🇪🇺 🇲🇽 Non à l’accord global et commercial «modernisé» entre l’Union européenne et le Mexique (Communiqué)


Aujourd’hui, la veille de la signature des accords de commerce entre l’Union Européenne et le Mexique, 72 organisations, mouvements sociaux et réseaux d’Europe et d’Amérique latine demandent aux responsables politiques de CESSER ces accords injustices et nocifs. 


Les organisations de la société civile, les syndicats, les défenseurs des droits humains, du bien-être animal et de l’environnement qui signons la présente lettre nous adressons aux responsables politiques du Mexique et de l’Union européenne (UE) pour exiger qu’ils ne ratifient ni le Traité de libre-échange entre l’Union européenne et le Mexique (TLCUEM) « modernisé », ni l’Accord global qui contient un volet sur la protection des investissements et un mécanisme controversé permettant l’arbitrage investisseur-État (ISDS, selon son acronyme anglais).

Le texte a été négocié à l’insu des citoyens, sans débat ni consultation publique. Il a été finalisé en avril 2020, en pleine crise sanitaire, sociale et économique parmi les plus graves au monde, déclenchée par la pandémie de COVID-19. Six ans plus tard, au milieu de multiples crises et conflits, les dirigeants européens et mexicains s’empressent de signer un accord « modernisé » qui aura des conséquences plus graves que sa version précédente, en vigueur depuis 2000, pour les raisons suivantes :

L’Accord global comprend un volet sur la protection des investissements qui prévoit le recours à l’arbitrage investisseur-État. Ce mécanisme, également connu sous son acronyme anglais ISDS (Investor-State-Dispute Settlement), accorde aux investisseurs étrangers un accès privilégié et exclusif à un tribunal international pour résoudre leurs différends avec les États. Le Mexique est le troisième pays le plus poursuivi devant les tribunaux d’arbitrage au niveau mondial. Plus de 500 millions de dollars ont déjà été dépensés en sentences arbitrales défavorables et en frais de défense, et il reste encore des plaintes en cours représentant au moins 5,5 milliards de dollars. L’Accord global étend les droits d’arbitrage aux investisseurs d’autres pays européens et restreint la souveraineté mexicaine de décider de ses politiques publiques en faveur de la population, de l’environnement et du climat, et vice versa.

Le TLCUEM contient un chapitre sur les ressources naturelles qui empêche le Mexique de fixer des prix différenciés pour l’utilisation de ses minéraux et de ses ressources énergétiques au niveau national et à l’exportation. Le chapitre sur les investissements interdit la restriction de la libre circulation des capitaux et l’imposition de ce qu’on appelle des exigences de performance. Ainsi, ni les gouvernements européens, ni le gouvernement mexicain ne peuvent obliger les investisseurs de l’autre pays à, par exemple, utiliser un certain pourcentage de contenu local dans leur production ou à transférer des technologies et des connaissances. Pour le Mexique en particulier, pays dont les ressources intéressent l’Union européenne, cela implique la restriction de mesures favorisant le développement économique et social aux niveaux national et local.

En échange de trois années supplémentaires de droit de réguler son marché énergétique, le Mexique a supprimé encore davantage de droits de douane sur les importations de denrées alimentaires sur son marché intérieur, notamment de viande et de produits laitiers. Ajouté aux concessions déjà accordées pour l’importation de davantage de produits laitiers et d’autres produits agricoles ou alimentaires transformés, cela menace la production alimentaire locale au Mexique et la situation des paysans. De plus, cela favorise un commerce inutile – puisque le Mexique n’a pas besoin d’importer davantage de viande ni de produits laitiers pour satisfaire la demande nationale – qui contribue au changement climatique.

Le TLCUEM constitue le cadre permettant aux entreprises européennes de délocaliser plus facilement leur production au Mexique. En effet, de nombreuses entreprises européennes produisent déjà au Mexique. L’expérience d’Electrolux à Ciudad Juárez, avec sa répression des travailleurs qui souhaitent former un syndicat, est bien connue. Récemment, Volkswagen a annoncé le transfert d’une plus grande partie de sa production automobile au Mexique, où les travailleurs gagnent considérablement moins et où les lois environnementales sont moins appliquées. Dans le même temps, 30 000 emplois seront supprimés dans les usines Volkswagen en Allemagne.

Actuellement, 50 zones au Mexique sont en état d’urgence sanitaire et environnementale. La raison : une production industrielle aveugle. L’une des zones les plus touchées est celle de Puebla-Tlaxcala, où Volkswagen et d’autres entreprises européennes ont leurs usines. Le TLCUEM, comme tous les accords signés par l’UE, ne comprend qu’un seul chapitre sur le commerce et le développement durable, avec des dispositions non contraignantes. L’affaiblissement, au sein de l’UE, de la loi sur le devoir de diligence (CSDDD) aggrave cette situation.

