🇨🇴 Colombie : duel présidentiel entre gauche et extrême droite (Sergio Coronado – Politis / Christophe Ventura – IRIS / Ismaël Pousthomis – Espaces latinos)


La Colombie s’apprête à vivre un second tour inédit entre gauche et extrême droite. Si Abelardo de la Espriella a déjoué les sondages en arrivant en tête du premier tour, Iván Cepeda réalise, à gauche, un score historique qui laisse entrevoir une bataille électorale particulièrement serrée jusqu’au scrutin du 21 juin.

Journal à Cali, en Colombie, le 1er juin 2026, au lendemain de l’élection présidentielle. © Joaquin Sarmiento / AFP

Le premier tour d’élection présidentielle colombienne a eu lieu ce dimanche 31 mai 2026. Si l’identité des deux finalistes ne faisait guère de doute, l’ordre d’arrivée a été l’une des surprises du scrutin. L’ensemble des sondages ces dernières semaines donnait le candidat de gauche, le sénateur Ivan Cepeda, en tête, et parfois même largement. C’est donc contre toute attente que le candidat d’extrême droite Abelardo de la Espriella, avocat de personnalités troubles, admirateur de Trump, et dont la campagne s’est inspirée du président salvadorien Nayib Bukele, a raflé la mise.

Le résultat de la candidate « uribiste » marque un effacement de l’influence de l’ancien président Álvaro Uribe, lequel a gouverné le pays d’une main de fer entre 2002 et 2010. Paloma Valencia, sénatrice, petite fille du président Guillermo León Valencia, était la candidate du Centre démocratique, parti qui n’a de centriste que le nom. Elle avait remporté aisément la primaire de la droite, et choisi dans la foulée son vice-président en la personne de Juan Daniel Oviedo, économiste, ancien directeur de l’institut des statistiques et ouvertement gay, qui avait obtenu un excellent résultat lors de ces mêmes primaires.

Ce choix, destiné à gagner des voix au centre, semble s’être avéré non seulement contreproductif mais désastreux. L’objectif initial était d’additionner des électorats. L’attelage enregistre le pire résultat d’une candidature uribiste depuis 2002. La droite radicale, bercée aux accents populistes et au conservatisme social, adepte des politiques néolibérales et sécuritaires, nostalgique de la doctrine de guerre contre le terrorisme n’a pas soutenu sa candidate naturelle.

Dès la nomination de Juan Daniel Oviedo, des nombreuses figures de l’uribisme ont pris leurs distances avec la candidate désignée, même si l’ensemble des organisations politiques traditionnelles, du Parti conservateur au Parti libéral, a continué à lui afficher un soutien public. Cela n’a pas suffi à lui éviter l’accident industriel puisque Paloma Valencia finit à 6,92 % avec plus de 1,6 million de voix. Dès l’annonce des résultats, la candidate et son parrain Uribe ont appelé à voter pour le candidat d’extrême droite.

Le second tour a lieu le 21 juin et verra s’affronter la gauche et l’extrême droite, comme c’est désormais le cas dans nombre de pays latino-américains. Même si elle ne vire pas en tête, jamais la gauche n’avait recueilli autant de suffrages dans l’histoire du pays. Ivan Cepeda finit second avec 40,90 % et plus de 9,6 millions de voix.

Pour mémoire, lors de sa victoire en 2022, Gustavo Petro, premier président de gauche de l’histoire de la Colombie, avait obtenu 40,5 % et 8,5 millions de voix au premier tour. Ce dernier avait bâti, pour ce faire, une large coalition allant de la gauche radicale à des secteurs venus de la classe politique traditionnelle, dont Armando Benedetti, ministre de l’Intérieur, est le symbole et l’incarnation. Il n’en pas été ainsi pour Iván Cepeda. (…)

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La Colombie bientôt à l’extrême droite ? (Chronique de l’Amérique latine avec Christophe Ventura, directeur de recherche à l’IRIS)

Le 31 mai, les Colombiens étaient appelés aux urnes pour le premier tour de l’élection présidentielle. Le scrutin a vu arriver en tête le candidat de droite radicale Abelardo de la Espriella, devant Ivan Cepeda, représentant du parti de gauche du président sortant Gustavo Petro. Ces résultats témoignent des profondes divisions qui traversent la société et la vie politique colombiennes, dans un contexte marqué par la persistance des violences armées, du narcotrafic et des inégalités sociales. Le second tour, prévu le 21 juin, devra départager deux visions opposées de l’avenir du pays.

