🇺🇸 🇨🇴 🇻🇪 En Colombie, la gauche prend « très au sérieux les menaces de Trump » (reportage de Luis Reygada / L’Humanité)
Malgré le calme ambiant à la frontière avec le Venezuela, la gauche colombienne ne considère pas les déclarations du locataire de la Maison-Blanche comme de simples bravades, à quelques mois de l’élection présidentielle. Ce reportage, réservé aux abonné·es de l’Humanité, est reproduit intégralement sur notre site avec l’aimable autorisation de l‘auteur que nous remercions.

C’est un des principaux points chauds de la frontière de 2 200 kilomètres qui sépare les deux pays frères, mais la seule température qui monte, en ce début d’année à l’actualité latino-américaine aussi brûlante qu’explosive, est celle du thermomètre. Près de 30 degrés, et un niveau d’humidité étouffant.
Cúcuta, au nord de la Colombie, capitale de près de 800 000 habitants du département de Norte de Santander, partage la frontière avec San Antonio del Táchira, une localité vénézuélienne beaucoup plus petite située de l’autre côté du fleuve du même nom. En ce début de semaine, le pont international Simón Bolívar connaît son activité de tous les jours. Les gens vont et viennent sans arrêt, d’un pays à l’autre, à pied, à moto, en voiture ou en bus, comme si la ligne qui divise les cartes géographiques n’avait aucune existence dans le monde réel.
Gustavo Petro, le prochain sur la liste ?
« Tout est normal, comme si rien ne s’était passé là-bas », dit avec nonchalance une agente de la migration colombienne, qui ne prend même pas la peine de contrôler les documents des passants. Une des frontières les plus surveillées d’Amérique du Sud se présente ainsi : totalement ouverte au trafic incessant des habitants de la région. Et côté vénézuélien, un seul policier fait office de figurant pour accueillir les marcheurs avec un sourire, ou saluer les habitués.
Malgré le séisme international provoqué par la séquestration du président Nicolás Maduro par les forces militaires états-uniennes, son voisin colombien Gustavo Petro n’a pas décrété d’état d’urgence ni fermé les frontières. La principale conclusion de la réunion de crise convoquée très tôt samedi dernier, alors que la fumée des bombardements s’élevait encore dans le ciel de Caracas, a été de réitérer la présence de 30 000 militaires dans la région. Une décision prise il y a déjà plusieurs mois dans le cadre de la crise humanitaire provoquée par les affrontements liés à la guérilla.
Mais ici la « militarisation de la frontière » annoncée par nombre de médias locaux n’a pas eu lieu. Seuls quatre chars postés à l’entrée du pont font acte de présence, et la seule armée qu’ils ont face à eux est celle des reporters étrangers, plusieurs dizaines, qui les filment sous tous les angles en attendant la délivrance de leur visa de journaliste par les autorités vénézuéliennes.
« Bien sûr que je suis préoccupé, lance, rigolard, un moto-taxi qui ne veut préciser ni son nom ni sa nationalité. Ici, on est tous un peu colombien ou vénézuélien, c’est la même chose, et on a de la famille des deux côtés. » Alors qu’un de ses collègues se réjouit du sort qui frappe le successeur d’Hugo Chávez en espérant que « les États-Uniens, qui vont dorénavant administrer le Venezuela, investissent beaucoup pour apporter la prospérité », un autre éclate de rire : « Comme si les États-Unis se souciaient du bien-être des populations des pays qu’ils envahissent ! »
Beaucoup pensent, à Cúcuta, que le chef de l’État colombien, le premier président de gauche de l’histoire contemporaine du pays, pourrait être le prochain sur la liste. Gustavo Petro entretient des relations extrêmement tendues avec Donald Trump depuis le retour de celui-ci au pouvoir.
Des élections législatives et présidentielles qui se rapprochent
Mais les menaces directes et extrêmement brutales exprimées ces deux dernières semaines par le républicain, déjà à trois occasions, confirment que l’ancien pays allié est aujourd’hui clairement la cible potentielle d’une nouvelle intervention armée. « Une opération en Colombie (comme celle du Venezuela) me semble une bonne idée », a expliqué ce dimanche le locataire de la Maison-Blanche, qui accuse son homologue d’être lié au trafic de drogue. Le même prétexte que celui utilisé pour renverser Maduro.
« Nous prenons très au sérieux les avertissements proférés par le despote Trump », assure par téléphone Jaime Caycedo, numéro un du Parti communiste colombien, d’autant plus préoccupé que des élections, législatives en mars puis présidentielles en mai, doivent avoir lieu bientôt. Pour le moment, le candidat du bloc progressiste, Iván Cepeda, est en tête des sondages, mais les récentes ingérences électorales de Trump en Argentine et au Honduras font craindre le pire.
Article à retrouver sur le site de l’Humanité ici