À cela s’ajoute le fait que la question du genre est absente du traité, alors même que ce commerce affecte directement de nombreuses femmes au Mexique, tant sur le plan de l’emploi et de la consommation qu’au niveau environnemental.

Ce ne sont là que quelques-uns des points préoccupants de cet accord. On pourrait également mentionner l’ouverture sans précédent, au niveau national et des provinces, des marchés publics aux entreprises européennes, avec des répercussions sur la promotion des PME et de graves conséquences sur les droits humains. En effet, la mise à jour de l’Accord global Mexique-UE a été réalisée sans évaluation complète de son impact sur les droits humains. En limitant l’analyse au domaine commercial, on occulte la responsabilité de la relation bilatérale dans des contextes de violations graves, telles que les disparitions forcées, les déplacements forcés ou les assassinats de défenseurs des droits humains au Mexique. Ratifier l’accord dans ces conditions constitue une décision politique qui assume la responsabilité de la poursuite de ces violences.

Le TLCUEM et l’Accord global sont des instruments qui renforcent un modèle économique dévastateur au Mexique et dans l’Union européenne, accordant des privilèges aux investisseurs et portant préjudice à la population. Ils ne corrigent pas l’asymétrie existant entre les deux économies, ni ne favorisent un développement durable ou un commerce respectueux des limites planétaires. C’est pourquoi nous exhortons les représentant·e·s politiques des deux côtés de l’Atlantique à ne pas ratifier ces accords.

1Adveniat e.V.Germany
2Agrupación Un Salto de VidaMéxico
3América Latina y el Caribe Mejor Sin TLCChile
4Anders HandelnAustria
5Articulação Agro é FogoBrasil
6Asamblea Argentina Mejor sin TLCArgentina
7Asamblea Ciudadana de Incidencia en el TMECMéxico
8Asociación por la Paz y los Derechos Humanos Taula per MèxicSpain
9Attac (Deutschland)Germany
10Attac ArgentinaArgentina
11Attac AustriaAustria
12ATTAC ESPAÑASpain
13Attac FranceFrance
14Attac FreiburgGermany
15ATTAC LiègeBelgium
16Ayotzinapa por los derechos humanos en MexicoSweden
17Berliner WassertischGermany
18Both ENDSNetherlands
19Brot für die WeltGermany
20Buendnis Gerechter Welthandel MuenchenGermany
21CAN Europe – Climate Action Network EuropeBelgium
22CAN Latin America (CANLA)Latin Ameria and the Caribbean
23CedetrabajoColombia
24Centre tricontinental – CETRIBelgium
25Centro de Derechos Humanos Fray Francisco de Vitoria OPMéxico
26CLATE (Confederación Latinoamericana y del Caribe de Trabajadores Estatales)Latin Ameria and the Caribbean
27CONSULTORIA TECNICA COMUNITARIA, A.C.MEXICO
28Coordination gegen BAYER-GefahrenGermany
29DECA, Equipo PuebloMéxico
30Ecologistas en AcciónSpain
31European Trade Justice CoalitionEurope
32FASEBrazil
33FDCL-Center for Research and Documentation Chile-Latin AmericaGermany
34Fédération Artisans du MondeFrance
35Forum Umwelt & EntwicklungGermany
36France Amérique LatineFrance
37France Nature EnvironnementFrance
38Friends of the Earth EuropeEurope
39Friends of the Earth FinlandFinland
40Global ExchangeUSA
41GRAINSPAIN
42Informationsstelle Peru e.V.Germany
43Konstanzer Bündnis für gerechten WelthandelGermany
44LDH (Ligue des droits de l’Homme)France
45Migrants and Minorities AllianceUSA
46Heidelberger Bündnis für einen fairen WelthandelGermany
47Movimiento Indígena Maya PeninsularMéxico
48Mubuka InitiativeGermany
49Nachrichtenpool LateinamerikaGermany
50NattureFriends GreeceGREECE
51Netzwerk gerechter WelthandelGermany
52NOAH – Friends of the Earth DenmarkDenmark
53Observatori del Deute en la GlobalitzacióSpain
54ÖBV – Via Campesina AustriaAustria
55Ongd AFRICANDOSpain
56Organización Mundial Contra la Tortura (OMCT)Internacional
57Otros Mundos ChiapasMéxico
58Pacta Servanda e.V.Germany
59Partner Südmexikos e.V.Germany
60PowerShift e.V.Germany
61Public Services InternationalMéxico
62Red Nacional de Organismos Civiles de Derechos Humanos “Todos los Derechos para Todas, Todos y Todes” (Red TDT)México
63Resource Justice NetworkGlobal
64Salva la SelvaSpain
65Solidario con GuatemalaBelgium
66SOMONetherlands
67SubversiónArgentina
68Transnational InstituteNetherlands
69Union syndicale SolidairesFrance
70UNIVERSIDAD AUTÓNOMA DE ZACATECASCOLOMBIA, MÉXICO
71Women In Development Europe+ (WIDE+) Gender and Trade Working GroupEurope
72Zukunftsrat HamburgGermany