🇨🇴 En Colombie, le président d’extrême droite censure des œuvres du Musée national de Bogotá (revue de presse)


Le nouveau président de Colombie, Abelardo de la Espriella, n’a pas tardé à lancer une croisade contre ce qu’il appelle la culture « woke », qui ferait des musées un « instrument d’endoctrinement politique ». Le 15 octobre, le dirigeant d’extrême droite a en effet fait retirer du Musée national de Bogotá photos, objets et dessins des murs des salles « Mémoire et nation » et « Faire société ». Les opposants à cette politique se mobilisent et dénoncent une censure inédite. Le 19 octobre, le tribunal a ordonné au musée de conserver les pièces retirées et de s’abstenir d’en retirer d’autres en raison de leur contenu sans actes administratifs qui le justifient. Revue de presse.

Un homme examine des photocopies des œuvres retirées du Musée national, sur ordre du président Abelardo de la Espriella, lors d’une manifestation à Bogotá, en Colombie, le samedi 17 octobre 2026. Fernando Vergara / AP

En Colombie, Espriella lance sa “contre-révolution culturelle” au Musée national (Courrier International)

Accord de paix, luttes féministes et LGBTQI, candidats assassinés en 1990 : une trentaine d’œuvres évoquant l’histoire récente du pays ont été retirées du musée. Le gouvernement du nouveau président Abelardo de la Espriella défend sa décision face à la contestation.

Des agents des forces antiémeute montent la garde devant le Musée national de Colombie, à Bogotá, le 19 octobre 2026. Photo Luisa Gonzalez / REUTERS

Après avoir passé les deux premiers mois de son mandat à gérer les suites d’un puissant séisme et à lancer une offensive contre les groupes armés, le président colombien, Abelardo de la Espriella, s’attaque désormais à sa “contre-révolution culturelle”. Premier acte de cette bataille : le retrait, jeudi 15 octobre 2026, d’une trentaine de pièces du Musée national, à Bogotá, accusées de faire l’apologie du terrorisme ou de promouvoir le “relativisme moral”. Le jour même, l’ex-avocat d’ultradroite promettait lors d’une allocution “une lutte ouverte, résolue et patriotique contre le wokisme”, qu’il accuse de miner les fondements moraux de l’Occident, rappelle le journal El Espectador.

Affiches, photos et objets de l’exposition “Faire société” ont disparu. Ils portaient sur l’accord de paix de 2016 signé avec la guérilla des Farc, sur les luttes féministes et LGBTQI et sur deux candidats à la présidentielle de 1990 assassinés cette année-là : Carlos Pizarro, ex-chef de la guérilla du M-19, dont la démobilisation a ouvert la voie à la Constitution de 1991, et Bernardo Jaramillo, de l’Union patriotique, parti de gauche décimé par les violences politiques.

Selon la journaliste Ana Bejarano, qui a publié des photos des œuvres retirées dans Cambio, c’est la ministre de la Culture, Paola Holguín, qui a ordonné à son secrétaire général d’indiquer à la directrice par intérim du musée les œuvres à retirer “conformément à l’orientation idéologique du gouvernement”.
La décision a provoqué une levée de boucliers dans les médias progressistes, ainsi que des manifestations qui ont rassemblé des centaines de personnes devant le musée et ont été durement réprimées par la police ce week-end. (…)

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En Colombie, le nouveau gouvernement d’extrême droite censure des œuvres féministes et pacifistes (Hayet Kechit / L’Humanité)

À Bogotá, des centaines de manifestants se sont rassemblés, samedi 17 octobre , pour s’insurger contre la censure du gouvernement d’extrême droite colombien, qui a décidé d’expurger du musée national plusieurs œuvres liées aux droits des femmes, des LGBT + et au combat pour la paix. Une attaque assumée contre la culture jugée « woke » et le « social communisme athée ».

Le nouveau gouvernement colombien a ordonné au Musée national de retirer des dizaines d’œuvres évoquant les droits des personnes LGBTQ ainsi que le processus de paix national, suscitant la condamnation des visiteurs.© Sebastian Barros / AFP

Elles ont été ciblées selon des critères qui ne doivent rien au hasard : plus d’une dizaine d’œuvres consacrées à la diversité sexuelle, au féminisme et aux processus de paix ont récemment disparu des salles d’exposition du musée national de Bogota, l’un des plus prestigieux du pays.
La salle « Faire société », où étaient notamment exposées des installations liées à la communauté LGBT + et à l’accord de paix de 2016 ayant désarmé la guérilla des Farc, n’était plus visible vendredi 16 octobre, rapporte l’AFP. (…)

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Le Musée national de Colombie et le droit à la mémoire (Gabriel Schwarb / AcidReport)

Le jeudi 15 octobre 2026, le président Abelardo de la Espriella a annoncé avoir donné l’instruction de retirer des lieux publics les œuvres qui, à ses yeux, font l’apologie du terrorisme, et ce jour-là au moins trente pièces consacrées aux mouvements LGBTI et féministes, aux violences contre l’Union patriotique et à l’Accord de paix de 2016 ont quitté trois salles du Musée national, à Bogotá. Les murs gardent les rectangles des cadres et les cartels qui les décrivaient.

© Gabriel Schwarb / AcidReport, 2026

Le président parle d’une « bataille culturelle », et la question qui se pose est de savoir si l’on protège vraiment le citoyen colombien de l’apologie de la violence et de la prétendue idéologie du genre en retirant la mémoire historique d’un musée fondé en 1823.

