🇧🇷 Tapajós : les peuples autochtones contre la marchandisation des rivières (Fábio Bispo -Outras Mídias / Traduction Roger Guilloux -Autres Brésils )



L’occupation du terminal de fret fluvial de Santarém (État du Pará) par des centaines de militant·es autochtones a duré quinze jours. Les manifestants exigeaient une consultation préalable à la privatisation de la rivière Tapajós, telle que promise par le président Lula lors de la COP 30. Ils dénoncent l’avancement des travaux de dragage alors que les études ne sont pas achevées et les graves menaces que le projet fait peser sur leur mode de vie. Le 6 février, le gouvernement a suspendu le chantier, sous la pression des manifestant·es.

Militant·es autochtones occupant le terminal de fret de la multinationale agroalimentaire Cargill, fin janvier 2026. ©Communication/Cita

En deux semaines, l’occupation par des militant·es autochtones de l’accès au terminal de fret de la multinationale agroalimentaire Cargill, à Santarém (État du Pará), pour protester contre les projets de mise en place de voies navigables en Amazonie, a pris de l’ampleur et a fait pression sur le gouvernement Lula (Parti des travailleurs – PT). Les manifestant·es dénoncent l’absence de consultation libre, préalable et éclairée des communautés autochtones potentiellement touchées par la création d’une voie navigable sur la rivière Tapajós. Une telle consultation est un droit garanti par la Convention 169 de l’Organisation internationale du travail (OIT), dont le Brésil est signataire.

Le nombre de personnes participant à la manifestation a considérablement augmenté au cours de la mobilisation. Selon les organisateurs, elle a rassemblé environ 700 personnes des peuples du Bas, Moyen et Haut Tapajós. La semaine précédente, environ 150 autochtones étaient présent·es sur le terminal. Depuis le 22 janvier, les manifestant·es réclament l’abrogation du décret n° 12.600/2025, qui inclut plus de 3 000 kilomètres de rivières et de fleuves amazoniens dans le Programme national de privatisation (PND), dont certains tronçons du Tapajós ainsi que des rivières Madeira et Tocantins. Les dirigeants exigeaient notamment la suspension immédiate du dragage. Il s’agit d’une opération de nettoyage de la rivière Tapajós ou d’excavation des sédiments qui, selon les dires de certains, aurait commencé avant la fin des études environnementales . Bien qu’il ait promis, en novembre dernier, que les peuples autochtones seraient consultés « avant la mise en œuvre de tout projet sur le fleuve », le gouvernement fédéral n’était pas représenté physiquement à Santarém le 30 janvier pour une réunion, une condition jugée indispensable par la délégation du mouvement, ce qui a provoqué l’annulation de la rencontre, a priori reportée début février, cette fois en présence et avec la médiation du Ministère public fédéral (MPF), qui a déjà émis des recommandations sur la nécessité de mener des études environnementales pour le dragage du Tapajós ainsi qu’une consultation des communautés traditionnelles affectées par la voie navigable. Selon les dirigeants de la mobilisation, le gouvernement n’avait jusqu’alors envoyé que des représentants de second rang aux réunions virtuelles, ce qui ne répond ni aux revendications ni aux promesses faites.

« Nous n’acceptons aucune négociation autre que l’abrogation du décret et la suspension du dragage du fleuve. Nous voulons que le gouvernement s’assoie avec nous, avec des personnes qui ont le pouvoir de décision », déclare Lucas Tupinambá, président du Conseil indigène Tapajós-Arapiuns (Cita). Pour les dirigeants autochtones, la concession de la voie navigable et le dragage sont directement liés à l’expansion de l’agroindustrie, en particulier de la culture du soja, et à la transformation du Tapajós en corridor d’exportation, en lien avec d’autres grands projets logistiques, tels que Ferrogrão [3« Cette infrastructure qui est en train de voir le jour, n’est pas un espace adapté à nos besoins et ne le sera jamais. Ce sont des projets mortels qui vont tuer notre fleuve et nos sites sacrés, et qui visent à éliminer les populations autochtones et riveraines », s’alarme Alessandra Korap Munduruku, qui a rejoint l’occupation accompagnée d’une délégation d’indigènes Munduruku début février. « Le fleuve et l’eau ont une mère, un esprit, une histoire. Pour qu’il y ait consultation, il faut d’abord abroger ce décret », poursuit-elle. (…)

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Voir également : Tapajós, Madeira et Tocantins : une privatisation agroindustrielle contre la vie (Frei Betto / Traduction : Patrick Piro)