🇧🇷 Brésil : les fleuves d’Amazonie ne seront pas privatisés grâce au combat de peuples autochtones (Reporterre / L’Humanité / Amazon Watch)


Depuis trente-trois jours, elles et ils étaient près d’un millier à camper devant l’entrepôt Cargill, l’un des plus grands négociants agroalimentaires. À Santarém, dans le nord-est du Brésil, les militantes et militants autochtones ont finalement gagné leur lutte contre la privatisation des fleuves d’Amazonie.

Le fleuve Tapajós aurait notamment pu être aux mains de l’agrobusiness. – Wikimedia Commons / CC BY-SA 4.0 / Gpfbcbc

Le 23 février, le gouvernement brésilien a abrogé le décret qui ouvrait la voie à la concession de plus de 3 000 km de voies navigables, dont les fleuves Tapajós, Tocantins et Madeira, au profit de l’agrobusiness. Il prévoyait de confier à des entreprises privées l’entretien de ces fleuves, avec la possibilité de percevoir des péages pendant douze à quinze ans. Sauf que pour ces communautés, ces fleuves sont bien plus que des axes de transport : ce sont des territoires de vie ancestraux dont ils dépendent pour se nourrir. (…)

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Brésil : face à la mobilisation des peuples autochtones, le président Lula renonce à un projet controversé en Amazonie (Antoine Portoles / L’Humanité)

L’ancien ouvrier métallurgiste a abrogé lundi 23 février un décret qui prévoyait la privatisation partielle des rivières Tapajós, Tocantins et Madeira dans le bassin amazonien, répondant aux revendications des peuples autochtones de l’État du Pará.

Manifestation organisée par des autochtones brésiliens Guarani et des militants écologistes contre le dragage en Amazonie, devant le siège du géant américain de l’agroalimentaire Cargill à São Paulo, le 20 février 2026. © Nelson Almeida / AFP

Pour les populations autochtones de l’État du Pará au Brésil, la lutte a fini par porter ses fruits. Mobilisées activement depuis plusieurs semaines contre un décret signé en août 2025 par Luiz Inacio Lula da Silva, ouvrant la voie à la privatisation de sections des rivières Tapajós, Tocantins et Madeira dans le bassin amazonien, elles ont finalement réussi à faire entendre raison au président brésilien.

L’abrogation du texte a été officialisée lundi 23 février au soir dans l’allégresse par le secrétaire général de la présidence de la République, Guilherme Boulos, et la ministre des Peuples autochtones, Sônia Guajajara, au terme de longues négociations avec les contestataires. « Cette mobilisation ferme et organisée, fondée sur la Constitution, a démontré que la démocratie doit écouter celles et ceux qui vivent sur ces territoires et les protègent », s’est réjouie la militante amérindienne originaire du Maranhao.

Le Brésil demeure le premier exportateur mondial de soja et de maïs. Le projet du gouvernement fédéral visait à l’expansion des ports privés et au dragage des trois affluents du fleuve Amazone précités – d’importants corridors d’exportation – dans le but de réduire le coût de transport des céréales. Ses adversaires y ont vu une menace directe et imminente sur la biodiversité et sur de nombreux sites sacrés. Pour les communautés locales et autochtones, un impact sur la libre circulation fluviale et sur leurs moyens de subsistance, le tout en faisant fi de leur consentement préalable.

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« La rivière a gagné » : comment des militants en Amazonie brésilienne ont empêché la privatisation des voies navigables (Jonathan Watts /  The Guardian / Traduction par Amazon Watch)

« Une victoire pour la vie. » Tel était le message triomphal des militants autochtones de l’Amazonie brésilienne cette semaine, après avoir repoussé une menace pesant sur le fleuve Tapajós en occupant un terminal céréalier exploité par Cargill, la plus grande entreprise privée des États-Unis.

