🇨🇺 🇺🇸 Embargo à Cuba : après le pétrole, l’asphyxie alimentaire ? (Logan McMillen / Jacobin / Traduction par Le Vent se lève)


Après avoir asphyxié Cuba sur le terrain pétrolier, Washington resserre à présent l’étau sur son assiette. En visant, en juillet dernier, l’importateur d’État GECOMEX et l’opérateur portuaire GEMAR, l’administration Trump s’en prend directement à la capacité de l’île à produire, transformer et importer sa propre nourriture. La stratégie est limpide : faire de la dépendance alimentaire cubaine un levier de pression politique, quitte à aggraver une crise déjà qualifiée de « Gaza silencieuse » par une délégation du Congrès. Entre effondrement des rendements agricoles et promesses inabouties de l’agroécologiec’est la souveraineté alimentaire de l’île qui s’effondre. Par Logan McMillen, traduction Alexandra Knez.

Photo : Pablo Porciuncula / AFP via Getty Images

L’administration Trump a déjà resserré l’étau pétrolier autour de Cuba. Elle s’emploie désormais à étrangler l’approvisionnement alimentaire de l’île, en ciblant la capacité du pays à produire, transformer ou importer des denrées, à moins qu’il ne s’approvisionne auprès d’entreprises américaines.

En juillet, le département d’État américain annonçait une série de nouvelles sanctions économiques de grande envergure à l’encontre de Cuba, visant des secteurs qui avaient jusqu’alors été épargnés. Ces mesures limitent la capacité du gouvernement cubain à acheter des produits agricoles et du matériel de transformation alimentaire auprès de pays tiers, en ciblant spécifiquement l’importateur d’État cubain (GECOMEX) et l’opérateur portuaire (GEMAR).

Tout cela s’inscrit dans le contexte du blocus pétrolier imposé depuis des mois par les États-Unis à Cuba, qui a déjà plongé la population dans la misère en compromettant les conditions d’hygiène de base et la sécurité alimentaire, et qui a provoqué la mort de nombreux patients dans les hôpitaux cubains. Lors d’une visite début juillet, une délégation du Congrès américain a décrit une réalité d’une gravité extrême, allant jusqu’à qualifier la situation de « Gaza silencieuse ».
Dans ce contexte, il peut paraître surprenant d’apprendre que les États-Unis restent l’un des principaux partenaires commerciaux de Cuba, avec plus de 828 millions de dollars de marchandises exportées l’année dernière. Derrière cette contradiction apparente – les États-Unis imposant des sanctions à un pays avec lequel ils font des affaires – se cache une stratégie aussi vieille que l’impérialisme lui-même. Les États-Unis sont tout à fait disposés à vendre des denrées alimentaires et d’autres produits sélectionnés à Cuba, mais ils veulent détenir le monopole de ce commerce.

Depuis des décennies, les sanctions américaines contre Cuba visent des secteurs clés tels que l’exploitation minière et le tourisme, deux sources importantes de devises étrangères pour le gouvernement cubain. Pendant tout ce temps, les États-Unis se sont abstenus de sanctionner les entités qui importent certaines marchandises à Cuba, car ces transactions entraînent une sortie de devises étrangères du pays, très souvent au profit d’entreprises américaines, payées intégralement et par avance.

Les entreprises minières et les chaînes hôtelières présentes à Cuba ont l’habitude de composer avec des environnements réglementaires complexes, à l’instar de la plupart des grandes entreprises de ces secteurs. Ce sont généralement des entreprises de taille plus modeste, non cotées en bourse. Cependant, le fait que le département d’État ait spécifiquement désigné GECOMEX et GEMAR – qui facilitent l’importation et l’exportation physiques de pratiquement tout ce qui entre et sort de l’île – fait peser des risques de non-conformité sur les entreprises manufacturières et de transport. Cela constitue en soi une escalade notable des tensions.

Par exemple, une entreprise comme Bühler, groupe industriel suisse, est désormais confrontée à des risques de non-conformité si elle vend du matériel de mouture de céréales à Cuba. Il en va de même pour une entreprise d’un pays tiers qui vendrait des machines destinées au nettoyage et au tri des légumineuses. Si GECOMEX ne peut pas importer de matériel, ses filiales ne peuvent pas traiter efficacement les produits agricoles tels que le blé et les haricots, ce qui réduit d’autant la quantité de denrées alimentaires de base parvenant aux ménages cubains.

Les sanctions à l’encontre de GEMAR, l’opérateur portuaire, sont encore plus explicites et font peser des risques de non-conformité sur toute compagnie maritime qui lui verse des redevances d’accostage. Depuis que des compagnies telles que Hapag-Lloyd et CMA CGM ont suspendu leurs opérations à Cuba, plus de sept mille conteneurs à destination de La Havane sont désormais bloqués dans les Caraïbes. Ainsi, même s’il existe des dérogations humanitaires autorisant l’importation de denrées alimentaires à Cuba par des pays tiers, cette nouvelle série de sanctions pourrait sérieusement entraver ces livraisons. (…)

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