Colombie: «Les accords de paix ne sont pas encore morts» (Anne Verdaguer/Rfi)
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Est-ce le retour des années de violences en Colombie ? Dans une vidéo publiée ce jeudi 29 août, Iván Márquez, l’ancien numéro 2 des FARC, les Forces armées révolutionnaires colombiennes, annonce reprendre les armes, avec comme objectif de combattre l’oligarchie et la corruption. Quel avenir pour l’accord de paix ? RFI a interrogé Angélica Montes, philosophe franco-colombienne et directrice du think tank Grecol.

 

RFI: Dans ce message des FARC, ces hommes disent avoir été trahis, notamment. Comment comprenez-vous ce mot de « trahison » ?

Angélica Montes : Depuis un an, on va dire que le gouvernement d’Iván Duque récolte ce qu’il a semé. Depuis un an, le gouvernement et le Centre démocratique, le parti du gouvernement, a remis l’accord de paix en cause. Cela a provoqué une ambiance d’incertitude juridique pour les ex-FARC et a renforcé les craintes de la population des anciens territoires contrôlés par les FARC. Cela n’a pas du tout aidé à la consolidation de ces accords et des engagements entre les FARC et le gouvernement.

Quels engagements, justement ?

Les engagements comprenaient sept points parmi lesquels le respect du pluralisme politique, le respect des politiques de subsitution des cultures de la coca vers des cultures légales, l’accompagnement de la population des ex-FARC dans la réinsertion dans la vie civile…

Tous ces engagements ont été un peu gelés, parce que le gouvernement de Duque s’était mis plutôt dans un débat juridique pour juger de la pertinence ou pas d’une justice spéciale pour la paix. Tout cela a provoqué vraiment une situation de trouble et d’incertitude. Aujourd’hui, on voit clairement quelles sont les conséquences de cette situation.

Il y avait aussi cet engagement du droit à rester en vie pour ces ex-FARC. Or nombre d’entre eux ont été tués. Est-ce une raison aussi de reprendre les armes ?

Effectivement. Plus de 500 leaders et défenseurs des droits de l’homme ont été assassinés au cours des deux dernières années. Plus de 150 ex-guérilleros et aussi des membres de leurs familles.

Mais derrière tout cela, il y a aussi un combat politique à l’intérieur même de la FARC, car [Iván] Márquez et [Jesus] Santrich se sont désolidarisés de [Rodrigo] Londoño, chef du parti légal. Il faut le rappeler, les FARC se sont constitués en parti légal en 2017. Et aujourd’hui cela s’appelle FARC – Force Alternative Révolutionnaire Commune. Les deux personnes qui apparaissent sur ces vidéos, Iván Márquez et Santrich, sont en opposition à la ligne prise par ce parti légal, qui est dirigé par son ex-collègue de combat, Rodrigo Londoño.

Les accords de paix ont permis de désarmer 7 000 guérilleros. Qu’est-ce que cette reprise des armes augure pour l’avenir? Faut-il s’attendre à encore plus de violence ?

Indiscutablement. Le gouvernement de Iván Duque va trouver maintenant un prétexte pour mettre en place une politique de guerre afin de protéger la légalité des institutions et protéger la population de la menace de nouvelles aires de combats venant de cette nouvelle FARC-EP, qui se reconstitue.

C’est aussi dans un climat d’élections. Au mois d’octobre se tiendront des élections pour élire des maires et des gouverneurs. Cela va, indiscutablement, créer une incertitude politique, mais aussi des craintes, très probablement au profit du parti du gouvernement, le parti de droite, le Centre démocratique.

Faut-il donc s’attendre à une réponse militaire de la part du gouvernement d’Iván Duque ? (…..)

(…) Lire la suite de l’article sur le site de rfi

 

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