Brésil : les universités lancent la riposte contre Jair Bolsonaro (Chantal Rayes pour Libération)
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Subissant des coupes budgétaires et souvent pris pour cible par le gouvernement, l’enseignement supérieur a massivement mobilisé dans la rue contre le pouvoir.

On la disait sonnée, tétanisée par la peur de l’extrême droite autoritaire, qui gouverne le Brésil depuis janvier, avec Jair Bolsonaro. Mais la voilà, la résistance. Et sa démonstration de force a pris de court jusque l’opposition – c’est-à-dire essentiellement le Parti des travailleurs (PT), qui a gouverné le pays entre 2003 et 2016, avec Lula puis Dilma Rousseff -, largement débordée par la rue. Mercredi, des dizaines, voire des centaines de milliers de manifestants (plus d’un million, selon les organisations étudiantes) se sont mobilisés, à l’appel des syndicats, contre le gel de 5 % du budget de l’éducation publique. Un mouvement social qui a touché au moins 170 villes dans tout le pays.


Lors d’une manifestation monstre à Rio de Janeiro, mercredi. Photo Mauro Pimentel. AFP

«Marxisme».Chaque année, des budgets concernant l’éducation ou d’autres domaines sont gelés pour aligner la dépense publique sur les prévisions de recettes. Avec l’extrême droite, la nouveauté, c’est qu’elle «s’en félicite», observe un ancien ministre de l’Education, Cid Gomes, cité par le journal O Estado de São Paulo. La mesure frappe l’école mais surtout les universités publiques, qui se voient privées de 30 % de leurs subventions. Certaines n’ont même plus de quoi payer leur facture d’électricité… Le ministre de l’Education de Bolsonaro, Abraham Weintraub, un homme venu de la finance, a mis en cause le délabrement des comptes publics, alors que les prévisions de croissance ont été revues à la baisse. Bia, une manifestante croisée pendant la mobilisation à São Paulo, plus grande ville du pays, résume le sentiment général. «Personne n’est dupe, lâche cette étudiante en histoire. Il aurait pu économiser ailleurs.»

Pour beaucoup, les coupes budgétaires sonnent comme une revanche contre ces foyers de gauche que sont les universités publiques. Dans un premier temps, Weintraub avait de fait menacé de trancher dans les budgets des établissements qui «feraient du chahut». Comme, a-t-il expliqué, recevoir «des militants sans-terre ou des gens nus sur les campus».

L’éducation est le terrain privilégié de la guerre que mène la droite radicale contre un supposé «marxisme culturel». Bolsonaro accuse les enseignants d’«endoctriner» les élèves, encourageant même ces derniers à les filmer. André Luiz, prof de géographie, lâche un long rire. «On arrive à peine à leur faire apprendre quelque chose, alors de là à les endoctriner… Si c’était vrai, Bolsonaro n’aurait pas été élu !» Lucas, 19 ans, est vêtu du maillot national jaune et vert, la tenue de combat de la droite. Il jure pourtant ne pas avoir voté Bolsonaro (ni PT). Son cousin est l’un des chercheurs qui ont perdu leur bourse de master ou de doctorat en sciences humaines, dans la foulée des coupes budgétaires. Un thème qui a mobilisé au-delà de la gauche, reconnaît le très droitier Mouvement du Brésil libre, allié du Président.

«Charlot».
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