Contexte de la Colombie – La vision des victimes accompagnées par Justicia y Paz
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En terme de répartition des terres et du territoire, la Colombie est classée comme le troisième pays le plus inégal au monde après Haïti et l’Angola. La superficie territoriale globale est de 114.17 millions d’hectares. A l’aide du para-militarisme, les grands propriétaires fonciers se sont appropriés plus de 6 millions des meilleures terres du pays. 0,4 % des propriétaires possèdent 61,2% des zones rurales. La loi des victimes et des terres ainsi que le projet de développement rural (Gouvernement Santos 2012) ne viennent pas résoudre le problème de concentration des terres. Ils viennent plutôt légaliser les terres qui furent appropriées illégalement pour favoriser l’usage intensif de celles-ci afin de générer la confiance des investisseurs. De cette manière, les entrepreneurs colombiens et étrangers s’accaparent les terres et font des alliances économiques avec l’Etat. Selon les activités commerciales (agriculture ou extraction de ressources naturelles) il y a différentes formes de propriété et de mécanisme de protection territoriale : le titre collectif des communautés indigènes et afro-colombiennes, les zones de réserve paysanne, les zones de réserve forestière. Au sein de ces zones sont développées des politiques d’investissement privé “zone de gestion commerciale”, “droit de superficie”, “district minier”, etc .

Jusqu’à ce qu’il y ait une véritable réforme agraire, le problème territorial ne se résoudra pas et pourtant c’est bien lui la principale cause du conflit.

Les chiffres du déplacement forcé sont également alarmants. Le Soudan et la Colombie se disputent la place du premier pays dans le monde en terme de quantité de déplacés internes. Au Soudan, il y a entre 4,5 et 5,2 millions de personnes déplacées, en Colombie entre 3,5 et 5,2 millions de personnes . Sur les 25 dernières années, la moyenne des victimes de déplacement forcé est de 208.000 par an.

Le déplacement forcé, au milieu du conflit armé, a une relation directe avec l’appropriation illégale des terres. Les militaires et les paramilitaires prétendent déplacer les populations pour pourchasser la guérilla. En revanche, on constate que dans différentes régions de la Colombie, une fois que les terres sont “débarrassées” de leur véritable propriétaire, s’y installent des activités d’extraction de ressources naturelles, de cultures de palme et autres types d’activités agricoles ; s’y projettent également des travaux d’infrastructures de communication, de télécommunication et d’infrastructures énergétiques.

Aulieu de garantir le retour des paysans sur leurs terres, le gouvernement à travers la loi des victimes et des terres, en vigueur depuis Janvier 2012, facilite la légalisation de terres occupées par des occupants illégaux. De quelle manière ? En refusant d’erradiquer le paramilitarisme, en n’évitant d’émettre des mesures légales effectives envers les responsables des déplacements, en maintenant les unités militaires traditionellement liées au paramilitarisme, en facilitant les contrats de vente et d’usufruit des terres en faveur des entrepreneurs en échange de prêts aux paysans pour qu’ils se réinstallent ailleurs –mesures prises selon différentes résolutions de la sentence T-o25 de la Cour Constitutionnelle.

Le paramilitarisme est le véritable protagoniste de cette barbarie. Son origine remonte aux années 1962 avec la mission Yarborou durant laquelle les militaires étasuniens ont recommandé aux soldats colombiens d’armer des groupes de civils pour appuyer l’armée nationale. Ce groupe est devenu la main clandestine de l’État pour en terminer avec la guerre contre-insurrectionnelle. Le résultat de cette stratégie est effrayant : entre 1982 et 2005, les paramilitaires ont perpétré pas moins de 3500 massacres, 15000 disparitions forcées, ont assassiné plus 1700 indigènes, 2500 syndicalistes, 5000 membres de l’Union Patriotique . L’unité de Justice et Paix du Ministère Public affirme qu’entre 2005 et le 1er Décembre de 2011 ont eu lieu 173.183 homicides et 34.467 disparitions forcées de la responsabilité des paramilitaires .
Durant tout le gouvernement Uribe et ce que l’on connaît du gouvernement de Santos, on entend parler à la fois de démobilisation paramilitaire et de groupes émergents naissant de cette démobilisation appelés les bandes criminelles émergentes (Bacrin)
On constate que cette démobilisation n’a pas réellement eu lieu. On a été témoin de diverses opérations de démobilisation largement diffusées médiatiquement et d’opérations de restructuration permettant de garder les mêmes personnes à des postes moins visibles mais tout aussi important pour entretenir des liens avec la police et l’armée et garder le contrôle sur le territoire national.

La force de leur présence fut prouvée lorsqu’ils bloquèrent six départements de Colombie en Janvier 2012 suite à la mort de un de leurs leaders . Les chiffres du gouvernement révèle l’inconsistance cette soi-disant démobilisation. Le gouvernement de Santos reconnaît l’existence de 4000 à 10.000 combattants qu’il continue d’appeler Bacrin. Au début du gouvernement Uribe, on parlait de 12.000 et ensuite de 31.600 démobilisés. Le gouvernement parle de 28.000 soldats sur un total de 31.600 démobilisés auxquels il aurait accordé l’amnistie à travers la loi 128. Seulement 3600 seraient passer par un processus d’investigation dû à la loi Justice et Paix, et seuls 600 ou 700 cas individuels ont été traités par le Ministère Public, c’est-à-dire seulement 2% de ceux qui se seraient démobilisés .

