Au Brésil, un ex-militaire pour liquider la démocratie (Chantal Rayes/Libération)
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Jair Bolsonaro fait désormais figure d’outsider de l’élection présidentielle dont la campagne officielle s’ouvre ce jeudi. Raciste, homophobe et sexiste, ce capitaine nostalgique de la dictature profite du discrédit qui pèse sur la classe politique brésilienne.

(Fabio Rodrigues Pozzebom/Agência Brasil)

Il dresse le pouce et l’index, comme pour tirer, et son public exulte. C’est le geste fétiche de Jair Messias Bolsonaro, 63 ans, populiste d’extrême droite qui figure en deuxième place dans les sondages pour la présidentielle du 7 octobre au Brésil. «Un danger pour la démocratie», met en garde l’hebdomadaire britannique The Economist. Il n’y a pas si longtemps, la simple candidature de cet ancien capitaine de l’armée de terre aurait été impensable. Or, c’est à lui que profite le discrédit de la classe politique, éclaboussée par les incessantes révélations de corruption. Député de Rio de Janeiro depuis 1991, il se pose en candidat «antisystème». «A se demander ce qu’il fait en politique», ironise une éditorialiste.

Saillies

Partout où il passe, Bolsonaro est reçu par une foule exaltée aux cris de «mito» («mythe»). Pourtant, cet obscur parlementaire est plus connu pour ses sorties coutumières contre les Noirs, les homosexuels et les femmes que pour sa piètre activité législative – seulement deux propositions de loi approuvées en vingt-sept ans. «Je ne te viole pas parce que tu ne le mérites pas», a-t-il pu lâcher en 2014 à une députée qui dénonçait les viols massifs pendant la dictature (1964-1985).

Ses propos choquent ? Tant mieux. Pour ses partisans, brocardés en «bolsominions», en référence aux petits personnages jaunes de Moi, moche et méchant, leur héros parle cash, trash. Tous ne souscrivent pas pour autant à ses idées, préférant voir en lui un homme de poigne capable de redresser un pays à la dérive.

A part l’ancien président Lula, leader du Parti des travailleurs (PT), aujourd’hui en prison (lire ci-contre), personne au Brésil ne suscite un tel enthousiasme. Ultranationaliste, réactionnaire, «antigauchistes», Bolsonaro, a quadruplé en deux ans ses intentions de vote, aujourd’hui entre 19 et 24 %, a construit sa fulgurante ascension sur les réseaux sociaux. Sa page Facebook compte 5,4 millions d’abonnés. Et il est parti à l’assaut de la base évangélique en se convertissant à son tour. Son électorat est plutôt aisé, masculin et jeune. «Pour eux, le statu quo, c’est le PT, qui a gouverné de 2003 à 2016, observe le sociologue et politologue Rudá Ricci. Ils n’ont quasiment rien connu d’autre. Et s’élèvent contre un certain sectarisme, selon eux, des mouvements féministe, noir et LGBT, actifs dans les universités.»

On compare ses saillies à celles de Trump ? Un compliment, pour lui. Mais Bolsonaro est plutôt un Duterte, le président philippin qui a lancé une guerre contre la drogue et multiplié les appels aux meurtres des délinquants. Face à l’insécurité (63 880 homicides en 2017, un record), il défend la facilitation du port d’arme, la baisse de la majorité pénale à 16 ans et les exécutions sommaires : «Un policier qui ne tue pas n’est pas un policier.» (…)

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