🇨🇴 Colombie : à Cartagena, le maire veut rompre avec Veolia sur fond de crise de l’eau (Le Club de Mediapart /Juan Sebastian Santoyo Sánchez – Human Conet)


Début juin, le maire de Cartagena a annoncé la fin de « toute relation institutionnelle » avec Veolia. Il affirme que certains rationnements auraient été organisés intentionnellement pour pousser le district à financer une nouvelle usine. Aguas de Cartagena conteste cette accusation et invoque une prolifération de microalgues. Le conflit est désormais politique et judiciaire.

Cartagena sin aguaIllustration: Distrito de Cartagena


Le 1er juin 2026, c’est par un message publié sur X que le maire de Cartagena, Dumek Turbay Paz, annonce vouloir mettre fin à trente et un ans de gestion mixte de l’eau dans la ville portuaire colombienne. Devant son conseil municipal, il déclare rompre « toute relation institutionnelle » avec Veolia, groupe auquel appartient Agbar, qui détient 45,9% d’Aguas de Cartagena (Acuacar), et qui exerce par ailleurs le rôle d’opérateur au sein de cette société mixte, chargée de la distribution de l’eau aux plus d’un million d’habitants de la ville.

En cause: des semaines de coupures tournantes, de baisses de pression et de plaintes concernant une eau trouble et sédimentée. Le maire estime que, malgré un avenant signé en 2015 prolongeant jusqu’en 2034 le contrat initié en 1995, la qualité du service ne s’est pas suffisamment améliorée.  

Deux mois plus tard, le conflit est loin d’être clos et a également pris une dimension judiciaire : le maire a engagé une action populaire contre Acuacar et la Superintendencia de Servicios Públicos. Le Tribunal administratif de Bolívar a ordonné des mesures provisoires concernant les rationnements, en précisant qu’elles ne préjugent pas de l’issue du litige. Par ailleurs, le cas de Cartagena pose une question qui dépasse largement les Caraïbes : celle du modèle même de gestion de l’eau face au dérèglement climatique et à l’accroissement des besoins urbains.  

Cartagena de Indias est connue dans le monde entier pour ses remparts coloniaux classés au patrimoine mondial de l’UNESCO, ses hôtels de luxe, ses croisières et les sommets diplomatiques internationaux qu’elle accueille. Mais elle reste une ville profondément inégalitaire. Selon les données 2025 de l’institut national de statistique colombien (DANE), 34,6% de sa population vit sous le seuil de pauvreté monétaire et son coefficient de Gini s’établit à 0,486.

Cette fracture, héritée de la ségrégation raciale et spatiale de l’époque coloniale, se retrouve dans l’accès à l’eau. Dans le centre historique et les zones touristiques, l’approvisionnement est quasiment continu. Dans des quartiers périphériques comme El Pozón ou Nelson Mandela, ainsi qu’aux abords de la Ciénaga de la Virgen, largement peuplés de communautés afro-colombiennes, l’accès à l’eau courante demeure précaire, parfois complété par des citernes mobiles. 

La ville, qui compte un peu plus d’un million d’habitants, dépend par ailleurs à environ 90% d’une seule usine de traitement, celle d’El Bosque, une fragilité structurelle qui explique en partie l’ampleur de la crise actuelle. (…)

 

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