🇧🇷 La vie triomphe : Lula réélu président du Brésil (Eliane Brum / Sumaúma / Traduction par Autres Brésils)
Après le plus spectaculaire des retournements de situation depuis le début de la redémocratisation, le bolsonarisme a été vaincu aux urnes et le pays retrouve un peu de répit pour affronter une extrême droite qui continuera de progresser.
Source : Sumaúma, « A vida venceu : Lula é reeleito presidente do Brasil », par Eliane Brum, 25 octobre 2026. Traduction, édition : Patrick Piro
Ana, Paulo, Maria, Antonio, Leila, João, Carolina, Fábio, Lucas, Sonia, José, Carla, Francisco, Zilda, Sebastião, Gabriela, Hugo, Lorena, Marcelo, Laura, Diego, Emília, Pablo, Raimunda, João, Cláudia, Maurício, Alice, [insérez votre nom ici]… Chacun·e d’entre vous a joué un rôle déterminant dans le retournement de situation le plus spectaculaire depuis la redémocratisation du Brésil, dans la construction d’un moment historique que vous pourrez raconter à vos enfants. Vous avez agi, vous avez combattu, vous avez participé au mouvement qui a sauvé le Brésil (du moins pour l’instant) du retour au pouvoir de la famille Bolsonaro. Vous avez sauvé la démocratie (du moins pour l’instant), vous avez contribué à protéger l’Amazonie, vous avez lutté pour que les nouvelles générations (et les anciennes aussi) ne soient pas privées de leur avenir. Vous avez empêché que l’État brésilien ne soit mis au service de la famille Bolsonaro et de ses alliés. Vous avez envoyé un message au monde assiégé par le fascisme.
Vous. Nous.
Lula a remporté une victoire écrasante, après avoir accusé un retard de 2,2 millions de voix sur Flávio Bolsonaro au premier tour. Cette victoire n’aurait jamais été possible sans un triomphe encore plus grand : la fin de la paralysie. La portée de la victoire de Lula est immense, mais la prise de conscience d’une partie de la population brésilienne l’est encore davantage. Depuis les mouvements de 2013, dont le sens reste sujet à débat, aucune horreur ne semblait en mesure de mobiliser des millions de personnes du camp progressiste dans la rue au nom d’une cause commune. Et les horreurs ont été nombreuses, comme la destitution de Dilma Rousseff en 2016, véritable coup d’État. Comme les plus de 700 000 morts du covid, dont une part importante est imputable au retard délibéré de la vaccination et aux attaques contre les mesures préventives menées par Jair Bolsonaro et son gouvernement. Comme le Seuil temporel, approuvé par le Congrès, qui pénalise les peuples autochtones. Comme la loi sur la dévastation qui a aboli les permis de prospection environnementale au Brésil. Comme tous ces cortèges qui ont défilé ces dernières années.
Rien de tout cela n’a pu renforcer le mouvement progressiste au Brésil.
En 2018, les partisans de Jair Bolsonaro ont persécuté, dans les rues, des personnes vêtues de rouge, des femmes en minijupe, des personnes LGBTQIA+, ainsi que des prêtresses et des imams de centres religieux afro-brésiliens. Cette explosion de violence a engendré la peur, mais cependant pas une réaction d’une ampleur suffisante pour affronter la horde fasciste. À cette époque, le mouvement collectif le plus puissant était « Ele Não » (Pas Lui [Bolsonaro]), initié par une femme du Nord-Est et qui s’est propagé à travers le Brésil. Mais il n’a jamais atteint l’élan qui s’est levé entre le premier et le second tour de ces élections de 2026. Et Bolsonaro, le père, avait été élu, avec toutes les conséquences que l’on connaît.
Avant les résultats du premier tour, le consensus général annonçait la campagne électorale la plus apathique de tous les temps. Puis Flávio Bolsonaro a débouché en tête, et des millions de Brésilien·nes se sont libéré·es de la paralysie qui étouffait leur potentiel. Même les rues des villes amazoniennes, bastions des partisans de Bolsonaro, ont été envahies par un flot de manifestant·es défendant le seul projet démocratique de ce second tour : celui de Lula. Sur les réseaux sociaux, la créativité qui a fait du Brésil une référence culturelle mondiale a explosé. Les mèmes et les sketchs produits par des anonymes méritent d’être reconnus comme de l’art. Et ce, malgré le fait que Meta ait servi d’outil de campagne à Bolsonaro, limitant la portée et l’engagement des publications et des profils numériques favorables à Lula, comme l’a souligné l’ONU elle-même.
Soudain, lutter est devenu le verbe unique de chaque jour.
En affirmant qu’il s’agit de la plus importante des victoires, l’objectif n’est pas de minimiser l’immense portée de la réélection de Lula, mais de souligner la cause de ce revirement et, surtout, de rappeler que ce n’est que le début du combat. Célébrons, dansons, chantons, embrassons-nous, aimons-nous. Mais sans baisser la garde. Compte tenu des antécédents des partisans de Bolsonaro, il est fort probable qu’ils réagissent à cette défaite par la violence et le mensonge, cherchant à contester les résultats de l’élection. Si cette violence s’exprime par les mots en ligne, dans la rue et dans des régions comme la forêt amazonienne, elle s’exprime aussi physiquement. Nombre d’entre nous resteront en grand danger. Nous devons les protéger et, avec Lula au pouvoir, faire pression sur le gouvernement fédéral pour qu’il assume pleinement ses responsabilités, car dans la région de l’Amazonie, par exemple, sept des neuf gouverneurs sont des partisans de Bolsonaro. (…)
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