Le conflit armé interne est l’expression du conflit social et politique. Cette longue phase du conflit armé qui a eu 48 ans en 2012, a vu croître les confrontations et a été témoin de différentes tentatives, toutes avortées, de négociation politique.

Actuellement, les guérrillas FARC-EP et ELN continuent à se confronter à un État qui combine les actions militaires et paramilitaires contre l’insurrection tout en initiant un processus de dialogue de paix. Le dialogue a commencé entre le gouvernement et la guérilla FARC-EP et bien que croît la confrontation, on attend l’incorporation de l’ELN à la table de négociations. Le modèle de guerre développé par les guérillas colombiennes rend impossible le triomphe militaire de l’État. Pourtant celui-ci compte actuellement près de 500.000 membres de la force publique, plus qu’au Brésil qui a un territoire 8 fois plus grand et une population 5 fois plus nombreuse et qu’en plus l’État colombien a déjà supprimé d’importants dirigeants de cette guérilla dont le commandant Alfonso Cano.

Le gouvernement Santos parle de négociations au beau milieu des confrontations et mentionne la nécessité que la guérilla s’adapte à l’agenda approuvé tandis qu’il n’arrête pas de développer sa capacité opérationnelle pour affaiblir l’insurrection.

De leur côté, les guérillas, malgré les coups qu’elles ont reçu, n’ont pas cessé d’attaquer l’État, ce qui montre qu’elles sont loin de s’éteindre contrairement à ce qu’affirme certains rapports. Ces 3 dernières années, la guérilla a tué plus de 6000 membres de la force publique .
Du côté de la société civile colombienne, le collectif Colombiennes et Colombiens pour la paix est l’acteur qui a impulsé de manière la plus visible des sorties humanitaires et une sortie négociée au conflit armée interne. La leader Piedad Córdoba a réussi à obtenir de la guérilla FARC-EP la relâche de manière unilatérale de 18 personnes séquestrées. Elle a également sollicité la mise en liberté de toutes les personnes que la guérilla garde en son pouvoir. Enfin, elle a obtenu de la part de l’ELN des réponses favorables à la construction d’accords de régulation de la confrontation armée et la volonté de participer aux dialogues pour la paix.

Diverses communautés de victimes en Colombie sont entrain, depuis plusieurs années, de construire différentes formes d’affirmation de leurs droits en tant que population civile victime du conflit armé telles que les zones humanitaires, les refuges humanitaires, les zones de refuge, etc. Elles plaident pour la création concrète d’accords humanitaires qui leur permettraient de développer leur projet de vie sur les territoires qui leur appartiennent qui continuent à être affectés par la guerre. Ces différents processus leur ont permis de rester sur leur territoire malgré la répression permanente due au conflit.

Le gouvernement parle de paix comme condition de la croissance économique. Les guérillas de leur côté évoquent la paix comme le fruit de la justice alors que la confrontation augmente. Le gouvernement continue à faire la sourde oreille vis-à-vis de la clameur de la population civile pour un cessez-le-feu bilatéral.

Commission Inter ecclésiale de justice et de Paix.

Ecrit par la Commission Inter ecclésiale de justice et de Paix ; Traduit par Héloïse Squelbut

1. Cfr http://www.justiciaypazcolombia.com/Proyecto-de-Ley-de-Desarrollo Obtenu le 7 Février 2012
2. Cfr reliefweb.int/sites/reliefweb.int/files/…/Informe_completo_58.pdf Obtenu le 7 de Février 2012
3. Banco de Datos del Cinep, Caso Tipo 4 Deuda con la Humanidad, http://www.nocheyniebla.org/node/48 Obtenido 6 de febrero de 2012
4. El Espectador, Fisalía tene documentados homicidos cometidos por paramilitares http://m.elespectador.com/noticias/judicial/articulo-244826-Fiscala-tiene-documentados-173183-homicidios-cometidos-paras Obtenida 6 de febrero de 2012 6:40
5. Comisión Intereclesial de Justicia y Paz, Del paramilitarismo y el paro armado htp ://www.justiciaypazcolombia.com/Del-paramilitarismo-y-el-paro Obtenida 6 de febrero de 2012
6. Gallón, G, La Ley de Justicia y Paz un fracaso en http://contagioradio.com/otra-mirada/ley-de-justicia-y-paz-un-fracaso, Obtenida 7 de febrero de 2012
7. Cfr http://www.nuevoarcoiris.org.co/sac/?q=node/1277 Obtenida 7 de febrero de 2012
8. Cfr Valencia L, Negociación o liquidación de la guerrilla http://www.semana.com/opinion/negociacion-liquidacion-guerrilla/171104-3.aspx obtenida 31 de octubre de 2012

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