🇺🇸 🇻🇪 Venezuela : le retour assumé de l’impérialisme yankee en Amérique latine (Laurent Delcourt / CETRI)
En réactivant la doctrine Monroe sous la forme d’un « corollaire Trump », Washington assume sans détour une ambition hégémonique renouvelée en Amérique latine. Présentée comme un impératif de sécurité nationale, cette stratégie vise à reprendre le contrôle de ressources clés, à contenir l’influence de puissances rivales et à discipliner les États de l’hémisphère occidental, par une combinaison d’alliances sélectives, de pressions économiques et d’ingérences politiques et militaires. Le Venezuela en constitue aujourd’hui l’illustration la plus brutale.
L’opération militaire menée par les États-Unis au Venezuela dans la nuit du 2 au 3 janvier 2026, qui a abouti à la capture de Nicolás Maduro et de son épouse Cilia Flores, a provoqué la surprise, sinon la stupeur. Au-delà des débats sur sa légitimité au regard du droit international, elle n’a pourtant rien de vraiment exceptionnel pour qui connaît l’histoire de l’Amérique latine. Loin de constituer une rupture majeure, elle s’inscrit dans un continuum : celui d’une longue tradition d’interventions – directes ou indirectes – dans ce que Washington a longtemps considéré comme son arrière-cour. Une dynamique à l’œuvre, en fait, depuis la guerre hispano-américaine de 1898 qui a vu l’affirmation de la puissance étatsunienne dans la région.
Des occupations militaires dans les Caraïbes et en Amérique centrale dans la première moitié du 20e siècle aux coups d’État orchestrés par la CIA au Guatemala en 1954 et au Chili en 1973, en passant par la tentative de débarquement à la baie des Cochons à Cuba en 1961, l’intervention en République dominicaine en 1965 et l’invasion du Panamá en 1989, la liste des ingérences et coups de forces de l’Oncle Sam sur le continent apparaît aussi longue que protéiforme. Sans même évoquer son soutien indéfectible aux dictatures parmi les plus sanglantes de la région.
Rarement les États européens s’en sont véritablement émus ou s’y sont opposées frontalement : le plus souvent, ils ont fermé les yeux, parfois ont approuvé ces opérations, voire y ont directement pris part. On se souviendra notamment de l’opération conjointe des États-Unis, de la France et du Canada en 1994, qui a débouché sur la réinstallation (sous strictes conditions politiques et économiques) du président haïtien Jean-Bertrand Aristide, renversé trois ans plus tôt par un coup d’État militaire, avec le concours de la CIA et le soutien des élites traditionnelles (Thomas, 2026)
Une rhétorique inédite
Ce qui frappe en revanche, et distingue cette intervention des précédentes, ne tient pas tant à sa nature et sa gravité qu’à la manière dont elle est désormais justifiée et mise en scène. Deux éléments inédits retiennent en particulier l’attention. D’une part, pour la première fois, une opération militaire états-unienne d’envergure cible directement un grand pays du Cône Sud. D’autre part – et c’est sans doute l’aspect le plus saillant – ses motivations réelles, jusqu’ici euphémisées ou dissimulées, sont désormais exposées de la manière la plus crue.
Là où, depuis la Seconde Guerre mondiale, la lutte contre le « danger communiste », puis contre le narcotrafic, servait de justification aux coups d’État, aux opérations clandestines et aux interventions militaires, c’est aujourd’hui l’appropriation et le contrôle pur et simple des ressources énergétiques qui passent au premier plan. Donald Trump n’a cessé de le marteler : ce qui l’intéresse avant tout, c’est l’or noir vénézuélien, présenté comme un butin « volé » aux États-Unis. Il faisait bien entendu référence aux nationalisations successives du secteur pétrolier vénézuélien — sous le gouvernement de Carlos Andrés Pérez au milieu des années 1970, puis sous celui d’Hugo Chávez au cours de la première décennie du 21ᵉ siècle —perçues à Washington comme autant d’atteintes à ses intérêts.
Dans ce contexte, les discours sur le « changement de régime » et la « restauration de la démocratie » ne tiennent même plus la route. Preuve en est la décision des États-Unis de négocier directement avec les piliers du régime madurien, contournant une opposition de droite comme de gauche – laissée sans rôle ni influence. Cette posture révèle de manière éclatante que la priorité réelle n’est ni la promotion des droits démocratiques, ni la protection des citoyen·nes vénézuélien·nes, mais une logique purement prédatrice d’accès aux richesses du pays. (…)
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