Le musée expose plus de deux mille objets et a reçu près d’un demi-million de visiteurs en 2024. Jusqu’au 17 octobre, il n’avait pas confirmé combien de pièces il avait retirées ni pourquoi.

Il n’existe aucune liste officielle. Ce que l’on sait vient de reportages d’El Tiempo, de La Silla Vacía et de la BBC. Manquaient un drapeau de la fierté ayant appartenu à l’activiste Elizabeth Castillo, des pièces de deux marches LGBT, un imprimé de la Fundación Sí Mujer sur les droits reproductifs et les affiches des campagnes présidentielles de Bernardo Jaramillo Ossa, candidat de l’Union patriotique, et de Carlos Pizarro Leongómez, ancien commandant du M-19, tous deux assassinés en 1990. Selon La Silla Vacía, on a aussi démonté des objets liés à la signature de l’accord avec les Farc et presque toutes les photographies du mur de la diversité.

En juillet, De la Espriella a nommé ministre de la Culture Paola Holguín, qui siégeait depuis douze ans au Congrès pour le Centre démocratique. Son parti a choisi Paloma Valencia comme candidate à la présidence et ne lui a pas accordé son aval pour briguer un nouveau mandat au Sénat, si bien qu’elle a renoncé à son siège et quitté le parti le 18 juin.

Beaucoup lui reprochent l’absence de parcours direct dans le secteur. Cambio a passé en revue sa production législative et constaté que, sur les 133 projets de loi qu’elle a portés, 23 touchent à la culture, presque tous consacrés à des monuments, des hommages et des patrimoines concentrés en Antioquia, tandis que La Silla Vacía a noté la surprise du secteur. Aussi, lorsque le président lui a confié, selon Cambio, « la bataille culturelle pour la nation », des doutes ont surgi sur ce que le gouvernement entendait par culture, et sur le rôle que la ministre prête aux musées, lieux de mémoire ou vitrines d’une version officielle.

Un projet de sa main touche pourtant au sujet débattu aujourd’hui. En 2020, elle a signé avec les représentants Juan Espinal et Jaime Felipe Lozada le projet de loi 343 de la Chambre, publié dans la Gazette du Congrès 824. Il interdisait les actes publics exaltant des personnes sanctionnées pour narcotrafic ou terrorisme, entre autres conduites, ou des groupes armés illégaux, même démantelés, et rangeait parmi ces actes les hommages et l’exposition de monuments, de plaques et de drapeaux.
Les sources consultées n’indiquent pas qu’il ait été adopté.

Le 15 octobre, De la Espriella s’est rendu au ministère de la Culture. El Tiempo rapporte qu’il a annoncé une « contre-révolution culturelle ». Selon NTN24, il a dit avoir chargé la ministre de faire disparaître des lieux publics toute cette « ode au terrorisme » où figure Pizarro. Selon la BBC, il a accusé le wokisme de falsifier l’histoire et soutenu que l’État devait empêcher les espaces culturels de tomber aux mains du « social-communisme ». Ce jour-là, des marches ont eu lieu à Bogotá contre son gouvernement, et le ministère, qui s’appelait ministère des Cultures, des Arts et des Savoirs, est devenu le ministère de la Culture et du Patrimoine.

Holguín n’a pas démenti le retrait. Sur X, elle a écrit que le musée ne peut être un instrument d’endoctrinement politique ni un foyer de versions biaisées de l’histoire, et que la muséologie et la curation des espaces dont elle a la charge sont évaluées et repensées. Selon El País, l’évaluation couvre le Musée de l’Indépendance et la Quinta de Bolívar. Le ministère a ajouté que le musée ne peut être un espace d’apologie du délit ni de revictimisation. […]

Le samedi 17 et le dimanche 18, des sit-in ont eu lieu devant le musée, et l’Unité nationale antiémeutes a employé des véhicules à canons à eau lorsque les manifestants ont tenté de bloquer la carrera Séptima. Six musées du pays ont signé une lettre de rejet. Elkin Rubiano, directeur d’Histoire de l’art à l’Université Jorge Tadeo Lozano, a dénoncé l’intervention directe du pouvoir politique sur une curation institutionnelle et observé qu’un ordre présidentiel ne peut priver d’effet les normes sur les musées et le patrimoine.

Le lundi 19 octobre, le Tribunal de la famille n° 24 de Bogotá a admis une tutela, recours de protection des droits fondamentaux. Elle émane de Gabriel Becerra Yáñez, secrétaire général de l’Union patriotique, Jorge Virviescas, du collectif León Zuleta, et Kevyn Muñoz Torres, du collectif Revolución en Rosa, contre le ministère, encore sous son ancien nom, et contre le Musée national. Le juge, César Enrique Osorio Ortiz, leur a donné un jour ouvrable pour répondre et leur a demandé si le retrait avait été décidé par un acte administratif, quelle en était la motivation et si le ministère dispose d’une autonomie face aux décisions du musée.

Par mesure provisoire, le tribunal a ordonné au musée de conserver les pièces retirées dans des conditions techniques adéquates, sans les détruire, les transférer, les déclasser, les rendre à des tiers ni les altérer, et de s’abstenir d’en retirer d’autres en raison de leur contenu sans actes administratifs qui le justifient. (…)

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Leer en español : El Museo Nacional de Colombia y el derecho a la memoria, a quién cuenta la historia y la censura


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– En Colombie, le président d’extrême droite censure des œuvres du Musée national de Bogotá (William Gazeau / La Croix)
– En Colombie, la « contre-révolution culturelle » au pas de charge du président d’extrême droite de la Espriella (Julia Pascual / Le Monde)