AMLO : l’espoir à l’épreuve des pouvoirs réels au Mexique (Christophe Ventura/Mémoire des luttes)


Christophe Ventura a participé à une mission d’observation internationale des élections mexicaines (1er juillet 2018) dans le cadre d’une délégation internationale de la Red universitaria y ciudadana por la paz (Réseau universitaire et citoyen pour la paix).

Nous sommes à Acolman (« Homme avec une main ou un bras » en langue náhuatl). Comme partout au Mexique, un événement historique se prépare ce 1er juillet 2018 dans cette ville de 80 000 habitants située à 40 kilomètres de Mexico.

Mais, pour l’heure, en ce début d’après-midi d’été, un calme indolent règne sur la place principale de la cité où est installé un bureau de vote pour l’élection des autorités locales, du gouverneur de l’Etat de Mexico (EDOMEX), ainsi que de la Chambre des députés, du Sénat et du président de la République mexicaine. La plupart des habitants a déjà participé au scrutin dès les fraîches heures de la matinée. Désormais, la Plaza del Reloj (Place de l’Horloge) appartient à de vieilles Dodge increvables qui siestent royalement le long des trottoirs, offrant leur ombre rafraîchissante aux autres habitants de la ville : les chiens errants.

A l’extérieur de l’agglomération, les champs de nopales (cactus de la famille des figuiers de barbarie auquel s’accrochent en crête les délicieuses et charnues tunas) défilent le long de l’autoroute Mexico-Tuxpan envahie de nids-de-poule, mais vide de ses usagers habituels.

Andrés Manuel López Obrador, dit Amlo, lors d’un meeting à Mexico, le 24 mai. Au Mexique, le scrutin présidentiel se déroule en un seul tour. Photo Marco Ugarte. AP

Pourtant, dès 19 heures, tout change. La ville s’anime, une foule de passants surgit et s’amasse. Un bruit court, rapidement confirmé par de premiers communiqués, en particulier ceux de ses adversaires qui reconnaissent immédiatement leur défaite. Il a triomphé. « Il » ? Andres Manuel Lopez Obrador (dit AMLO). Après deux tentatives empêchées par la fraude en 2006 et 2012, l’ancien dirigeant du Parti de la révolution démocratique (PRD) – ayant rompu avec lui en 2014 pour fonder le Mouvement de régénération nationale (Morena) – remporte largement ces élections à la tête de sa coalition Juntos Haremos Historia (Ensemble, nous ferons l’histoire – JHS [1]).

 

Avec 53% des voix – 30 millions de voix – et 63 % de participation (du jamais vu au Mexique), l’ancien maire de Mexico (2000-2005) s’adjuge tous les leviers du pouvoir politique national (exécutif, puissante majorité au Congrès – à la différence, par exemple, de l’ancien président Lula au Brésil en 2002 –, dans les Etats fédérés, ville de Mexico, municipalités). 

Ainsi, pour la première fois depuis la transition démocratique (inachevée) de 2000, un président de centre-gauche est élu au sein la seconde puissance d’Amérique latine. L’événement est tectonique et il faut l’apprécier à l’aune d’un contexte bien singulier. Le Mexique n’est pas un pays comme les autres. Proche de la décomposition sociale, institutionnelle et politique, il est l’un des pays les plus violents au monde. Soumis à l’emprise de la corruption généralisée et du crime organisé, il est devenu le royaume des cartels du narcotrafic, directement connecté au plus important marché de consommation de drogues au monde : les Etats-Unis (…) 

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