🇨🇦 🇦🇷 L’industrie minière canadienne : une influence néfaste sur la protection des glaciers en Argentine (Viviana Herrera / CDHAL)
Depuis que le gouvernement de Javier Milei a introduit, en décembre, une loi visant à affaiblir la loi sur les glaciers du pays, une grande inquiétude circule dans l’actualité et sur les médias sociaux argentins. Plusieurs préoccupations ont émergé concernant l’affaiblissement des protections de l’eau, notamment en raison du rôle du lobby de l’industrie minière canadienne dans la promotion de ces réformes. La société civile et les communautés touchées par l’exploitation minière exhortent leurs législateurs à privilégier la protection de l’eau aux intérêts miniers.
Cependant, les médias canadiens, de leur côté, couvrent très peu la situation et l’influence politique de l’industrie minière canadienne en Argentine. Pourtant, des entreprises canadiennes, dont Barrick Mining Corporation et Lundin Gold, comptent parmi les principaux acteurs soutenant l’initiative de réforme de la loi sur les glaciers. Des critiques soulignent que « ces réformes créeraient un précédent néfaste, mettant en péril les réserves d’eau douce, supprimant des protections environnementales et ouvrant la voie à l’exploitation minière à grande échelle du cuivre et de l’or dans certains des écosystèmes les plus fragiles du pays ».
Une réforme : en faveur de l’industrie minière et au détriment de l’environnement
Une analyse article par article des réformes proposées, réalisée par 30 organisations sociales et environnementales argentines, démontre que l’initiative favorise particulièrement l’industrie minière. Par exemple, la réforme introduit des critères arbitraires qui permettraient d’exclure certains glaciers de la protection juridique si une autorité provinciale considère qu’ils ne remplissent pas une « fonction hydrique pertinente ». Cette mesure ouvrirait la porte à des provinces favorables à l’exploitation minière, comme San Juan Province et Mendoza Province, pour retirer certains glaciers de la protection de la loi. Une telle décision ne reposerait pas sur des critères scientifiques, mais plutôt sur les intérêts économiques et les profits potentiels de l’industrie minière.
Pour Enrique Viale, avocat environnemental et directeur de l’Asociación Argentina de Abogados Ambientalistas, l’enjeu concerne « l’avenir des ressources en eau de l’Argentine les glaciers étant de véritables usines à eau ». Plus tôt ce mois-ci, plus de 85 spécialistes du droit constitutionnel et du droit de l’environnement ont adressé une lettre au Congrès de la Nation argentine, l’avertissant que « le projet de loi qui sera examiné en session extraordinaire est inconstitutionnel, régressif et met en péril le système de protection de l’eau tout en compromettant le droit constitutionnel à un environnement sain »
Dans un communiqué de presse regroupant cinq organisations environnementales argentines, Greenpeace Argentina mentionne que « Modifier la loi sur les glaciers en pleine crise climatique et hydrique revient à réduire la protection des réserves d’eau douce stratégiques pour les Argentins et à mettre en péril la sécurité hydrique de plus de 7 millions de personnes. Les glaciers et l’environnement périglaciaire ne sont pas de la « glace sans valeur » : ils régulent le débit des cours d’eau, préservent les bassins versants en période de sécheresse et jouent un rôle essentiel face à la hausse des températures. »
Les communautés touchées par l’exploitation minière, les scientifiques, les organisations juridiques, environnementales et sociales, l’Église catholique, les artistes, les universitaires et plusieurs autres acteurs ont rejoint ce mouvement national pour dénoncer ces réformes et protéger les sources d’eau du pays.
La loi sur les glaciers est à nouveau menacée.
Depuis que la loi sur les glaciers a été promulguée en 2010 en Argentine, celle-ci fait face à des pressions nationales et provinciales visant à la renverser ou à la modifier au bénéfice des compagnies minières.
Barrick Mining Corporation est l’une des principales compagnies poussant pour une réforme. Depuis quelques années, l’entreprise tente de faire déclarer la loi sur les glaciers inconstitutionnelle, affirmant que celle-ci pourrait avoir des effets négatifs sur les projets miniers situés dans des zones où se trouvent des glaciers, y compris la mine de Veladero Mine, connue pour avoir provoqué « la pire catastrophe environnementale causée par l’exploitation minière dans l’histoire de l’Argentine ». En 2019, la Cour suprême de l’Argentine a toutefois rejeté la réclamation de l’entreprise, qui soutenait que la loi était inconstitutionnelle.
L’entreprise canadienne a été condamnée par des institutions telles que la Fundación Ciudadanos Independientes (FUCI) pour avoir coupé en deux le glacier Almirante Brown afin de construire une route reliant la mine Veladero et le projet Pascua Lama, ce qui a entraîné la disparition de la partie inférieure de ce glacier.
Il y a deux ans, nous rapportions que Mark Bristow, alors PDG de Barrick, avait déclaré que « les glaciers vont et viennent », en référence aux tentatives du gouvernement argentin de modifier la loi sur les glaciers. Saul Zeballos, porte-parole de l’association citoyenne Asamblea Jáchal No Se Toca (Assemblée des Mains de Jáchal), touchée par la mine Veladero de Barrick, avait réagi à ces propos en affirmant : « Les glaciers ne vont pas et viennent. Ils ont disparu à jamais à cause de l’activité minière destructrice. »
En décembre, lorsque l’initiative visant à réformer la loi sur les glaciers a été annoncée, Enrique Viale a témoigné devant une session plénière des commissions de l’environnement et du développement durable ainsi que des mines du Sénat de la Nation argentine. Il a déclaré que « la réforme a des noms et des prénoms… dont Barrick Gold ».
Enrique Viale affirme que la raison du lobbying minier visant à modifier cette loi est que les projets de Barrick Gold et d’autres sociétés minières « sont situés directement sur des glaciers ou dans des environnements périglaciaires répertoriés en vertu de la loi actuelle sur les glaciers ». Il ajoute qu’« au lieu d’adapter leurs projets pour se conformer à la réglementation actuelle, ils veulent modifier le texte de la loi pour qu’il corresponde à leurs projets.» (…)
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