Comment interpréter les résultats de ce premier tour ? Que révèlent-ils de l’état de la société colombienne et du paysage politique à la fin du mandat de Gustavo Petro ? Comment expliquer la progression de la droite radicale ? Quels électorats pourraient faire la différence lors du second tour ? Enfin, quelles conséquences ce scrutin pourrait-il avoir pour l’avenir politique et diplomatique de la Colombie ?

Chronique de l’Amérique latine (IRIS)

Élection présidentielle en Colombie : un premier tour contesté, deuxième tour le 21 juin (Ismaël Pousthomis / Espaces latinos)

Avec 43,74 % des voix, le millionnaire d’extrême droite Abelardo de la Espriella sort en tête de ce premier tour de l’élection présidentielle colombienne, suivi par Iván Cepeda, candidat de la gauche sortante et dauphin du président actuel Gustavo Petro, qui obtient 40,90% des suffrages. Néanmoins, la gauche et notamment Gustavo Petro, remettent en cause la fiabilité des résultats publiés. Dans ce contexte de violence inégalée et de contestation des résultats, la Colombie s’apprête à vivre un second tour plus que mouvementé.


Devant une foule en liesse et toujours vêtu de son maillot de la sélection de football colombienne, Abelardo de la Espriella rend un discours héroïque. « En ce jour, nous avons tourné la première page de l’histoire, mais nous la terminerons définitivement le 21 juin ! », déclare-t-il à son siège peu après les résultats. Le candidat d’extrême droite de 47 ans, admirateur de Donald Trump, mais également de ses compères Javier Milei et Nayib Bukele, a mené une campagne marquée par la provocation, le virilisme et l’opposition au pouvoir.  Le “Tigre”, comme il aime être surnommé, s’est montré radical sur les questions de sécurité et de narcotrafic, promettant notamment la construction de dix méga-prisons. Il a aussi fortement critiqué le programme de Paix Totale, instauré par Gustavo Petro avec pour objectif la négociation de la paix avec tous les groupes armés du pays. Abelardo de la Espriella a qualifié ce programme de “complicité avec les pires criminels”. Le candidat s’est également revendiqué du courant néolibéral et plaide pour la restauration du marché et de l’investissement privé.

Dans une ambiance moins festive, le candidat de la gauche sortante Iván Cepeda s’est montré rassurant auprès de ses électeurs, toujours accompagné de sa potentielle vice-présidente Aida Quilcué, sénatrice autochtone. Elle s’est d’ailleurs exprimée en premier devant le public, déclarant : « Je suis tranquille tout comme Iván, car je sais que nous allons gagner au second tour. » Mais le ton vire rapidement à la contestation lorsque Cepeda prend la parole. « Nous avons obtenu aujourd’hui 10M de votes mal comptés en Colombie ! ». La gauche dénonce en effet près de 885 000 votes douteux et refuse d’accepter les résultats du scrutin sans davantage de vérification. 

Le candidat de 63 ans, philosophe de formation et fils d’un sénateur communiste assassiné en 1994, a mené une campagne sobre et traditionnelle, loin de l’extravagance du “Tigre”. Il s’inscrit clairement dans la continuité de Gustavo Petro, dont la Constitution n’autorise pas de second mandat. Cepeda promet l’approfondissement des politiques sociales et égalitaires instaurées lors des quatres dernières années. Il annonce également vouloir poursuivre la politique de paix de Petro, avec un gouvernement basé sur le dialogue et l’écoute. (…)

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