🇨🇺 🇺🇸 À Cuba, «les gens vivent dans une sorte de communauté primitive moderne» (entretien avec Manuel Cuesta Morua par Romain Lemaresquier – RFI)


Depuis la fin du mois de janvier, Cuba fait face à un embargo sur le pétrole imposé par un décret du président américain Donald Trump. Dans ce pays qui faisait déjà face à une crise énergétique profonde, le manque de carburant provoque une détérioration très rapide des conditions de vie de ses habitants, comme le détaille Manuel Cuesta Morua, historien et opposant qui réside à La Havane. 

Vendeur de charbon de bois sur une route de La Havane, le 6 février 2026. AFP – Adalberto Roque

Manuel Cuesta Morua : Ils ne s’en sortent pas très bien. Les options qui s’offrent actuellement aux Cubains consistent à acheter du charbon, à acheter du bois de chauffage ou à faire du bois de chauffage, ce qui est aussi une façon de résoudre le problème, c’est-à-dire couper du bois provenant de vieilles fenêtres cassées ou de portes abandonnées, ou encore du bois provenant d’arbres. Beaucoup de gens font cela parce qu’ils n’ont pas les moyens d’acheter du bois. Les gens vivent donc dans une sorte de communauté primitive moderne. Ils cherchent un moyen de trouver l’énergie nécessaire pour cuisiner le peu de nourriture qu’ils parviennent à se procurer. La situation est très compliquée. Dans certains endroits, c’est plus difficile parce que beaucoup de gens vivent dans des immeubles, des appartements. Et là, utiliser ce type de combustible est compliqué. D’abord parce qu’ils n’ont pas les ressources nécessaires sur place, mais aussi pour des raisons liées à leur habitat, c’est-à-dire qu’ils vivent à plusieurs. Cuisiner dans un appartement, cela affecte les autres. C’est très compliqué. C’est dans cette situation d’urgence quotidienne que vivent les familles cubaines.

Tous les produits ont vu leurs prix exploser, tout est devenu cher à Cuba. Par exemple, une aubergine qui coûtait 20 pesos coûte aujourd’hui 180 pesos. La livre de tomates est passée de 150 à 300 pesos, et ainsi de suite. Les prix montent en flèche à cause de l’impact du prix de l’énergie, du carburant. On ne peut pas tout mettre sur le dos des distributeurs alimentaires. C’est pareil pour d’autres types de marchandises, les produits de première nécessité, même les plus élémentaires, les produits d’hygiène. Et puis les denrées alimentaires deviennent plus chères aussi parce que les producteurs préfèrent les envoyer dans les villes, où ils peuvent en tirer beaucoup plus de bénéfices, ce qui provoque une distorsion profonde de l’ensemble du marché, en particulier pour les denrées alimentaires.

Ça a généré une sorte de féodalisation des communautés, car les gens ne peuvent pas sortir de leur propre territoire, ni même du territoire voisin, qui peut se trouver à une distance de trois ou quatre kilomètres. Les gens ne peuvent plus s’y rendre, ce qui impacte également le travail. C’est un problème grave, un déséquilibre et un effondrement de presque toute la vie sociale et institutionnelle du pays. (…)

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