🇧🇴 La Bolivie renoue avec le FMI: «C’était le programme de Rodrigo Paz» (Igor Gauquelin / RFI)
Le souhait du président bolivien, élu l’an passé, tend à se concrétiser : son pays, qui fait face à une crise économique grave, vient de suivre une recommandation du Fonds monétaire international (FMI). Entretien avec Pablo Barnier-Khawam, chercheur associé au Centre de recherche et de documentation sur les Amériques (Creda).

RFI : Vendredi [18 septembre], le Parlement de Bolivie a donné son feu vert à un programme d’aide du FMI (1,9 milliard de dollars sur 36 mois), alors que le pays connaît sa pire crise économique depuis quatre décennies. Au même moment, La Paz supprimait une subvention au carburant, conformément à cet accord. C’est une nouvelle phase, dans les relations entre ce pays et l’institution basée à Washington, pas toujours au beau fixe ?
Pablo Barnier-Khawam : C’est une nouvelle phase ou un retour en arrière, qui se concrétise actuellement. C’était dans le programme : Rodrigo Paz souhaite le retour de la Bolivie sur la scène diplomatique, ainsi que des relations rétablies avec les bailleurs internationaux. Il y avait eu une coupure, avec l’arrivée au pouvoir d’Evo Morales, et même sous Luis Arce, avec les bailleurs. C’est une époque où une autre forme de visibilité a été trouvée par la Bolivie sur la scène internationale, autour de la question écologique ou des peuples autochtones.
Ce retour en arrière survient dans une situation économique extrêmement préoccupante. Le FMI prévoit une contraction du PIB de 3,3%. Les près de 55 jours de blocage entre mai et juin ont fait perdre cinq milliards de dollars, soit à peu près 5% du produit intérieur brut. L’inflation n’est pas jugulée, elle a terminé l’année dernière à 20%, et le FMI prévoit à nouveau 20%, même si on en est loin pour l’instant.
Vous parlez de retour en arrière. Quelles relations entretenait La Paz avec le Fonds monétaire international avant l’élection d’Evo Morales en 2005 ?
Après les années 1980, la Bolivie sort de la dictature. C’est une période instable. Il y a une transition démocratique, puis un retour à la dictature, etc. À partir des années 1990, des programmes d’ajustement structurel se mettent véritablement en place et l’image du FMI, qui n’était certes pas le même que celui d’aujourd’hui, se dégrade fortement.
Le père de l’actuel président était lui-même président au début des années 1990. Il a participé à ces politiques, qui ont beaucoup contribué à l’arrivée au pouvoir d’Evo Morales. Il y a eu la guerre de l’eau à Cochabamba en 2001, puis la guerre du gaz à La Paz en 2003. Tous ces mouvements sociaux se sont élevés contre les programmes de privatisation notamment promus par les bailleurs internationaux.
La Bolivie bénéficiait, dans un passé encore récent, de ses exportations d’hydrocarbures…
Oui, le pays a pu compter sur des rentrées de devises étrangères très importantes avec l’exportation d’hydrocarbures jusque sous le gouvernement de Luis Arce. Il y a eu beaucoup de retard sur la modernisation des infrastructures d’extraction, pour des raisons qui m’échappent en partie. Il y a eu d’énormes difficultés pour exporter vers le Brésil et l’Argentine, et les devises étrangères ont fini par disparaître complètement des caisses. La Bolivie doit importer une grande majorité de ses denrées, et cela se répercute sur le prix de la vie.
La Bolivie n’a pas su trouver assez de nouveaux gisements et investir dans leur exploitation, tandis que la manne générée partait vers les programmes phares du gouvernement. La comparaison avec le Venezuela, plus grande réserve de pétrole au monde, est-elle valide ?
Je crois que la situation est différente. En Bolivie, la classe politique n’a pas accaparé la rente au même niveau. Il y a eu des affaires de corruption sous Luis Arce, mais rien de l’ampleur que l’on observe au Venezuela, où l’élite militaire s’est liée à l’entreprise publique d’extraction de pétrole. En Bolivie, l’entreprise publique YPFB date de 1936, elle est très ancienne. La gestion se réalisait plutôt bien. Il y a eu un problème de financement, d’investissement, et certainement de gestion de l’entreprise. Mais je pense que les facteurs d’économie internationale ont pesé lourd. (…)
(…) Lire la suite de l’article ici