Bolivie, Chili, Colombie, Cuba, Pérou : Radicalitées ignorées et pourtant déstabilisantes (Jean-Jacques Kourliandsky / Espaces latinos)


Le bateau Amérique du sud prend l’eau de Bolivie au Pérou, en passant par Chili et Colombie ces derniers temps.  Mais qui s’en préoccupe en dehors des pays concernés ? France et Europe vivent en tri informatif sélectif. Hors des longitudes Moscou et Miami, et de leurs extensions iranienne, israélienne, libanaise, et ukrainienne, RAS (Rien à signaler) sur nos écrans. En Amérique latine, on note le même silence radio, les fréquences médiatiques étant branchées sur le méridien Trump Towers.

Illustration : Espaces latinos

Il est vrai que le sort du monde ne se joue pas à Bogotá, La Paz, Lima, ou Santiago. Mais l’instabilité, où que ce soit, non ou mal gérée, pousse ses métastases aux quatre coins du monde. Les traitements de choc, apanage du puissant, sont incertains. On voit à Ormuz combien les États-Unis se sont pris les pieds dans le tapis interventionniste. Le coup militaire gagnant du 3 janvier, une opération coup de poing au Venezuela a fonctionné. Mais pourrait-il se répéter en duplicata musclés de la Bolivie à la Colombie, de Cuba au Pérou, si les circonstances intérieures de ces pays venaient à se détériorer simultanément ?

Le président Donald Trump a fait le pari de la régulation unilatérale. Il a cassé les reins des organisations internationales. La paix en souffre. L’ONU tourne au ralenti. Elle se cherche un, une Secrétaire général/e.  Son responsable actuel multiplie les déclarations tombant dans l’oreille de distraits. L’UNASUR (Union des Nations d’Amérique du Sud), hier actif diplomatique ayant réglé plusieurs différents sud-américains, internes en Bolivie et bilatéraux entre Colombie et Venezuela, ne fait plus parler d’elle. Les BRICS ont perdu leur horizon, pris entre attraction étatsunienne pour certains des siens, le contre-coup de l’invasion ukrainienne par l’un de ses membres la Russie, les positionnements divergents de l’Inde et de la Chine.

Pendant ce temps-là, « l’arrière-cour » américaine que tente de reconstituer Donald Trump, se lézarde, au risque de retombées dommageables. La peur distillée par le locataire de la Maison Blanche paralyse tout le monde, y compris les douze gouvernements ayant choisi la soumission volontaire en adhérant le 7 mars dernier au « Bouclier des Amériques ». Le triomphalisme verbal et verbeux affiché par le Secrétaire d’Etat (ministre des Affaires étrangères) Marco Rubio, peine à masquer la détérioration de l’étranger proche de Miami.

La Bolivie, premier de ces champs de ruine, annoncée par ordre alphabétique, a sombré dans une crise « Gilets jaunes » dont on voit mal l’issue. Un ami de Donald Trump, Rodrigo Paz, a été élu président le 19 octobre 2025. « Nous avons fait une révolution sans un coup de feu », avait-il déclaré à un journaliste espagnol en janvier 2026. Effectivement, peu après sa prise de fonction, il avait supprimé les subventions sur l’essence, au nom de la vérité des prix. L’État, avait-il ajouté, doit fonctionner comme la société, de façon capitaliste. Début mai, tous ceux qui pour vivre utilisent un camion ou un véhicule à moteur, ont bloqué les routes. D’autres revendications ont alourdi la pression ainsi exercée sur le président. Le pays est paralysé. Il y a des morts. Aux abois et refusant de renoncer, Rodrigo Paz a décrété l’état d’exception et autorisé l’intervention de l’armée.

Le Chili a élu un président d’extrême-droite pur sucre le 14 décembre 2025, José Antonio Kast. Bien né, il a été adoubé par les nostalgiques du dictateur Augusto Pinochet en raison d’antécédents familiaux sans équivoque. Mais il était attendu ailleurs, sur l’économie et le rejet des migrants. Cent jours après son entrée au Palais de La Moneda, le compte n’est pas au rendez-vous. Ses électeurs attendent toujours la prise de mesures boutant effectivement vénézuéliens et autres boliviens, haïtiens et péruviens du sol national. Or le Pérou a bouclé sa frontière. Plus personne ne passe. L’application de la tronçonneuse Javier Milei, revendiquée en économie dès son premier jour, s’est avérée plus compliquée que prévu. Certes il y eu l’annonce de baisses d’impôt sur les entreprises, et sur les donations, la suspension de mesures protectrices de l’environnement, pour faire sauter des obstacles à la croissance, la suppression comme à Buenos Aires de services publics de défense des autochtones, de programmes d’appui à l’identité de genre, à la culture, l’essence a augmenté. Mais cette scie budgétaire a fait peur. Et des manifestants ont depuis la fin mars pris la rue de façon musclée et répétée.

La Colombie est en élections présidentielles. Le pays est polarisé. Deux candidats disputent le deuxième tour, le 21 juin. À droite un extrémiste, Abelardo de la Espriella, à gauche Iván Cepeda. Chacun a fait plus de 40 % au premier tour. (…)

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