🇨🇺 « Cuba bouscule les valeurs égoïstes du capitalisme » : rencontre avec Aleida Guevera, l’une des filles du Che (Luis Reygada / L’Humanité)
Militante internationaliste, figure engagée de la révolution cubaine, Aleida Guevara, l’une des filles du « Che », était de passage à la Fête de l’Humanité. Cette pédiatre, inlassable défenseuse de la cause palestinienne, revient sur la situation extrêmement difficile que traversent les peuples de Cuba et de Gaza. Et livre sa conception de la résistance.
Après une première venue en 2007, Aleida Guevara, l’une des filles du « Che », était de passage de nouveau cette année à la Fête de l’Humanité. Militante internationaliste, engagée pour la cause palestinienne, elle a rencontré l’Humanité magazine quelques jours avant le grand rassemblement populaire. Au siège de Cuba Si France – association depuis longtemps impliquée dans la solidarité avec la révolution cubaine –, elle est revenue sur son parcours, sur la situation de son pays et les idéaux portés par son « papa ».
Vous êtes médecin pédiatre. Qu’est-ce qui vous a poussée à suivre cette voie ?
J’ai toujours aimé les enfants, depuis toute petite. J’avais 4 ans quand mon frère Ernesto est né, et je me prenais pour sa mère. J’aimais beaucoup aider notre maman en m’occupant de lui ; pour moi c’était comme un jeu. Cela m’a beaucoup influencée. Au point que j’ai commencé à dire que j’allais être « médecin des enfants », parce que je n’arrivais pas à bien prononcer les trois syllabes de « pédiatre ».
Après six ans dans un collège-lycée militaire – j’y ai été entraînée et je dois dire que j’ai encore une bonne visée –, j’ai pensé que la médecine pouvait me maintenir au plus près des gens, et que d’une certaine manière je pourrais rendre un peu tout ce que j’avais reçu. J’ai grandi dans un pays où les gens m’appréciaient pour le seul fait d’être la fille du Che.
D’une certaine manière, je me suis sentie redevable. Comment rendre tout cet amour ? En choisissant la médecine je ne me suis pas trompée, parce qu’à Cuba la santé est publique et réellement au service de la population. Pouvoir aider ainsi, dans mon pays comme ailleurs, m’a profondément comblée.
Vous avez participé à des missions médicales à l’étranger ?
Tout à fait, et cela m’a fait grandir en tant qu’être humain. J’ai commencé mes études à Cuba mais je les ai terminées au Nicaragua. Après la victoire des sandinistes, la pression des « gringos » sur le gouvernement révolutionnaire a provoqué la migration de pratiquement la moitié des professionnels de santé du pays.
Le Nicaragua a demandé de l’aide à Cuba, et le commandant en chef Fidel Castro a proposé, en 1983, aux étudiants de dernière année de médecine de faire un « internat internationaliste » là-bas. Nous étions environ 400. J’ai obtenu mon diplôme de médecin l’année suivante à Managua. Ce fut une très belle expérience de formation politique et idéologique.
On dit d’ailleurs que l’un des bénéficiaires de ce programme…
… est celui qui a assassiné mon papa, en Bolivie ! Ce n’est pas impossible, mais que ce soit vrai ou faux, cela n’a aucune importance. Ce qui compte, pour les médecins cubains déployés à l’étranger, c’est de soigner. Nous ne leur demandons pas leurs antécédents : nous sommes avant toute chose face à des êtres humains qui ont besoin d’aide.
Avez-vous eu d’autres expériences internationalistes comme médecin ?
Après quelques années à exercer dans la province orientale de Cuba et dans un hôpital pédiatrique de La Havane, l’occasion s’est présentée de participer à une autre mission, en Angola. J’y suis restée deux ans, en pleine guerre (guerre d’indépendance à laquelle Cuba a participé de façon décisive pour faire gagner le camp anticolonialiste – NDLR). Ce furent les plus longues et les plus dures années de ma vie.
Dans mon pays, le bien-être des enfants était une priorité. Voir comment les petites filles et garçons mouraient par dizaines a été une expérience terrible. Et faire face aux conditions de vie extrêmement dures de la population fut un choc.
Mais nous étions là-bas par engagement, et nous rendions avec conviction un peu de la dette que Cuba a envers l’Afrique. Le monde entier doit énormément à ce continent. J’ai ensuite participé à d’autres missions médicales, mais plus courtes, en Équateur, en Argentine…
Là-bas, j’ai travaillé avec les brigades Che Guevara, qui soutiennent le programme d’alphabétisation « Yo si puedo », et avec le programme « Opération miracle », un projet magnifique et noble mené jusqu’en Afrique et en Asie. Six millions de personnes souffrant de problèmes oculaires – principalement la cataracte – ont déjà été opérées gratuitement.
Ces missions à l’étranger sont un symbole très fort des idéaux que porte la révolution cubaine : internationalisme, coopération, amitié entre les peuples… Comment réagissez-vous face à l’acharnement des États-Unis à saboter ces missions ?
Il est tout à fait logique qu’ils agissent ainsi, car lorsque Cuba mène ce type d’actions, Cuba démontre qu’il est possible de vivre autrement, qu’il est possible de construire une société beaucoup plus solidaire. Par son exemple, Cuba frappe très fort les valeurs égoïstes du capitalisme. C’est pourquoi les États-Unis tentent par tous les moyens d’écraser l’exemple de la révolution cubaine. (…)
(…) Lire la suite de l’entretien ici
Pour rappel, voir également :
– Embargo à Cuba : après le pétrole, l’asphyxie alimentaire ? (Logan McMillen / Jacobin / Traduction par Le Vent se lève)
– Quelles sanctions Trump va-t-il encore infliger à Cuba ? Il s’attaque maintenant aux services médicaux (Cocomagnanville)
