🇦🇷 🇪🇸 Javier Milei, président argentin en visite en Espagne (Jean-Jacques Kourliandsky / Nouveaux espaces latinos)


Javier Milei a effectué le 21 octobre 2026 son septième, voyage à Madrid depuis sa prise de fonction en décembre 2023. Ce déplacement était annoncé par la Casa Rosada  en scénario habituel. Le chef de l’État argentin a mis, comme lors des six visites antérieures, de côté tout entretien, fût-il protocolairen avec l’exécutif espagnol. Il n’a rencontré ni le roi, Philippe VI, ni le président du gouvernement, Pedro Sánchez, qu’il a vertement insulté. 


Le manquement répété aux usages diplomatiques est la norme revendiquée par Javier Milei.  Elle a pourtant cette fois-ci mis dans l’embarras ses amis idéologiques des partis Vox et PP (Parti Populaire). Le cache-cache de Santiago Abascal, qui jusque-là, lui déroulait le tapis rouge des grandes occasions a surpris. Tout autant que le silence du responsable du PP, Alberto Nuñez Feijoo. Alors que le 30 septembre, le président français, Emmanuel Macron, en recevant Javier Milei au palais de l’Élysée, lui avait concédé un label international de bonne conduite.

Javier Milei, comme en d’autres occasions est venu à Madrid partager de façon provocatrice son credo avec les adeptes locaux de l’école économique libérale autrichienne. Il a « communié » un entre soi sectaire avec les fidèles espagnols de ce qui au-delà de l’économie s’apparente à une croyance. Ce réseau social, a célébré à l’occasion de la Xe Conférence internationale d’économie autrichienne, les vertus de l’anarcho-capitalisme dans la Bibliothèque Miguel de Cervantes, de l’université « Roi Juan Carlos ».  Un ami de toujours présidait à ces agapes, le professeur Jesús Huerta de Soto Ballester. 

Javier Milei compte-tenu de la dégradation de l’économie argentine avait, comme à Paris fin septembre, convié plusieurs personnages représentatifs de milieux d’affaire, invités à investir en Argentine : le vice-président de la Banque Santander, le président de KPMG Espagne, (agence de consultants), le président de Gestamp, (composants automobiles), la présidente de la Fondation Princesse des Asturies, institution financée par les grandes banques espagnoles et le groupe Masaveu. « Regardez vers le sud » leur a-t-il dit. « Regardez-nous pour investir, regardez-nous pour produire » (..) L’Argentine d’aujourd’hui a fait la démonstration que se battre contre la décadence donne des fruits ».

Comme il l’a déjà fait six fois auparavant, Javier Milei, a dédié son déplacement madrilène à ses amis d’extrême droite, actuellement en campagne électorale. Ses soutiens internationaux l’ambassadeur de Donald Trump, Benjamin Leon Jr, et celui de Benjamin Netanyahou, Dana Erlich, étaient bien là pour l’écouter. Vox était représenté par un éventail choisi de parlementaires. Milei a été reçu avec tous les honneurs au siège de Disenso, fondation de Vox, à savoir, par Jorge Martin Frias, son directeur, et Ignacio Garriga, vice-président du parti d’extrême-droite. Mais, surprise, pour la première fois le président de Vox, Santiago Abascal s’est fait excuser. Il a échangé avec son « ami de toujours », Javier Milei, en visioconférence. Le PP, et son principal responsable, Alberto Nuñez Feijoo, étaient aux abonnés absents. Seule la « pasionaria » radicale du « Parti Populaire », présidente de la Communauté de Madrid, Isabel Ayuso, lui a ouvert les portes d’une annexe institutionnelle régionale. Il est vrai que les fenêtres du siège officiel de la Région de Madrid, Plaza del Sol, ouvrent en ce moment, sur le campement des mal-logés installé en soutien d’une grand-mère, Maricarmen, menacée d’expulsion par les fureurs spéculatives de l’immobilier.

Cet acte de missionnaire néo-libéral a été l’occasion pour le premier magistrat argentin d’invectiver et diaboliser, « étatistes », « socialistes », qui pour lui, sont des mécréants dangereux. Il n’a pas ménagé ses ardeurs oratoires vouant aux gémonies son « homologue », Pedro Sánchez, qu’il a qualifié, « de dictateur imprésentable ». À la veille des législatives anticipées du 29 novembre, il a vivement encouragé les électeurs espagnols, à « virer à coups de pied les socialistes ». Ce n’était pas la première fois. En 2024, à l’occasion d’une sauterie extrémiste organisée à Madrid par Vox et Santiago Abascal, il s’en était pris à Begoña Gomez, l’épouse de Pedro Sánchez, en termes ni diplomatiques, ni simplement respectueux. 

Refusant toute concession aux normes d’usage en diplomatie, bien que chef d’État, il parle en bouffon provocateur et irrespectueux. « Quand je viens en Espagne » a-t-il déclaré, « pas question d’aller voir un délinquant, un voleur comme Pedro Sánchez. Je ne vais pas me coudre les poches pour éviter d’être volé ». Comportement non exclusif, Javier Milei ayant, depuis son accession à la présidence, agressé à plusieurs reprises le président brésilien, Luis Inacio Lula da Silva. Seuls échappent à ce comportement atypique ceux qui partagent tout ou partie de ses conceptions économiques libertariennes, ses voisins latino-américains, idéologiquement compatibles, le président des États-Unis, et, avec quelques bémols, le chef de l’État français.

Cette fois-ci, campagne électorale oblige, Pedro Sánchez et le PSOE, ont rendu coup pour coup. (…)

(…) Lire la suite de l’article ici