🇦🇷 50 ans du coup d’état militaire en Argentine : de grandes manifestations font vivre la mémoire des victimes de la dictature (Revue de Presse)

Il y a 50 ans, le coup d’État du 24 mars 1976 a été bien plus qu’un crime d’État (Espaces Latinos)
Ce fut une véritable contre-révolution sociale menée avec une précision chirurgicale : une boucherie contre le mouvement ouvrier organisée pour écraser toute contestation par en bas. Il y a cinquante ans, ce n’est pas seulement une longue nuit qui s’est abattue sur l’Argentine.

C’est toute une classe sociale qui est montée en première ligne, avec ses chiens de garde, ses comptables, ses juges, ses évêques, ses éditorialistes et ses généraux. C’est la terreur, organisée d’en haut qui a remis chacun à sa place. Il ne s’agissait pas de « défendre les institutions », ni même de restaurer la « paix sociale ». Encore moins la « République ». À sa place : les propriétaires commandent, la majorité obéit et, tête baissée, travaille plus pour gagner moins, parle à voix basse en détournant le regard pendant qu’ils enlevaient les meilleurs d’entre nous.
C’est pourquoi le coup d’État du 24 mars 1976 a été bien plus qu’un crime d’État. Ce fut une véritable contre-révolution sociale menée avec une précision chirurgicale : une boucherie planifiée pour arracher jusqu’à l’idée même que l’ordre pouvait être contesté par en bas. Il est faux de dire qu’ils sont venus avant tout pour mater une guérilla, comme le ressasse la fange négationniste, hier comme aujourd’hui. Ils sont venus briser une force sociale. Ils ont visé la classe ouvrière organisée, les commissions internes, les délégués combatifs, le mouvement étudiant, les intellectuels critiques, les coordinations — tout ce qui laissait entrevoir, même confusément, que l’usine, l’université, les quartiers populaires et la rue puissent cesser d’être des territoires soumis au commandement patronal.
Ils sont venus, au fond, parce qu’il y avait trop de la classe ouvrière et trop du peuple qui étaient déjà entrés dans l’histoire. On ne peut pas comprendre la férocité du génocide sans mesurer la peur de classe qui l’a nourri. On n’enlève pas, on ne torture pas, on ne fait pas disparaître, on ne vole pas des bébés, on ne met pas en place un réseau clandestin d’extermination à l’échelle d’un pays pour résoudre un simple désaccord politique. On en arrive là quand ceux d’en haut sentent le sol se dérober sous leurs pieds, quand leurs « biens » risquent de ne plus être intouchables, quand leur propriété, leur autorité et leurs privilèges sont remis en cause, non dans les livres, mais dans la vie elle-même.
Louise Michel, enseignante, poétesse et anarchiste, racontait la répression de la Commune de Paris. Elle a saisi ce moment avec la lucidité de celle qui a regardé la bête dans les yeux. Elle a combattu dans les rues de Paris avant d’en témoigner. Elle parle des morts au combat, mais aussi de la bestialité qui a suivi le massacre lorsque les propriétaires, terrifiés à l’idée de perdre ce qu’ils ont, arrachent leur masque et révèlent ce qu’ils sont vraiment. Surgissent alors ces créatures « vêtues avec luxe », écrit-elle, qui marchent dans les pas de l’armée victorieuse, insultent les prisonniers, profanent les morts et infligent aux corps des vaincus leur satisfaction obscène et revancharde. Cette image ne renvoie pas seulement au Paris de 1871 : c’est une scène universelle de la lutte des classes. Quand ceux d’en bas se soulèvent, quand les exploités interrompent l’ordre habituel des choses, les maîtres du monde découvrent que leur raffinement n’était qu’un vernis recouvrant la haine.
Chez nous aussi, il y a eu une semaine sanglante – qui a duré des années. Des dames de la bonne société, des hommes d’affaires, des noms illustres, des écrivains réactionnaires ont ressenti du soulagement lorsque la tuerie a commencé. Ce n’était pas une dérive militaire isolée : c’était le moment où la classe dominante argentine et son pouvoir en crise ont choisi de gouverner par la gégène, la cagoule, les Falcon et le fleuve. D’où cette cruauté si profonde. Tuer ne suffisait pas : il fallait faire disparaître. Effacer les corps, supprimer les tombes, priver de deuil, de nom. Briser les solidarités, instiller la peur sur chaque lieu de travail, faire entrer la terreur dans les repas de famille, dans les couloirs des écoles, jusque dans le souffle d’une génération. Il fallait plus qu’une victoire militaire : une défaite durable, une défaite historique.
C’est sans doute là une clé pour comprendre les cinquante dernières années. La dictature ne s’est pas vraiment achevée avec le départ des dictateurs. Sa forme la plus visible a disparu, mais ses effets, ceux qui en ont bénéficié en même temps que ses limites sont restées. Alejandro Horowicz le dit justement : nous avons vécu dans une démocratie de la défaite. Une démocratie construite sur la terre ravagée par le génocide. Un régime où les libertés démocratiques sont bien le fruit des luttes populaires, mais aussi le leg d’un rapport de forces forgé au cours d’un massacre. (…)
(…) Lire la suite de l’article ici
Dictature argentine, 50 ans après: marche contre l’oubli, lutte pour la mémoire (Philippe BERNES-LASSERRE et Martin RACHINSKY pour AFP / TV5 MONDE)

