🇺🇸 🇻🇪 La démocratie et la souveraineté des peuples face à l’impérialisme états-unien de Trump (Tribune de Fabien Cohen, secrétaire général de FAL / L’Humanité)


Démocrate ou républicain, aucun des gouvernements étasuniens n’a accepté a volonté des latino-américains de s’affranchir de leur mainmise. La prépondérance de la Chine et la montée des BRICS+ ne pouvaient que provoquer l’homme d’affaires qu’est Trump, dont la présidence n’a pas d’autres considérations que la finance.


Trump et son administration l’avaient annoncé, ils ont montré que ce n’était pas de vaines paroles. Au-delà de l’agression perpétrée envers un pays souverain et son président, ce qui a été commis ce 3 janvier est une vraie déclaration de guerre à l’Amérique latine tout entière qu’annonçait clairement l’arrogante « stratégie de sécurité nationale des États-Unis d’Amérique ».

Nous sommes face à un projet impérialiste, nouveau corollaire Trump de la doctrine Monroe, cherchant à restaurer d’une manière insensée mais cohérente la toute-puissance et les priorités américaines des États-Unis, sur tout le continent américain. Mais elle vise à exercer un contrôle direct sur le pays et à s’accaparer les plus grandes réserves de pétrole de la planète que détient le Venezuela. En relançant la stratégie d’ingérence en Amérique latine des sombres années 1970-1980, elle s’aventure dans une déstabilisation mondiale passant des pressions économiques et diplomatiques au recours assumé à la force militaire et au kidnapping.

Mais les menaces et diffamations ne sont pas réservées aux seuls régimes cubain et vénézuélien : d’autres sont déjà dans le collimateur et doivent nous alerter. En diffamant et en cherchant à isoler le gouvernement progressiste colombien, en laissant planer des menaces similaires sur la présidence mexicaine, Trump montre bien que peu lui chaut les régimes en place, pourvu qu’ils lui soient soumis. À l’image de l’alliance renforcée avec le régime d’extrême droite d’Argentine à coups de dizaines de milliards de dollars, de même avec la droite au Honduras ou en Équateur, en soutenant les revanchards néofascistes au Brésil, avec à leur tête Jair Bolsonaro, en prônant l’utilisation de la tristement célèbre mégaprison du régime répressif de Bukele au Salvador pour détenir les personnes expulsées des États-Unis — Trump ne fait qu’appliquer la stratégie visant à rétablir l’hégémonie de Washington en Amérique latine.

En bafouant le droit international et la souveraineté des peuples, ce nouvel acte impérialiste met en scène un nouvel ordre mondial fascisant qui est une menace pour tous les peuples du monde.

La France, l’Union européenne, en restant silencieuses deviennent complices comme elles le furent en laissant faire le génocide des Gazaouis en Palestine. Cinquante ans après la mise en place de l’opération « Condor », c’est un avertissement que Trump et les États d’extrême droite latino-américains lancent à toute l’Amérique latine et la Caraïbe, mais aussi à tout le Sud comme le Nord. Trump lui-même n’a-t-il pas averti les juges français de mesures de rétorsion s’ils confirmaient en appel la condamnation de Marine Le Pen ?

Ce sera une date historique, si nous ne parvenons pas à stopper cette vaste offensive contre la démocratie et la paix. Une internationale d’extrême droite se met en place en Europe et à l’échelle des pays occidentaux. Elle a pour projet d’anéantir toute ambition citoyenne à construire un monde plus juste et plus protecteur de la planète.

Le capitalisme considère aujourd’hui que l’autoritarisme d’État est nécessaire pour préserver ses intérêts et pallier les insuffisances diplomatiques. Il se traduit par une dangereuse course aux armements et par la mise en place d’une économie de guerre. Une stratégie belliciste qui, à la faveur du conflit russo-ukrainien, se répercute à l’échelle de l’Union européenne et de la France.

Nous nous devons de dénoncer et condamner l’agression des États-Unis contre le Venezuela, exiger la libération de son président, quoi qu’on puisse en penser, mais aussi le respect de la Charte de l’ONU, du droit international, de la souveraineté des peuples et la fin du pillage des ressources naturelles.

La déclaration d’Emmanuel Macron est inadmissible. Elle engage notre pays, elle engage l’Europe, dans une logique de domination et de vassalisation politique vis-à-vis de l’impérialisme états-unien.

Nous avons la responsabilité d’exiger de la France et de l’Union européenne qu’elles usent de toute leur influence pour que soient mis en mouvement tous les outils diplomatiques et juridictionnels (TPI) au profit de la fin des conflits guerriers, de la paix dans le monde et d’un multilatéralisme réellement assumé. France Amérique latine mettra tout en œuvre pour créer les conditions d’un large rassemblement dans ce sens.

Fabien Cohen, secrétaire général de France Amérique Latine,
membre du secrétariat du conseil international du Forum Social Mondial

Tribune à retrouver ici sur le site de l’Humanité qui a autorisé FAL à la publier intégralement