🇳🇮 Nicaragua: qui était Brooklyn Rivera, le leader indigène mort après 971 jours de disparition forcée? (François-Damien Bourgery / RFI)


Pendant 971 jours, les proches de Brooklyn Rivera sont restés sans aucune nouvelle de lui. Les autorités nicaraguayennes, sous pression internationale, ont finalement attendu qu’il soit sur son lit de mort pour communiquer sur son sort. Les photos publiées par le gouvernement mercredi 27 mai, le montrant amaigri et intubé dans une chambre d’hôpital, ont suscité l’indignation des organisations de défense des droits humains. Amnesty International a demandé sa libération « avant qu’il ne soit trop tard ». Un appel auquel se sont joints la Commission interaméricaine des droits de l’homme et le département d’État américain.


Le chef autochtone Miskito et ancien député Brooklyn Rivera, ici le 16 mai 1988, est mort samedi 30 mai 2026. © REUTERS / Lou Dematteis

Le ministère nicaraguayen de la Santé a finalement annoncé son décès dimanche 31 mai, après « une détérioration physique et neurologique », « conséquence d’une bactérie générée par le virus du Covid-19 ». Les médias pro-gouvernementaux ont indiqué que Brooklyn Rivera avait été inhumé au cimetière privé de Sierra de Paz, au sud-est de la capitale Managua, entouré de ses proches. Ce que sa fille Tininiska Rivera, en exil, a démenti. Dans un communiqué, elle a indiqué tenir le gouvernement pour responsable de la « détérioration » de l’état de santé de son père.

Le président du Groupe d’experts des droits humains de l’ONU sur le Nicaragua a exigé la mise en place d’une « enquête indépendante », d’une « autopsie médico-légale transparente » et la restitution de sa dépouille à sa famille « sans délai ». « La disparition forcée de Rivera, alors qu’il était sous la garde de l’État, constitue un crime international dont le gouvernement du Nicaragua est légalement responsable », a affirmé pour sa part Ariela Peralta, l’une des expertes, dans un communiqué.

Brooklyn Rivera avait été arrêté le 29 septembre 2023 alors qu’il était interdit de territoire. Son crime : avoir alerté devant l’ONU sur la situation des populations autochtones dans son pays. Cinq mois plus tôt, lors de la 22e session de l’Instance permanente des Nations unies sur les questions autochtones, il avait dénoncé « la dépossession des territoires, le pillage des biens ancestraux, le démantèlement des structures traditionnelles, le remplacement des autorités indigènes et la destruction de l’environnement naturel ». L’opposant avait finalement bravé l’interdiction et décidé de rentrer au Nicaragua clandestinement, affirmant dans une vidéo le faire par « amour » pour sa « ​​​​​​​terre » et pour son « peuple ».

 Brooklyn Rivera était l’un des plus importants leaders indigènes du pays. Il était le chef historique du peuple Miskito, la principale communauté autochtone. Pendant cinq décennies, il s’est consacré à la reconnaissance et à la défense des droits ancestraux des peuples indigènes et afrodescendants. Dans les années 1980, il se bat aux côtés des rebelles Contras contre le premier gouvernement sandiniste jusqu’à l’instauration de l’autonomie des régions de la côte Atlantique : la région Nord, à majorité miskito et sumo ; et la région Sud, à prédominance métisse et créole. Brooklyn Rivera abandonne la lutte armée et s’investit dans la politique au sein du parti qu’il a cofondé : Yatama.

Il devient ministre au sein du gouvernement régional. En 2007, Brooklyn Rivera est élu député à la faveur d’une alliance entre Yatama et le Front sandiniste de libération nationale du président Daniel Ortega. Leur entente ne dure qu’un temps : le leader indigène accuse le chef de l’État de livrer les terres autochtones aux investisseurs étrangers. (…)

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