« Plus que jamais, plus jamais ça! » : comme chaque 24 mars, les Argentins défilaient mardi pour commémorer le coup d’Etat qui instaura la dictature de 1976-1983. Un rassemblement voué, à Buenos Aires, à être un des plus massifs des dernières années, sur fond de lutte pour la mémoire, attisées par l’exécutif de l’utralibéral Javier Milei.
A la mi-journée, plusieurs heures avant le rendez-vous de la manifestation, la Place de Mai s’emplissait de milliers de personnes, cortèges convergeant en un vacarme festif mêlant musique, grosses caisses, et odeurs d’asado (barbecue). Une grand-messe orchestrée par les organisation de droits humains, syndicats, mouvements sociaux, partis de gauche.
« Où sont-ils ? » (les disparus, NDLR), « On te cherche toujours » « La mémoire est l’avenir », lisaient les pancartes, banderoles, tandis que ballons de baudruches, tee-shirts arboraient des photos de disparus sous la dictature.
Le coup d’Etat militaire du 24 mars 1976, qui renversa le fragile gouvernement (20 mois) d’Isabel Peron, mit en place une politique systématique de détention secrète et d’élimination d’opposants, ou perçus comme tels. (…)
(…) Lire la suite de l’article ici
L’Argentine commémore les 50 ans du pire coup d’État de son histoire (France 24 / AFP)
Le 24 mars 1976, un coup d’État militaire instaure en Argentine un dictature brutale qui fit, selon des organisations de défense des droits humains, plus de 30 000 morts et disparus. Le président argentin Javier Milei conteste ce bilan communément admis. Plusieurs dizaines de milliers d’Argentins ont défilé mardi aux cris de « Plus jamais ça » (Nunca mas).

Contre l’oubli et pour la quête inlassable des disparus, des dizaines de milliers d’Argentins ont manifesté, mardi 24 mars, pour commémorer le coup d’État, il y a 50 ans, qui a instauré la dictature (1976-1983), des marches sur fond de lutte pour la mémoire attisée par le président argentin Javier Milei, élu en 2023.
Le rassemblement de Buenos Aires, un des plus massifs des dernières années, a rempli en une foule compacte toute la place de Mai, aux abords de la présidence, débordant sur de proches avenues, ont constaté des journalistes de l’AFP.
Sous le slogan du « Plus jamais ça », des manifestations ont eu lieu dans d’autres villes en ce « Jour de la mémoire pour la vérité et la justice », à l’initiative d’organisations de défense des droits, de syndicats, mouvements sociaux et partis, de gauche principalement. Des rassemblements, par moments, aux accents de meeting anti-Milei.
« Qu’ils disent où ils sont ! » (les disparus, NDLR), « On te cherche toujours », « La mémoire est l’avenir », lisaient les pancartes et banderoles, tandis que ballons de baudruche, tee-shirts, et une interminable bannière fendant la foule, arboraient des photos en noir et blanc de disparus. Des visages jeunes, aux coiffures des années 1970.
« Pour la première fois, j’emmène ma fille de 8 ans. On vient marcher car la mémoire se transmet de génération en génération », a déclaré à l’AFP Veronica Coronel, enseignante de 40 ans. « La moitié de (mes) élèves comprend l’histoire argentine, les horreurs qui ont eu lieu, et l’autre non, et n’est pas non plus intéressée », regrette-t-elle.
Début mars, l’identification à Cordoba des restes de 12 disparus, sur le site d’un ancien Centre clandestin de détention (CCD) comme le pays en compta des centaines, a illustré, 50 ans après, le travail dans l’ombre qui continue.
300 enfants volés à trouver
L’identification des « bébés volés » à des détenues disparues et donnés à des familles « amies » de la junte se poursuit aussi, à l’image du « petit-fils N°140 » découvert en juillet 2025.
« On recherche encore près de 300 hommes et femmes dont l’identité a été changée, qui transmettent à leurs enfants sans le savoir, le silence entourant la disparition de leurs père et mère », a lancé mardi Estela de Carlotto, 95 ans, emblématique « Grand-mère » de la place de Mai. Une Elle-même a perdu sa fille, mais a « récupéré » son petit-fils volé. (…)
(…) Lire la suite de l’article ici
Argentine: 50 ans après le coup d’État de 1976, la mémoire résiste (Théo Conscience / RFI)
En Argentine, les petits-enfants de disparus reprennent le flambeau de la mémoire. Leurs grands-parents ont lutté contre la dictature dans les années 1970, leurs parents contre l’impunité dans les années 1990, eux luttent aujourd’hui contre l’oubli. Alors que le pays commémore ce mardi les 50 ans du coup d’État de 1976 sur fond de révisionnisme historique de la part du président Javier Milei, notre correspondant Théo Conscience est allé à la rencontre de cette nouvelle génération.

On les reconnait au foulard blanc noué autour de leur tête. Comme chaque semaine depuis près de 50 ans, les Mères de la place de Mai entament une nouvelle ronde pour réclamer la vérité sur le sort de leurs enfants disparus pendant la dictature.
« C’est la ronde nᵒ 2501. Qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige, elles n’ont jamais arrêté de venir. » Lucas Pedulla se joint régulièrement aux rondes hebdomadaires des Mères de la place de Mai. À 35 ans, il appartient au collectif Nietes, qui regroupe depuis 2019 des petits-enfants de disparus de la dictature. Son grand-père Juan Jorge Wehitt a été enlevé par les militaires en 1978.
« Le crime de disparition forcée est un crime qui continue de se perpétuer jour après jour, car chaque jour, ma mère attend de savoir ce qui est arrivé à son père. Donc pour moi venir ici, c’est une manière d’inscrire ce combat sur la durée », complète-t-il. (…)
(…) Lire la suite de l’article ici