🇨🇺 🇺🇸 L’Amérique latine abandonne-t-elle Cuba, étranglée par l’embargo ? (María Luisa Ramirez / Le Vent se lève)


Déjà lourdement affectée par l’embargo américain, Cuba est à présent privée de pétrole. Face à l’effondrement des services publics et la paralysie de la production, la présidente Claudia Sheinbaum a décrété l’envoi de 800 tonnes d’aide humanitaire. Tout en admettant qu’elle cédait aux pressions américaines sur l’envoi de pétrole, et renonçait à livrer des barils à l’île. Dans le même temps, le président Lula dénonçait le « massacre » causé par l’embargo, dans une réunion du Parti des Travailleurs. Sans prendre de mesures pour alimenter l’île en or noir. Derrière les formules diplomatiques, le sous-continent a-t-il finalement cédé aux menaces de rétorsion tarifaires des États-Unis ?


Ces dernières semaines, le gouvernement américain a durci ses mesures contre Cuba. La première administration Trump avait déjà resserré l’embargo : l’activation des lois Helms-Burton, votées en 1996 mais adoucies par Barack Obama, prohibait « l’exercice d’une activité commerciale utilisant ou bénéficiant de toute autre manière de biens confisqués » sous la Révolution cubaine. Il s’agissait d’un facteur de désincitation pour les entreprises, qui risquaient une amende du Trésor américain pour non-respect de la législation des États-Unis.

Ce cadre légal permettait encore à l’île d’importer des biens de première nécessité, et notamment du pétrole. Celui-ci était livré par des gouvernements affichant une proximité politique avec La Havane, notamment le Venezuela dirigé par Nicolas Maduro et le Mexique présidé par Claudie Sheinbaum. Les entreprises gouvernementales qui oeuvraient à l’envoi des barils étaient moins exposées aux sanctions (ou déjà sanctionnées à l’instar de la PDVSA, la compagnie nationale de pétrole du Venezuela).

Mais avant même les mesures coercitives supplémentaires décidées par Donald Trump, cette solidarité politique s’était déjà étiolée. De janvier à octobre 2025, les importations pétrolières de Cuba en provenance du Venezuela avaient chuté de 15% – à 27.500 barils par jour – par rapport à la même période pour l’année 2024. Plus spectaculaire encore, les importations en provenance du Mexique avaient diminué de 73%, à seulement 5.000 barils par jour. En cause : la production limitée du Venezuela et du Mexique, couplée aux difficultés financières de Cuba. Le bombardement de Caracas, l’enlèvement de Nicolás Maduro, l’encerclement du Venezuela par la flotte américaine, ont considérablement limité les marges de manœuvre du gouvernement. En appliquant militairement un embargo financier contre le Venezuela, les États-Unis s’assuraient dans le même temps qu’aucune cargaison de pétrole ne pourrait être livrée à Cuba. Avec quelque succès : depuis décembre 2025, les barils vénézuéliens ont cessé d’être livrés.

Depuis l’entrée dans le XXIème siècle, l’énergie vénézuélienne a été au cœur de la survie économique de Cuba. L’« Accord intégral de coopération Cuba-Venezuela » (2000) a instauré un échange de bons procédés : Caracas fournissait du pétrole à La Havane en échange de services professionnels cubains (médecins, enseignants, techniciens). Depuis 2003, ce sont près de 200.000 travailleurs cubains qui ont œuvré au Venezuela. Ces accords ont permis à l’île de sortir de la période dite « spéciale », consécutive à la chute de l’URSS, au cours de laquelle les importations depuis l’étranger s’étaient fortement taries.

Rapidement, le Venezuela livre à Cuba plus de 100.000 barils par jour, couvrant une partie importante des besoins énergétiques de l’économie cubaine (alors estimés à autour de 150.000 barils quotidiens). A des conditions préférentielles pour l’île, en harmonie avec ses difficultés économiques : dans le cadre des accords, Cuba ne devait régler que 60 % de sa facture pétrolière dans les 90 jours suivant l’achat – parfois sous forme de biens et services échangés -, les 40 % restants pouvant être allongés sur une période de 25 ans.

Cette coopération est centrale dans l’embellie économique – toute relative – dont bénéficie Cuba dans les années 2000. La période y est propice : à la suite de l’élection de Hugo Chávez (1998), une grande partie du continent sud-américain passe à gauche, et le soutien à Cuba est brandi comme un étendard idéologique. L’Organisation des États américains (OEA), forum panaméricain qui a exclu Cuba depuis 1962, est régulièrement boycotté par ses États-membres. À l’inverse, Fidel Castro devient le fer de lance de l’Alliance bolivarienne pour les peuples des Amériques (ALBA) : celle-ci rassemble, à son apogée, Cuba, le Venezuela, la Bolivie, l’Équateur, le Honduras et le Nicaragua. Si elle peine à poser les fondements d’une véritable intégration régionale – encore plus d’une alternative « socialiste » aux règles foncièrement capitalistes du jeu latino-américain –, du moins intensifie-t-elle la coopération bilatérale.

Pour le Mexique, c’est un décret exécutif des États-Unis qui a imposé ce changement diplomatique. Signé le 29 janvier 2026, il permet à Donald Trump de rehausser les barrières tarifaires américaines contre tout État qui « vendrait ou fournirait, directement ou indirectement, du pétrole à Cuba ». Après un bras de fer diplomatique, la présidente du Mexique Claudia Sheinbaum a fini par déclarer que les exportations pétrolières avaient cessé. (…)

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