rallongé le parcours de plusieurs heures.
La Marche est passée par Cajamarca, Trujillo et Chimbote, agrandissant la rivière à chaque fois. Les accueils dans ces villes ont été chaleureux, et ont permis à travers des marches, des forums publics, des assemblées et des veillées, de sensibiliser les population à ce grand conflit, qui a blessé de nombreuses personnes, qui perdure et qui continue de diviser.

Enfin, nous sommes arrivés à Lima, cette capitale infernale. Nous avons encore marché, afin de faire passer notre message, toujours accompagnés de ces nombreux cœurs écologiques, mais également d’une banderole, longue d’environ 200 mètres, qui rassemble des messages écologiques en défense de l’eau. Nous avons marché jusqu’au Sommet des Peuples.

L’un des objectifs de cette Marche était de réunir les différentes luttes. En effet, la lutte contre le mégaprojet minier Conga est emblématique, mais elle est loin d’être unique, au Pérou où ailleurs. Une assemblée a été réalisée, rassemblant différentes luttes, de différents pays, à l’initiative du Mouvement des Peuples pour le Bien Vivre, formé lors du Pré-Sommet des Peuples de Celendin. Elle a permis d’échanger et de communiquer, afin de donner de la force à ces luttes.

Le mercredi 10 décembre, nous avons de nouveau marché, mais cette fois-ci, nous étions bien plus nombreux que les 200 personnes venues de la région de Cajamarca, de Chimbote et de Trujillo, nous étions quelques milliers (5000 selon la presse, 10 000 selon les organisateurs) à marcher au cœur de Lima, criant pour la protection de l’environnement, de la Pachamama, critiquant les mécanismes officiels de la COP 20, ces gouvernements hypocrites, qui ne parviennent pas à s’accorder sur la protection de notre terre et cela en raison des forts intérêts économiques qui dominent le monde. Ces gouvernements hypocrites, qui se réunissent prétendant s’impliquer dans la protection de l’environnement, mais qui sont perpétuellement dominés par les investisseurs privés. Le Pérou en est un bon exemple, et malheureusement loin d’être le seul. Les populations ont crié leur désarroi, leur mécontentement. La terre bouillonne, le climat change et affecte les populations les plus vulnérables qui n’ont pas leur mot à dire. Cependant, ces populations ont montré que rien ne les empêche de faire entendre leur voix, leur volonté de changer ce modèle de développement économique irrespectueux et dangereux. Les populations s’organisent car elles sont blessées, à la fois par le climat qui rend le labeur plus difficile, met en danger les conditions de vie et la sécurité alimentaire, mais également par les conflits et la façon dont ils sont réprimés…

Durant la Marche, les peuples ont chanté. L’un des chants le plus souvent entendu était celui intitulé « Démocratie« , écrit et composé par Jenny Coral, « rondera » de Celendin :
« Esta democracia, ya no es democracia,
Que a punta de balas, nos imponen leyes,
El pueblo reclama el agua que es vida,
Mientras la minera, ensucia y contamina
 »

Ce qui signifie en Français :
« Cette démocratie, n’est déjà plus une démocratie,
A coup de balles, elle nous impose ses lois,
Le peuple réclame l’eau qui représente la vie
Alors que la mine, salit et contamine
 »