🇧🇷 🇺🇸 L’Amazonie, épicentre du projet impérialiste de Trump en Amérique latine (Claudia Antunes -Sumauma / Traduction par Patrick Piro – Autres Brésils)


L’agression contre le Venezuela, en élargissant « l’arrière-cour » de Washington, montre que cette région est une priorité visant — bien au-delà du contrôle du pétrole —, à garantir la domination des États-Unis sur le continent et à tenir la Chine à distance.

Amazonie équatorienne, près de Puyo. ©Andreas Kay

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L’invasion du Venezuela et les menaces qui pèsent sur la Colombie, deux pays frontaliers du Brésil via l’Amazonie, ont fait de ce biome l’épicentre du projet impérialiste de Donald Trump. Comme c’est détaillé dans la Stratégie de sécurité nationale publiée par le président des États-Unis début décembre 2025 : elle proclame comme priorité absolue la domination du continent américain, empêchant les puissances extérieures – principalement la Chine – d’y posséder ou contrôler des « ressources stratégiques vitales ».

Cinq experts en relations internationales interrogés par Sumaúma affirment que l’objectif n’est pas simplement de « récupérer le pétrole », contrairement aux propres déclarations de Trump en référence à la nationalisation des réserves vénézuéliennes, intervenue dans les années 1970 et renforcée en 2007 par le président Hugo Chávez (1999-2013). Les États-Unis n’ont pas besoin de ce pétrole pour eux-mêmes, puisqu’ils sont actuellement le premier producteur mondial. Ils extraient quotidiennement treize fois plus de barils que le Venezuela, dont la production a chuté alors que les installations pétrolières se sont dégradées après des années de mauvaise gestion et de sanctions étasuniennes. Selon les experts, l’objectif est de garantir le contrôle de Washington sur les réserves et les flux de matières premières tout au long des chaînes d’approvisionnement liées aux secteurs de l’énergie, ainsi que des technologies de traitement et de transmission des données. Il s’agit notamment de déterminer qui aura accès aux minéraux, aux terres, à l’eau ainsi qu’aux infrastructures logistiques telles que les ports et les voies ferrées.

Ticiana Alvares, spécialiste en économie politique internationale et directrice technique de l’Institut d’études stratégiques du pétrole, du gaz naturel et des biocarburants (Ineep), affilié à la Fédération unifiée des travailleurs du pétrole (Fup), estime, en observatrice attentive du marché pétrolier, que l’intervention militaire des États-Unis, « bien au-delà » du simple contrôle du pétrole vénézuélien, vise à éliminer un foyer de résistance au projet trumpien.

« Le Venezuela fait partie de la sphère stratégique des États-Unis, au sein de la Grande Caraïbe. Il possède une portion de l’Amazonie et se situe à proximité du Suriname et du Guyana, pays désormais importants producteurs de pétrole. De plus, il entretient des relations avec la Chine et la Russie, avec lesquelles il conclut des contrats pétroliers à terme [1]. En échange, la Chine a investi massivement au Venezuela, notamment dans le secteur des infrastructures. Le pays a également noué des partenariats de sécurité avec la Russie. Il nous faut prendre du recul et analyser plus largement comment les États-Unis opèrent. Les menaces récentes contre Cuba et la Colombie démontrent leur volonté de regagner de l’influence en Amérique latine, et plus particulièrement en Amérique du Sud, où se concentrent les ressources en minéraux critiques. »

En ce sens, les actions et les bravades de Trump concernant le pétrole vénézuélien servent à envoyer des messages aux autres pays. Monica Hirst, chercheuse associée à l’Institut d’études sociales et politiques de l’Université d’État de Rio de Janeiro (IESP-UERJ), résume : « Il est actuellement impossible pour les États-Unis de s’accaparer le pétrole. Cependant, ils se forgent une image de dominant, essentielle pour toute autre conquête. De fait, chacun est préoccupé pour ses propres ressources. »

Monica Hirst, autrice d’ouvrages sur les relations Brésil-États-Unis et la politique étrangère brésilienne, souligne que la Stratégie de sécurité nationale fournit clairement la « recette du succès » au regard de qui s’est produit depuis septembre 2025, quand Trump a déployé une force navale au large des côtes vénézuéliennes, attaquant des navires et tuant leurs équipages sous prétexte de lutter contre le trafic de drogue. Il s’agissait d’ « exécutions extrajudiciaires » (sans procédure régulière), donc illégales au regard du droit international, tout comme l’était l’invasion du Venezuela le 3 janvier pour kidnapper le dictateur Nicolás Maduro, successeur de Chávez, sans que le Venezuela n’ait attaqué militairement les États-Unis.

La Stratégie de sécurité préfigure le « corollaire Trump » de la doctrine Monroe. La version originale fut formulée dans la première moitié du XIXe siècle par le président James Monroe (1817-1825), dans le but d’empêcher les puissances coloniales européennes de s’implanter sur le continent américain. La nouvelle doctrine « Donroe », comme l’a appelée Donald Trump, promet de « restaurer la prééminence des États-Unis dans l’hémisphère occidental ». Le texte stipule : « Nous voulons un hémisphère dont les gouvernements coopèrent avec nous contre les narcoterroristes, les cartels et autres organisations criminelles transnationales ; nous voulons un hémisphère qui reste à l’abri des incursions et de la mainmise des forces étrangères hostiles sur les ressources clés, et qui soutient les chaînes d’approvisionnement essentielles ; et nous voulons garantir notre accès permanent aux sites stratégiques clés. » Plus loin : « Nous empêcherons nos concurrents hors hémisphère de déployer des forces ou d’autres capacités menaçantes, ou de contrôler des ressources stratégiques vitales. » Le texte promet de « récompenser et d’encourager » les gouvernements, les partis politiques et les mouvements alignés sur la stratégie étasunienne, sans pour autant négliger les gouvernements ayant des points de vue différents (de ceux des États-Unis) « avec lesquels nous partageons des intérêts et qui souhaitent collaborer avec nous ».

 La stratégie annonce un renforcement de la présence militaire américaine sur le continent, notamment pour « établir ou étendre l’accès à des sites d’importance stratégique ». Elle charge différentes agences, dont des services de renseignement comme la CIA, d’identifier les « points et ressources stratégiques » sur le continent américain, « en vue de les protéger et de les développer conjointement avec les partenaires régionaux ». Les États-Unis doivent être le « partenaire privilégié » des pays, et l’administration Trump « découragera (par divers moyens) leur collaboration avec d’autres pays » et « mettra tout en œuvre pour expulser les entreprises étrangères qui construisent des infrastructures dans la région ». Le document affirme que les concurrents des États-Unis ont réalisé des « percées majeures » sur le continent américain, et que laisser faire cela sans « résistance sérieuse » constitue une « grave erreur » de la part des États-Unis. (…)

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