Photo : Amazon Watch

Reportage de TV5 Monde

« La rivière a gagné, la forêt a gagné, la mémoire de nos ancêtres a gagné », ont déclaré les militants à Santarém lorsqu’il est devenu évident que leurs actions avaient contraint le gouvernement brésilien à faire volte-face sur son projet de privatiser l’une des plus belles voies navigables du monde et d’en étendre le rôle en tant que canal de culture du soja.

Ce qui était sans doute le plus impressionnant dans cette victoire historique, c’était le déséquilibre apparent des forces en présence : d’un côté, environ 1 000 défenseurs locaux des rivières, issus pour la plupart des peuples Munduruku, Arapiun et Apiaká, et de l’autre, certaines des forces les plus puissantes du capitalisme mondial et du dérèglement climatique.

Il y a à peine un mois, l’armée américaine lançait une attaque transfrontalière au Venezuela, sa première frappe ouverte contre un pays amazonien. Cette opération avait pour objectif clair de sécuriser les ressources – dans ce cas, principalement le pétrole – et d’imposer la domination des entreprises américaines dans la région.

Sans se laisser décourager, les militants de Santarém se sont attaqués à l’un des géants américains du commerce mondial. Cargill génère un chiffre d’affaires de plus de 160 milliards de dollars (119 milliards de livres sterling) par an, emploie 155 000 personnes et représente plus de 70 % du soja et du maïs expédiés via Santarém.

La semaine dernière, des militants autochtones ont intercepté et pris d’assaut une barge céréalière se dirigeant vers le port. Cette semaine, ils ont lancé une action par voie maritime contre le terminal de Cargill, qu’ils ont occupé pendant plusieurs jours, perturbant ainsi les activités de l’entreprise américaine.

Cela a perturbé l’un des points névralgiques du commerce alimentaire mondial, car l’usine Cargill de Santarém est une plaque tournante majeure entre le pays qui possède les plus grandes exploitations agricoles – le Brésil – et le pays qui compte le plus grand nombre de tables – la Chine, qui est la destination de la majeure partie du soja.

Les autorités brésiliennes, tant au niveau national que local, soutenues par des financements étrangers et des entreprises multinationales, souhaitent étendre ce lien vital en construisant des voies ferrées, des routes et un « hydrovia » (un mégacanal aménagé sur un fleuve). L’hydrovia, en particulier, est perçue comme un élément essentiel du développement national.

Lorsque j’ai écrit pour la première fois à ce sujet il y a dix ans, le maire de Santarém m’a dit que projets d’industrialisation La région de Tapajós et la population de sa ville pourraient doubler, tandis que l’ancien ambassadeur en Chine se vantait des retombées économiques que le Brésil tirerait de l’ouverture de « la plus grande frontière alimentaire du monde ». Cargill figurerait parmi les bénéficiaires.

Les manifestants ont porté un coup dur à ce projet cette semaine en contraignant le gouvernement à annuler un décret de privatisation des projets fédéraux sur trois fleuves : le Tapajós, le Madeira et le Tocantins. Cette mesure, annoncée en août dernier par le président Luiz Inácio Lula da Silva, mettait aux enchères les opérations de dragage et autres services de gestion du trafic sur ces voies navigables. Cette situation a exacerbé les craintes d’une accélération du projet de transformation du Tapajós, qui voit déjà transiter environ 41 millions de tonnes de marchandises par an, en un hydravion encore plus vaste et destructeur.

Le gouvernement affirmait que le transport fluvial était plus efficace, moins polluant et plus respectueux de l’environnement que le transport routier. Mais la Fédération des peuples autochtones du Pará insistait sur le fait que les risques encourus par les populations locales devaient primer sur les profits des étrangers. (…)

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Pour rappel, voir :
Tapajós : les peuples autochtones contre la marchandisation des rivières (Fábio Bispo -Outras Mídias / Traduction Roger Guilloux -Autres Brésils )
Privatiser les fleuves d’Amazonie, la menace qui plane sur les peuples autochtones (Raphaël Bernard / Reporterre)