Au Brésil, l’extrême droite portée par un souffle évangélique (Chantal Reyes/ Libération)

Ces protestants, qui ont gagné en influence aux dépens des catholiques, jouent un rôle majeur dans la campagne de Jair Bolsonaro. Alors que ce dernier est le favori du second tour de la présidentielle de ce dimanche, ils s’emploient à discréditer Fernando Haddad, son adversaire du Parti des travailleurs.

«Si tu votes à gauche, tu fais le mal, tu commets un péché. Tout évangélique qui a pour livre de chevet la Bible ne vote pas pour la gauche.» L’injonction a atterri sur la messagerie WhatsApp de Rita, femme noire, petit salaire, le profil évangélique type. Dans les lieux de culte et les médias évangéliques aussi, les pasteurs se déchaînent contre Fernando Haddad, le candidat du Parti des travailleurs (PT) à la présidentielle, présent au second tour ce dimanche. Sympathisante du PT, mais conservatrice, comme de nombreux croyants, Rita a beau se répéter que tout cela n’est que «mensonges», on la sent troublée par ce matraquage. Cible des fake news, l’héritier de Lula est accusé, entre autres turpitudes, de vouloir éveiller précocement la sexualité des enfants, voire d’encourager la pédophilie et l’inceste… Une rumeur qui suit l’ancien maire de São Paulo depuis que, ministre de l’Éducation, il a tenté de lutter contre l’homophobie. Les évangéliques roulent pour son adversaire d’extrême droite, Jair Bolsonaro, ultrafavori du scrutin (59 % des intentions de vote exprimées). En rapide essor dans le plus grand pays catholique au monde, ce nouveau protestantisme ralliait 22,2 % des Brésiliens lors du dernier recensement, en 2010. L’adhésion avoisinerait aujourd’hui 30 %. Selon une enquête Datafolha réalisée l’an passé, 16 % des évangéliques disent avoir déjà suivi la consigne de vote des pasteurs et un bon quart serait susceptible de le faire.

Charlatanisme

Des évangélistes prient pour le rétablissement de Jair Bolsonaro, le 21 septembre 2018 à Brasilia / AFP/Archives

La campagne «calomnieuse» que dénonce Haddad a porté ses fruits. Il accuse dans les milieux évangéliques pas moins de 35 points de retard (contre 7 chez les catholiques) sur Bolsonaro, «le plus indiqué pour préserver la moralité», vante ainsi le député et pasteur Hidekazu Takayama, président de la Bancada Evangélica, le lobby évangélique au Parlement. A l’approche du premier tour de l’élection présidentielle qui a eu lieu le 7 octobre, les principales Eglises s’étaient ralliées une à une à ce réactionnaire nostalgique de la dictature militaire (1964-1985). La plus importante, l’Assemblée de Dieu, a ainsi projeté l’image de Bolsonaro sur grand écran pendant un culte célébré par son leader, le pasteur José Wellington Bezerra. La plus médiatique, l’Église universelle du royaume de Dieu (Iurd), fondée en 1977, a, elle, mis à son service la puissance de feu de TV Record, troisième chaîne la plus regardée du pays, et peut espérer récupérer des budgets publicitaires d’un éventuel gouvernement Bolsonaro : «Il y a dans ce soutien des Églises une question de doctrine mais aussi d’intérêts», observe Maria das Dores Campos Machado, coordinatrice du centre d’études «religion, action sociale, genre et politique» de l’Université fédérale de Rio de Janeiro. (…)

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